Linda Goupil

Intégrisme: la «montée» imaginaire

Lundi, en nos pages, la candidate péquiste dans Bellechasse Linda Goupil disait voir les signes d'une montée de l'intégrisme religieux au Québec, citant le cas d'une équipe de l'Université Laval dont un membre dérangeait les réunions pour aller prier, et celui d'une femme en bikini dans une pataugeoire de Sillery qui avait senti le besoin de se couvrir après l'arrivée de femmes voilées.
Mme Goupil n'était pas la première candidate du Parti québécois à tenir ce genre de discours. La semaine dernière, sa chef Pauline Marois parlait d'un «risque d'infiltration» par des intégristes musulmans. «On l'a vu, a-t-elle déclaré. Il y a quelques représentants d'une vision intégriste de leur religion qui sont venus donner des conférences ou rencontrer des gens au Québec. Il faut s'en inquiéter.»
Dans tous les cas, ce sont des musulmans qui sont montrés du doigt. Alors voyons voir si les faits soutiennent l'idée d'une montée de l'intégrisme islamique.
Les faits
Les partisans de cette thèse brandissent souvent les mêmes cas anecdotiques - ici, un discours d'imam extrémiste, là, un terroriste ayant vécu à Montréal -, mais pas de données systématiques. Et le fait est, disent les experts consultés par Le Soleil, qu'il existe très peu de données chiffrées à ce sujet. Mais quatre indicateurs indirects suggèrent très fortement que la soi-disant «montée» n'existe pas.
D'abord, s'il y avait de plus en plus de musulmans qui faisaient une lecture très rigide du Coran, cela se refléterait dans leurs demandes d'accommodements raisonnables, qui deviendraient à la fois plus nombreuses et plus tatillonnes. Or, le juriste et spécialiste des accommodements de l'Université Laval Louis-Philippe Lampron n'a rien vu de tel au cours des dernières années. En fait, dit-il, les demandes d'accommodements religieux proviennent principalement de la majorité chrétienne.
Ensuite, dit Louis Rousseau, spécialiste des religions (et des immigrants) de l'UQAM, l'intégrisme religieux est généralement associé à de faibles niveaux d'éducation. Or, le Canada effectue un tri dans ses demandes d'accueil et privilégie nettement les plus instruits - ce qui s'applique aux musulmans. D'après des documents de l'Institut de la statistique du Québec, 44 % des immigrants arrivés entre 2001 et 2006 ont fait des études universitaires. C'est deux fois plus que la cohorte 91-96 et nettement plus que dans la population en général (27 %), ce qui cadre mal avec l'idée d'une montée de l'intégrisme.
En outre, poursuit M. Rousseau, «il y a des mosquées plus conservatrices au Québec, et d'autres qui sont plus ouvertes, mais aucune n'est dirigée par des intégristes».
Dernier indicateur : l'avis des chercheurs qui étudient les minorités religieuses du Québec ou les côtoient. Ceux qu'a interviewés Le Soleil - soit, hormis M. Rousseau, Pauline Côté, de l'Université Laval, et Micheline Milot, de l'UdeM - sont unanimes : il n'y a pas le moindre signe d'une montée de l'intégrisme musulman au Québec. Et les termes qu'ils emploient laissent peu de place au doute : «bonhomme 7 heures», «scandaleux», «propos alarmistes et exorbitants», «création étatique de la peur de l'autre», etc.
=> Verdict: L'intégrisme musulman n'est pas en croissance au Québec et, hormis quelques anecdotes, rien ne permet de prétendre qu'il atteigne des niveaux problématiques.