La caméra s'attarde particulièrement à l'écrivain Albert Cossery, qui a habité la même chambre de l'hôtel La Louisiane pendant plus d'un demi-siècle jusqu'à sa mort en 2008, à 94 ans.

 Hôtel La Louisiane: en toute liberté **1/2

CRITIQUE / L'hôtel La Louisiane a une riche histoire et c'est en partie ce que tente de nous faire découvrir Michel La Veaux. Son documentaire insiste sur l'atmosphère particulière de liberté qui règne dans cet établissement de Saint-Germain-des-Prés qui a vu défiler plusieurs créateurs, de Miles Davis à Quentin Tarantino, en passant par Juliette Gréco et Robert Lepage. Mais cette oeuvre échevelée nous laisse sur notre appétit.
Michel La Veaux a une solide réputation de directeur photo, notamment auprès de Sébastien Pilote (Le vendeur, Le démantèlement, qui lui a valu un Jutra) et de Benoît Pilon (Ce qu'il faut pour vivre). Il a surtout oeuvré dans le documentaire.
L'hôtel comme tel obtient, bien sûr, le traitement approprié. Michel La Veaux pose sa caméra un peu partout, dans les corridors, les chambres, à l'extérieur, pour filmer sous tous ses angles l'établissement, avec amour... Or, cette passion, il éprouve certaines difficultés à la communiquer.
Le propos est décousu et le spectateur manque de repères, notamment historiques. L'utilisation de quelques documents d'archives, sans contexte, ne suffit pas. On a l'impression d'être laissé à l'écart. L'essentiel du film est composé d'entrevues d'artistes, notamment Gréco et Lepage. L'hôtel aux chambres monacales y est reconnu pour favoriser la création.
Robert Lepage, qui a écrit Les aiguilles et l'opium à La Louisiane, circonscrit en quelques mots le charme suranné de l'hôtel. «On a vraiment l'impression... pas nécessairement de retourner dans le temps, parce que je n'ai jamais connu la période existentialiste ou le Paris d'après-guerre, mais on a du moins l'illusion ou le sentiment que l'on est dans un lieu où il y a encore l'écho de cette époque-là, dans les murs...»
La caméra de La Veaux, un habitué des lieux, s'attarde particulièrement à Albert Cossery, qui y a habité la même chambre pendant plus d'un demi-siècle jusqu'à sa mort en 2008, à 94 ans. L'écrivain y pratiquait l'art de la simplicité volontaire avec beaucoup de conviction, tout en faisant l'éloge d'une certaine forme de paresse favorisant l'observation du théâtre humain.
L'attachement du réalisateur au lieu et à ses personnages est sincère. Et il prend un malin plaisir à évoquer cet îlot de résistance à l'uniformité, néanmoins dépositaire d'un passé révolu. Son propriétaire le maintient d'ailleurs tel qu'il est - abordable, chaleureux - pour tenir une promesse faite à son père.
Il y a une nostalgie inhérente à un tel exercice, qui s'avère assez statique dans un format d'entrevues à la caméra même si les plans sont assez longs et bien cadrés. Le film, très verbeux, manque de poésie et de folie.
Au fond, le long métrage de Michel La Veaux est une lettre d'amour. La sensibilité au propos sera extrêmement variable pour chaque spectateur.
<p>Au fond, le long métrage de Michel La Veaux est une lettre d'amour.</p>
=> Au générique
Cote : ** 1/2
Titre : Hôtel La Louisiane
Genre : documentaire
Réalisateur : Michel La Veaux
Classement : général
Durée : 1h29
On aime : le propos à contre-courant
On n'aime pas : le manque de références, l'aspect brouillon