Éric Bruneau

Ils étaient quatre: la trentaine dans le tordeur

Après une trilogie déployée autour du thème identitaire, Mani Soleymanlou s'attaque avec Ils étaient quatre à sa génération. Et plus particulièrement aux gars de sa génération: leurs préoccupations, leurs valeurs, leurs complexes, leur propension à retarder le moment d'assumer l'étiquette d'adulte responsable. À la fois festif et corrosif, le portrait ne se veut pas complaisant: un gars de 30 ans, c'est douchebag «en sacrament», résumera en somme l'un des personnages à un moment.
<p>Nous voilàdevant quatre beauxspécimens de trentenaires qui cherchent un sens à leur vie, dans unepièce à la fois festive et corrosive.</p>
Présentée jusqu'à lundi au théâtre Les Gros Becs, la pièce s'ouvre avec nos quatre gars alignés dans la pénombre sur scène. Ils seront présentés un à un par la voix de la directrice artistique du Carrefour de théâtre, Marie Gignac. Le ton de narratrice de documentaires animaliers qu'elle adopte est sans équivoque: nous voilà devant quatre beaux spécimens de trentenaires qui cherchent un sens à leur vie.
Il y a Mani (Soleymanlou, qui signe le texte avec Mathieu Gosselin ainsi que la mise en scène), un fêtard obsédé par l'idée de se ramasser une fille pour la soirée. Il y a Guillaume (Cyr), jeune père qui perçoit comme un échec son statut de banlieusard. Il y a Éric (Bruneau), qui a en apparence tout pour lui, mais qui souffre d'un manque de tendresse. Et il y a finalement Jean-Moïse (Martin), solitaire et cassé comme un clou, qui semble avoir baissé les bras dans un dossier comme dans l'autre.
Tout ce beau monde se retrouve dans un party. Une pilule de MDMA, puis une autre. Quelques enthousiastes sniffées de poudre et l'arrivée d'une séduisante rouquine... Voilà que ça part en vrille pour nos antihéros. On passe d'une énergie festive à de grands défoulements, jusqu'à une finale inattendue et complètement absurde. Peut-être, se dit-on, les personnages devaient-ils passer par là pour accepter de grandir un peu...
Le discours est-il neuf? Non. À l'écran, des propositions comme Les invincibles ou Horloge biologique ont passablement débroussaillé le terrain en matière de jeunes hommes qui grincent des dents devant l'engagement et qui élèvent leur satisfaction personnelle au rang de valeur suprême. Faut-il arrêter d'en parler pour autant? Non plus. Surtout quand on le fait avec le rythme et la verve de cette pièce.
Sur la forme, Ils étaient quatre ne donne pas grand répit. Dans un ping-pong verbal à la fois cru et réjouissant, les gars interagissent très peu entre eux, livrant leurs répliques en ligne, face au public. L'aspect festif n'en est pas moins présent : succès pop, danse, éclairages criants, lasers, effets stroboscopiques... Pas de doute, on est dans un party.
Tout au long de la pièce, le vocabulaire est graveleux et les sacres revolent (oublions un instant le fait que cette même scène accueille généralement du théâtre jeunesse!), mais difficile de nier que ça sonne vrai. On flirte ici avec l'autofiction et le procédé s'avère convaincant. On rit fort... Mais à bien y penser, ce n'est pas toujours parce que c'est drôle.