Heli dépeint avec un réalisme brutal l'univers sans pitié des narcotrafiquants mexicains.

Heli: plongée en enfer

Le plan-séquence d'ouverture d'Heli donne le ton au film : la caméra zoome sur deux corps ensanglantés, dont l'un avec une botte appuyée sur sa tête, puis s'avance jusque dans l'habitacle du camion. Amat Escalante immerge le spectateur, en même temps que son personnage principal Heli, dans l'univers ultraviolent des narcotrafiquants mexicains dans un long-métrage intense et dérangeant.
Film social, Heli démontre l'implacable violence qui happe et détruit des vies innocentes - celles de la famille d'Heli (Armando Espitia), dans ce cas-ci. Le jeune marié vit pauvrement dans un village reculé avec sa femme, son bébé, son père et sa soeur. Celle-ci, Estella (Andrea Vergara), 12 ans, est éprise d'Alberto (Juan Eduardo Palacios), 17 ans. Ils veulent s'enfuir et se marier. Alberto vole deux paquets de cocaïne, qu'il dissimule chez Heli. Celui-ci s'en aperçoit et s'en débarrasse.
Le lendemain, des hommes armés débarquent. Ils tuent le père et enlèvent Heli et sa soeur. La descente en enfer ne fait que commencer. Le réalisateur a choisi de montrer de façon très crue la séance de torture subséquente. C'est discutable - il faut avoir le coeur bien accroché. Mais il montre aussi la banalisation de la violence : les bourreaux s'exécutent devant les enfants, indifférents au sort des victimes. Ils sont même invités à participer...
Amat Escalante brosse un portrait saisissant de la corruption et de la brutalité abjecte d'une société sans foi ni loi - Heli cache une bonne partie de la vérité à la police, autant par peur des représailles que par méfiance. Il est une victime innocente happée par un engrenage infernal : la violence engendre la violence... Le film traite aussi des banals problèmes domestiques d'Heli, dont la résolution, à la fin, s'avère un signe d'espoir.
Heli n'a pas gagné le Prix de la mise en scène à Cannes pour rien. Le film est brillamment réalisé par Escalante (Los bastardos). Le réalisateur a le sens de la composition et du détail, souvent dans de longs plans qui laissent respirer le long métrage et imposent un réalisme saisissant (aidé par des acteurs très naturels).
Son scénario, coécrit par Gabriel Reyes, prend toutefois certains raccourcis. On comprend sa volonté de ne pas être trop explicite et de laisser de la place à l'imagination du spectateur. Mais ça devient parfois un peu trop tiré par les cheveux, ce qui peut provoquer de petits décrochages.
N'empêche. Heli révèle l'envers de la carte postale mexicaine. Le film d'Escalante est glauque, presque intolérable - pas tant dans sa violence brutale que pour l'image juste d'un univers sans pitié. Il secoue notre confort et notre indifférence.
C'est un digne représentant du Mexique aux Oscars pour le Meilleur film en langue étrangère. Il aurait d'ailleurs dû être retenu dans la liste des cinq nommés. Mais il était sûrement trop choquant pour les augustes membres de l'Académie...
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Heli
Genre : drame
Réalisateur : Amat Escalante
Acteurs : Armando Espitia, Linda González, Juan Eduardo Palacios, Andrea Vergara
Salles : Cinéma Cartier
Classement : 16 ans et plus
Durée : 1h45
On aime : la réalisation brillante, le portrait saisissant, le jeu naturel des acteurs
On n'aime pas : certaines invraisemblances