Dans Icaro, on nage dans une atmosphère un peu brumeuse, onirique, où il faut laisser entrer la magie.

Icaro: une note blanche en ouverture du Carrefour de théâtre

Le 14e Carrefour international de théâtre de Québec (CITQ) s'ouvre sur une note blanche et ronde avec Icaro. Le spectacle tissé de mots doux et bondissants de Daniele Finzi Pasca a quelque chose de lent, d'intime, de simple et imparfait à la fois, qui fait son charme.
Vous n'aurez pas vraiment le choix de décrocher de votre rythme habituel. Le prologue de près de 25 minutes vous oblige d'emblée à baisser les armes, à ralentir votre quota d'images par seconde.
Finzi Pasca se présente, parle de la genèse du spectacle et du fait que son français vacille parfois - mais on découvre bien vite que c'est uniquement pour servir sa poésie ludique. Puis il arpente la salle à la recherche d'un spectateur pour lui servir de compagnon de jeu et d'évasion.
Le rideau s'ouvre enfin sur une chambre d'hôpital blanche et minimaliste, sans porte ni fenêtre, comme un labyrinthe, où les moustiquaires s'accrochent au clown comme des fils d'Ariane et où un taureau blanc rôde. Les allusions au mythe d'Icare sont tout en douceur, éparpillées parmi les clowneries et les récits d'amitié et de combats épiques ponctués d'italien.
Les premiers mots du spectateur-acteur, qui mardi s'appelait Dominic, sont nécessairement un peu trop appuyés. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il n'a qu'à se laisser guider par le clown, qui l'entraîne peu à peu dans un plan d'évasion où ils devront «paqueter» une petite soeur de l'hôpital avant de s'envoler grâce à une «méthodologie» tout ce qu'il y a de plus sérieuse.
On éclate parfois de rire devant la belle naïveté du clown, mais on se met le plus souvent à la place du fameux spectateur choisi, chaque fois que Finzi Pasa lui tapoche l'épaule en souriant, ou lui lance un regard faussement découragé lorsqu'il ne trouve pas le mot qu'il cherche.
Surréaliste
Se faire raconter cette histoire les yeux dans les yeux doit avoir quelque chose de complètement surréaliste, et on se prend souvent à envier ceux qui sont un peu plus près de la scène. Dans un plus petit espace que la salle Octave-Crémazie, l'expérience doit toucher encore davantage.
On nage dans une atmosphère un peu brumeuse, onirique, où il faut laisser entrer la magie. Plus souvent qu'autrement mardi, le rire l'emportait sur l'émotion dans la salle, mais on devine que selon les représentations, Icaro peut presque vous tirer les larmes.
Après plus de 20 ans, le spectacle fétiche de Daniele Finzi Pasca, présenté au CITQ en 1996, ne semble pas avoir vieilli, il reste plutôt suspendu dans le temps, et une partie semble se moduler selon son intuition. Chose certaine, il démocratise joliment le «théâtre de festival» en nous jouant de la musique «contemporaine» (disons très reconnaissable) avec les ressorts d'un lit, et transformant des manteaux de plumes en vêtements magnifiques.
Icaro est présenté à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Qébec jusqu'à samedi, à l'occasion du CITQ.