Le 4 avril 2008, un violent incendie a complètement détruit le Manège militaire, situé entre les plaines d'Abraham et la Grande Allée.

Incendie du Manège militaire: des éléments de preuve «cachés»

Les inspecteurs fédéraux ont «caché» des éléments de preuve - dont un briquet - dans leur enquête sur l'incendie du Manège militaire, qui pourrait avoir été allumé par un individu, affirment les entrepreneurs poursuivis par Ottawa ainsi que leurs assureurs.
Les compagnies DA-GAR et Protection Incendie Pro, auxquelles le gouvernement canadien réclame près de 26 millions $ en dommages liés au sinistre du 4 avril 2008, contre-attaquent. Elles ont déposé leur défense respective et s'en prennent à l'enquête «bâclée» et «farfelue» du Service incendie des Forces canadiennes.
Dans leur longue liste de récriminations, les entreprises dénoncent que des pistes aient été ignorées au profit de l'«hypothèse préconçue» d'une lampe halogène déclenchant le feu dans le grenier du Manège.
Un briquet a été retrouvé près d'une porte d'accès, apprend-on. Un briquet qui n'a été ni expertisé, ni dévoilé dans la liste des pièces utiles à l'enquête. Tout près, deux extincteurs portatifs vidés ont été découverts au pied de deux alarmes manuelles qui avaient été déclenchées.
«Ces divers éléments sont des faits graves, précis et concordants d'un incendie allumé par des occupants du Manège militaire qui tentaient d'activer l'alarme [déconnectée] et d'éviter sa progression avant l'arrivée des pompiers», lit-on dans l'une des défenses.
Lors de son interrogatoire, quelques années après l'incendie, un représentant du Service d'incendie de la Ville de Québec, qui n'avait pas été informé de ces faits, a déclaré qu'il s'agit «d'éléments très importants de l'enquête».
Les entreprises poursuivies jugent «surprenant» qu'il n'y ait pas eu d'enquête pour déterminer «par qui et quand» le système d'alarme incendie dans la zone du grenier a été désactivé. «Il est évident que le demandeur [Ottawa] sait que la désactivation a été effectuée à sa demande et c'est pour cette unique raison qu'il a décidé de ne pas faire enquête à ce niveau», soutiennent les compagnies en cause.
Sans la déconnexion du système d'alarme incendie, les pompiers de Québec auraient pu intervenir plus rapidement et «éviter une destruction complète du Manège militaire».
Autre thèse rejetée
La thèse de l'incendie électrique a aussi été rejetée trop rapidement, selon les entreprises et leurs assureurs respectifs. Dans les jours qui ont précédé l'incendie, un disjoncteur se déclenchait continuellement. Aucune enquête n'a approfondi les conséquences d'une telle «surcharge répétée». Aussi, des infiltrations d'eau importantes s'étaient produites dans les luminaires.
À la base, le recours de 26 millions $ devrait être rejeté parce que l'accès à la scène d'incendie a été refusé pendant 24 jours aux experts en sinistre des compagnies poursuivies, plaident ces dernières. Lorsqu'ils ont été admis, «l'ensemble des débris avait été retiré ou disposé de la scène d'incendie, rendant impossible toute enquête ou analyse sur la valeur des dommages, l'origine, le développement et la cause de l'incendie». Les défendeurs ont dû se rabattre sur les milliers de photos prises dans le cadre de l'enquête des Forces armées et divers témoignages pour mener leur propre investigation.
Seuls 12 objets ont été analysés par l'enquête fédérale sur le sinistre. Parmi eux, 4 n'ont pas été conservés, dont des restes de verre de la fameuse lampe halogène, déplorent les entreprises. Protection Incendie Pro, qui devait installer des gicleurs à partir du grenier, assure n'avoir utilisé aucune lampe similaire à celle identifiée par les enquêteurs.
«Le refus d'accès à la scène d'incendie, la destruction de cette scène d'incendie et la destruction des pièces analysées par les enquêteurs constituent une destruction de la preuve effectuée de façon volontaire et délibérée par les enquêteurs», peut-on lire dans les documents.
Le ministère canadien de la Justice a décliné la demande d'entrevue du Soleil pour réagir aux affirmations de DA-GAR et de Protection Incendie Pro.
«Le Procureur général du Canada maintient la position énoncée dans sa demande introductive d'instance dans le litige en cours, a fait savoir la porte-parole Carole Saindon, de Justice Canada, par courriel. Il serait inopportun de commenter davantage puisque le litige est devant les tribunaux.»
Il faudra encore quelques années avant de connaître le dénouement de ce procès.