Bernhari

Indémodable Zappa!

La musique de Frank Zappa survit à tout, aux modes, au temps qui passe. Dweezil Zappa la traite comme une musique de répertoire et se l'approprie de bon droit. Le choix est vaste. Samedi soir au parc de la Francophonie, le fils a choisi d'ouvrir avec quelques pièces de One Size Fits All afin de marquer le 40e anniversaire de la sortie de ce qui constitue un album phare dans la production du père.
La bouillonnante Inca Roads a été rendue note pour note, apparemment. Florentine Pogen, d'abord moins convaincante, peut-être parce qu'elle manquait un peu de rondeur, a culminé dans un époustouflant jam en forme de crescendo couronné de points d'orgue.
Zappa et sa bande ont ensuite fermement attaqué Big Swifty, une instrumentale jazzée, bien articulée et bien enlevée, ponctuée d'un solo de six cordes bien chaud et bien rock.
La plus funky Montana a confirmé la profondeur des moyens dont dispose Dweezil Zappa à la guitare - quels doigts! - et la solidité de l'effectif l'entourant. Changements de mouvement, de rythme, de style ou d'ambiance, tout était exécuté avec aplomb et enchaîné avec précision. Le chanteur Ben Thomas a fait participer la foule le temps d'une d'improvisation à répondre. 
Histoire de bien se remettre dans le bain de l'époque, on a aussi eu droit à un solo de batterie de la part de Ryan Brown et même à un long et  percutant solo de basse électrique signé Kurt Morgan.
Zappa fils a repris la vedette - et comment! - dans la magnifique et très lyrique Apostrophe. La foule, compacte, était ensuite tout ouïe pour la joliment bluesée Cosmik Debris. Ici encore, la mise en place de l'interprétation est impeccable.
Incursion dans le monde de la musique de chambre avec une version allongée de The Grand Wazoo, qui donne à la saxophoniste Scheila Gonzalez l'occasion de briller, et pas qu'un peu. 
Avec Sinister Footwear, on est entré de plain-pied dans le champ mélodramatique de l'univers zappaéen. Quelle finesse d'écriture!
En fin de spectacle, les festivaliers ont eu droit à un Muffin Man rock à souhait, mais qui a visiblement laissé la foule sur sa faim. Devant l'insistance, le groupe n'a eu d'autre choix que d'offrir, en rappel, Dancin' Fool
Bernhari
Malgré l'accompagnement beaucoup plus dense et pesant qui la soutient, l'approche romantique de Bernhari rappelle beaucoup la manière de Claude Léveillée. On reconnaît une vision. Il y a aussi quelque chose de parent dans le timbre de la voix. Les pièces possèdent du souffle, une belle courbe dynamique, elles se distinguent par leur recherche, leur direction, leur lyrisme et parfois par une certaine économie de moyens. Ce n'est pas le cas de Sainte-Catherine ou de Au nord de Maria, deux ballades qui avancent en martelant le pas toujours et encore plus fort. Sorte d'homme-orchestre, Alexandre Bernhari chante tout en jouant du piano d'une main et de la batterie de l'autre. Est-ce sa diction molle ou un problème d'équilibre sonore qui faisait que samedi soir, on ne pouvait saisir un traître mot? Probablement un peu des deux.
Eldorado
Le groupe rock outaouais Eldorado, récemment couronné champion de l'Omnium du Rock 2015, ne fait pas dans la nuance. Le problème du quintette, c'est qu'il joue fort pour jouer fort, suivant en cela une tendance lourde chez les formations de type heavy metal de ce niveau. La voix peine à trouver sa place à travers la basse épaisse comme de la mélasse, la batterie musclée, très carrée et à l'occasion traînante, et les guitares surdistorsionnées. Il paraît que le chanteur chante en français. Difficile de le deviner à l'écoute de ce qu'il a appelé sarcastiquement des «petites ballades».