Inspiration Japon au MNBAQ: reflets japonisants

L'exposition Inspiration Japon, des impressionnistes aux modernes trace une ligne d'horizon entre l'art japonais et celui de la Belle Époque. Des oeuvres du pays du Soleil levant et de l'Occident y sont placées côte à côte, en miroir, suscitant une réflexion sur le japonisme, cette fascination née après la chute du rideau de bambou.
«On sait que la rareté crée la fascination», indique Anne Eschapasse, directrice des expositions et de la médiation du Musée national des beaux-arts du Québec. Dès 1860, lorsque les relations commerciales ont été rétablies entre l'île nippone et le reste du monde, l'art, l'esthétique, le design et la philosophie japonaise deviennent prisés par toutes les strates de la société occidentale. «C'est plus qu'une mode, c'est un véritable phénomène social», note Mme Eschapasse.
L'exposition, baptisée en anglais Looking East, a été conçue par le Museum of Fine Arts de Boston, qui possède la plus vaste collection d'art japonais hors du Japon, élaborée par de grands collectionneurs bostonnais dès la fin du XIXe siècle. «Il s'agit toutefois de la première exposition que le MFA consacre au japonisme», a souligné Anna Bursaux, responsables des expositions itinérantes de l'institution américaine. Celle-ci est passée par Nashville, Tokyo et Kyoto, notamment, et s'arrêtera à San Francisco après son été à Québec.
Inspiration Japon se décline en quatre thèmes: les femmes, la vie urbaine, la nature et les arts décoratifs et les paysages.
Dans la première salle, des portraits de geishas, mais également des mères penchées tendrement sur leurs enfants, telles des madones nippones, ont inspiré de nouvelles poses et de nouveaux thèmes, plus sensibles et plus près du quotidien, aux artistes occidentaux. Caresse maternelle de la peintre américaine Mary Cassatt, exposée tout près des gravures de Kikugawa Eizan, en est le meilleur exemple.
Le segment sur la vie urbaine met en lumière les correspondances entre des portraits d'acteurs kabuki d'Utagawa Toyokuni et Le postier Joseph Roulin, de Vincent Van Gogh. On y réalise que les scènes de ville et d'activités équestres sont présentes dans l'imagerie du Levant comme du Couchant, et que les affiches du Paris de la Belle Époque sont fortement inspirées des estampes japonaises.
Apaisante nature
Dans la seconde salle, les motifs végétaux et animaliers sont à l'honneur. Pivoines, chrysanthèmes, hérons, poissons et papillons y sont représentés sur les gravures délicates, qui nous mènent tranquillement aux paysages, à cette nature aux mille détails et aux angles de vue inusités, si importante dans la pensée zen et la religion shintoïste. On glisse tranquillement vers le pointillisme, avec une toile de Paul Signac, puis vers l'impressionnisme et les toiles de Monet, comme Sur la côte à Trouville, Meule de foin au soleil couchant et Le bassin aux nympheas. Installer dans le même espace Songe d'une nuit d'été (La voix) d'Edvard Munch et une des 36 vues du mont Fugi d'Hokusai permet d'observer des correspondances formelles indéniables, mais surtout un état d'esprit commun, apaisé et ému.
Ces représentations de la nature invitent plus que jamais à la contemplation. On retiendra les estampes ukiyo-e, ou «images du monde flottant», qui incarnent tout à fait cette attention apportée au caractère éphémère et fugace de l'existence.
Objets magnifiques
L'exposition est parsemée d'objets magnifiques, rassemblés dans des vitrines en périphérie des salles: des boîtes de papier à lettres, à poèmes ou à thé, des livres illustrés de gravures, une tapisserie, des gardes d'épée aux motifs de poissons... Jusqu'à des chaises aux lignes droites, qui annoncent l'art déco.
La scénographie élaborée par Guillaume Lord, inspirée des boîtes à secrets japonaises, invite le visiteur à déambuler d'une petite bulle colorée et intime à l'autre pour apprécier les oeuvres agencées par thématique et par motifs. Les oeuvres serties de dorure, de couleurs lumineuses et de traits fins ressortent étonnamment bien sur les murs jaune, rouge, bleu et charbon.
De nouveaux médiaguides, sur tablette, permettent aux adultes et aux enfants d'avoir de l'information supplémentaire sur les oeuvres, tout en les incitant à regarder attentivement celles-ci. Le MNBAQ dévoilera sa programmation estivale familiale le 6 juillet.
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Quoi : l'exposition Inspiration Japon, des impressionnistes aux modernes
 : au Musée national des beaux-arts du Québec
Quand : tous les jours jusqu'au 27 septembre
Entrée : adultes : 18 $; aînés : 16 $; 18 à 30 ans : 10 $; 13 à 17 ans : 5 $; gratuit pour les 12 ans et moins
Info : 418 643-2150 et mnbaq.org