Hichaud: la survie d'un irréductible

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil
Non, les fabricants de chaussures n'ont pas tous quitté Québec pour la Chine et les autres pays asiatiques. Il en reste quelques irréductibles comme Chaussures Saute Mouton ou Auclair & Martineau. Et sans oublier Hichaud.
Cette entreprise adaptée du boulevard Neuvialle, à Québec, vient à peine de renouer avec les profits après avoir encaissé déficit par-dessus déficit au cours des dernières années.
«Nous n'étions pas rentables depuis la fin des années 90», raconte la directrice générale, Andrée Laforge. «Nous savions, toutefois, que l'acquisition de Chaussures Techno-Plus, en 2005, allait nous apporter la rentabilité.»
Hichaud fut fondée en 1980. À ses débuts, elle se spécialisait dans la conception et la fabrication de bottes d'hiver. D'abord, pour les adultes; puis, pour les enfants.
Pour se donner un nouvel élan, Hichaud acheta Chaussures Techno-Plus et se mit à fabriquer des chaussures pour les enfants : des bottines de pré-marche, de marche et des sandales commercialisés sous le nom Hichaud ou Baby Chou et vendus dans les boutiques spécialisées comme Panda, Jolan ou Trotte-Menu.
«Nos ventes ne cessent d'augmenter», se réjouit Andrée Laforge. Hichaud bénéficie, enfin, d'une apaisante brise de croissance. La sous-traitance — qui représente 20 % du chiffre d'affaires de la compagnie — se porte bien. Hichaud a décroché un contrat pour la fabrication de 9000 paires de bottes d'hiver pour l'armée canadienne.
«Notre marché, c'est principalement le Québec. Nous visons maintenant l'Ontario et le nord-est des États-Unis. Nos concurrents viennent de la France et de l'Italie. Nos souliers se vendent à un prix variant entre 50 $ et 60 $, soit quelques dollars de moins que les produits français et italiens. On mise d'ailleurs beaucoup là-dessus.»
Andrée Laforge ne se berce pas d'illusions.
«Nous ne serions déjà plus en affaires si nous n'étions pas une entreprise adaptée. Le domaine de la chaussure est l'un des plus compétitifs qui soit.»
Des 70 employés de l'entreprise, 60 % sont des personnes handicapées. L'État paie le salaire — au taux du salaire minimum — de ces travailleurs qui, autrement, ne seraient pas en mesure d'évoluer dans un milieu traditionnel.
Projets de développement
Organisme à but lucratif dont la mission première est d'intégrer les personnes handicapées sur le marché du travail, Hichaud caresse des projets de croissance. Pour y arriver, l'entreprise doit accroître sa productivité. Et pour accroître sa productivité, elle doit investir dans ses équipements.
En plus d'élargir son marché, Hichaud veut concevoir et fabriquer des chaussures pour les enfants âgés jusqu'à 11 ans et non plus seulement pour les tout-petits. L'entreprise voudrait aussi fabriquer ses propres semelles.
«Le seul fabricant de semelles qui tenait le fort au Canada a récemment déménagé ses pénates aux États-Unis. Nous devons maintenant les faire venir d'Europe. Et les coûts n'en finissent plus d'augmenter. La paire de semelles qui nous coûtait 3 $ il y a quelques mois encore, nous coûte maintenant 5 $», explique Mme Laforge.
Guidé par sa volonté de poursuivre sa croissance, Hichaud veut aussi embaucher une designer de mode, mettre à jour son site Web et se doter d'une solide stratégie de commercialisation. «Personne ne nous connaît. Saviez-vous que nous avons une boutique située tout juste à côté de l'usine où nous vendons nos produits aux consommateurs ?», demande-t-elle au Soleil.
Des projets, Andrée Laforge en a pour au moins 500 000 $.
«Le financement n'est jamais facile à trouver», mentionne-t-elle. La directrice générale se rappelle qu'elle a dû consacrer une année entière pour dénicher le financement qui allait permettre de faire l'acquisition de Techno-Plus.
Au fil de son histoire, Hichaud a pu compter sur l'aide du Centre local d'emploi de Québec, du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, du Chantier de l'économie sociale et de Desjardins. «Rares sont les institutions financières qui auraient appuyé une entreprise qui, comme la nôtre, faisait des pertes d'année en année. Nos partenaires ont toujours crû en la crédibilité de notre plan d'affaires et aux projets que nous leur soumettions, car ils tenaient la route», fait remarquer Andrée Laforge.