Infrastructures: entretenir avant de construire

La modernisation des infrastructures au Québec est «un défi de tous les jours», selon Gisèle Bourque, directrice générale de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), puisqu'il faut «répondre aux besoins de la population».
<p>Investissements prévus par le gouvernement du Québec entre 2013 et 2023</p>
L'ACRGTQ représente le secteur du génie civil et de la voirie de l'industrie de la construction. Sa directrice générale souligne l'importance pour la province «d'entretenir les infrastructures qui sont déjà là», en plus d'en «développer de nouvelles qui n'existent pas».
«C'est très important au niveau de la stabilité des investissements. Plus on néglige un entretien, plus ça coûte cher par la suite de maintenir [l'infrastructure en bon état]. Ça prend de la récurrence dans les investissements», indique Mme Bourque.
L'ACRGTQ a d'ailleurs fait part de sa déception à la suite de l'annonce du ministre des Transports Sylvain Gaudreault, le 10 février, de retirer près d'un milliard de dollars du budget des infrastructures routières au profit du transport en commun. «En diminuant les investissements, le gouvernement place le réseau en position de faiblesse et s'expose à perdre les gains acquis au cours des dernières années. Les conséquences pourraient être dévastatrices pour le réseau», déplorait l'ACRGTQ par voie de communiqué.
22 milliards $
«Le sous-investissement est déjà inquiétant. On place à risque la main-d'oeuvre et l'expertise [des travailleurs]. On a connu une amélioration du réseau [routier] depuis cinq ans, mais là on risque de perdre les gains obtenus», ajoute la directrice générale de l'ACRGTQ, qui représente quelque 40 000 travailleurs.
Le réseau routier - autoroutes, routes, ponts, échangeurs et viaducs - est le secteur des infrastructures qui nécessite le plus d'investissements, avant même le secteur de la santé et des services sociaux (voir tableau). Le gouvernement du Québec prévoit investir, entre 2013 et 2023, plus de 22 milliards $ dans le réseau routier, soit plus de 24 % du budget alloué aux infrastructures.
Le président de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), Daniel Lebel, soulève l'importance d'investir dans les infrastructures existantes : «Avant de démarrer du nouveau, il faut refaire le vieux. [...] Les infrastructures qui datent des années 60 et 70 ont besoin de travaux majeurs. On doit s'en occuper maintenant pour assurer la protection du public. Il faut établir les urgences, comme le pont Champlain ou l'échangeur Turcot à Montréal», mentionne M. Lebel, qui précise ne pas faire référence uniquement au réseau routier, mais aussi aux réseaux souterrains tels que les aqueducs et le métro de Montréal, qui sont en piteux état.
«Il faut apprendre des erreurs du passé», répétera plusieurs fois le président de l'OIQ au Soleil.