Julie McCormick, bachelière en sciences infirmières, cumule déjà sept années d'expérience, principalement dans les régions nordiques.

Infirmière dans le Grand Nord: un choix naturel

Aussitôt que sur les bancs d'école, Julie McCormick rêvait du nord pour y pratiquer son métier d'infirmière. Un choix naturel pour cette «nomade» née de la Côte-Nord, qui a toujours vécu au rythme des voyages et de l'aventure.
«Déjà à la deuxième année du cégep, ce que je voulais faire, c'était du nord», tranche au bout du fil, l'infirmière de 31 ans. À l'emploi du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James depuis maintenant plus de deux ans, la Nord-Côtière cumule déjà sept années d'expérience, principalement dans les régions nordiques. 
Pourquoi le nord? «Pour le rôle élargi», répond-elle sans équivoque. «C'est quelque chose qui me fascinait parce qu'on n'a pas du tout le même rôle au sud qu'au nord. On apprend à se servir de notre jugement clinique, on fait des soins qu'on ne ferait pas au sud», poursuit celle qui se trouvait au village cri de Wemindji, au moment de l'entretien. 
Mais avant de poser les pieds dans le Grand Nord pour la première fois, la trentenaire explique avoir orienté son parcours «pour aller chercher le bagage nécessaire» et affronter les réalités au-delà du 55e parallèle. Julie McCormick prend d'abord du galon à Sept-Îles avant de passer une année en agence pour mieux savoir où elle jettera l'ancre. 
Sa première expérience, elle s'en souvient comme si c'était hier. La Nord-Côtière s'exile encore plus au nord, dans le village inuit de Kangirsuk dans la baie d'Ungava. «Je n'avais pas dormi les deux jours avant. J'étais vraiment stressée», se souvient-elle. «Comme je viens d'Anticosti, pour le village isolé ça allait, mais je me lançais pour vrai». 
«Est-ce que j'ai le bagage suffisant? Est-ce que je vais être capable de gérer mon stress? C'est beaucoup de questions que tu te poses en commençant», énumère-t-elle. Dans certains villages inuits, il n'y a pas de médecin disponible, ni même de deuxième infirmière de garde parfois, souligne-t-elle. «C'est certain que c'est stressant». 
D'importants défis 
Elle se souvient d'avoir eu à «gérer seule» des patients intoxiqués ou agressifs et même d'avoir accouché une femme avec l'une de ses collègues. «C'est là (dans le nord) que je trouve que l'on peut s'épanouir en tant qu'infirmière et en plus, c'est l'aventure de connaître de nouvelles communautés, de connaître autre chose d'assez unique», dit-elle. 
Les infirmières du nord doivent aussi composer avec les aléas de Dame Nature, qui joue parfois le trouble-fête alors que les transferts de patients par avion sont nombreux. Chez les Cris par exemple, un vol nolisé part presque quotidiennement vers Montréal, Val-d'Or et Chibougamau où les patients reçoivent des soins spécialisés. 
«Des fois, l'avion peut ne pas partir pendant trois jours, c'est difficile si tu as un patient instable», raconte Mme McCormick. «Ce sont les réalités du nord. La température peut faire en sorte qu'un médecin ne peut pas arriver aussi ou qu'on ne puisse pas transférer une femme qui est en train d'accoucher», ajoute-t-elle. 
Trouver l'équilibre 
Chaque jour est comme une boite à surprise dans le Grand Nord. Mais Julie McCormick parvient à y trouver son rythme, son équilibre. Nouvellement déménagée en Colombie-Britannique, la Québécoise ne se voit pas pour autant «retourner au sud». Maintenant à temps partiel pour le conseil Cri, elle quitte le bercail pour sept à neuf semaines parfois. 
«L'horaire varie vraiment, j'essaie de faire des plus grands stretchs depuis que je suis dans l'ouest. Je passe plus de temps au nord qu'à la maison [...] J'irai peut-être découvrir les communautés au nord de la Colombie-Britannique», prévoit-elle. Mais pour l'heure, le magnétisme du nord résonne encore trop fort chez elle. 
«C'est un défi personnel et de l'aventure tout le temps. J'ai besoin de bouger. Je suis fondamentalement nomade. Je suis comme ça. On dirait que tout balance pour moi ici. Faire de nouvelles rencontres. Voyager dans ta propre province. C'est ce qui m'allume le plus», résume celle qui a visité une trentaine de pays déjà.