L'oeuvre Gymnopédies, créée à Lisbonne l'été dernier, s'inspire de la musique d'Érik Satie. Ce sont les dix danseurs qui, à tour de rôle, se chargent de l'interpréter au piano.

Henri Michaux : Mouvements et Gymnopédies: la danse de l'encre

Pas besoin de se creuser la tête bien longtemps pour comprendre ce que Marie Chouinard a cherché à exprimer dans Henri Michaux : Mouvements, l'une des deux créations présentées lundi à la salle Louis-Fréchette. Il suffit de tourner les yeux vers la scène. Tout est inscrit noir sur blanc.
Comme son titre l'indique, le spectacle tire son origine de Mouvements, un livre d'Henri Michaux dans lequel on a rassemblé une série de dessins à l'encre de Chine - on pourrait dire aussi un ensemble de taches - qui représentent des corps en mouvement. Les corps ont parfois deux têtes ou quatre jambes, mais on peut toujours y deviner une forme humaine.
Marie Chouinard a choisi d'interpréter le livre comme s'il s'agissait d'une partition, comme si les dessins étaient autant de notations chorégraphiques indiquant la forme exacte du corps dans l'espace.
C'est là où la démarche trouve son originalité. Comme il est tout habillé de noir et qu'il évolue sur un plancher et un fond de scène blancs, le danseur devient lui-même une tache d'encre dans l'espace scénique.
L'aventure devient réellement intéressante au moment d'inscrire ces fameuses taches dans le temps et dans l'espace. «J'ai commencé d'une façon très, très simple, explique Marie Chouinard. Un dessin, une danseuse, un mouvement. Elle s'arrête, elle regarde l'écran, place son corps, et sort. Une deuxième danseuse entre, regarde le dessin, place son corps, et sort. Et ainsi de suite.»
Les dessins sont projetés sur un écran géant, de sorte que le public peut voir aussi bien la forme d'origine que sa «transcription» dans le corps du danseur. On devine le plaisir que peut procurer l'observation du processus.
Comme on trouve, au centre du livre, un grand poème d'Henri Michaux, on a prévu lire le poème en question exactement au milieu de la chorégraphie.
La musique originale conçue par Louis Dufort possède une énergie qui correspond, selon Marie Chouinard, à celle d'un dessin à l'encre de Chine. «Une tache noire sur un papier blanc, c'est très marqué, déterminé, défini, affirmé, précis», insiste-t-elle, en appuyant sur chaque mot. Pour accompagner un propos aussi tranché, il fallait une trame musicale bien marquée sur le plan rythmique. C'est ce qui explique son côté «industriel». La musique, lorsqu'elle démarre, roule «comme une machine infernale jusqu'à la fin», prévient la chorégraphe.
Satie, humour et clins d'oeil
L'ambiance devrait changer radicalement de couleur en deuxième partie, avec la présentation de Gymnopédies. L'oeuvre créée à Lisbonne l'été dernier s'inspire de la musique d'Érik Satie. Il est important de noter que ce sont les dix danseurs qui, à tour de rôle, se chargent de l'interpréter au piano. Marie Chouinard a réussi à convaincre les interprètes même si, à l'origine, aucun d'eux ne possédait de formation instrumentale.
«Ce que j'aime dans cette musique, fait-elle par ailleurs valoir, c'est que tout le monde la connaît. Tu peux l'entendre dans un ascenseur en Chine comme au IGA à Québec. Elle est entrée dans nos vies. Elle fait partie du décor.» En ce qui concerne la chorégraphie, c'est mystère et boule de gomme. Pas question de gâcher la surprise. On sait seulement que la pièce est remplie d'humour et de clins d'oeil.
Vous voulez y aller?
Quoi : Henri Michaux : Mouvements et Gymnopédies de Marie Chouinard  
Où : salle Louis-Fréchette
Quand : le 17 février à 20h (précédé d'une causerie avec Marie Chouinard au foyer de la salle à 19h)
Billets : 51 $ à 63 $ (étudiants : 41,60 $ à 51,60 $)
Tél. : 418 643-8131