Les sculptures sonores Les terriers, faites de Ty-Rap et de tuyaux de différentes couleurs vives, ont été présentées à Art souterrain, à Montréal.

Hélène Rochette: sculpter l'espace humain

Les oeuvres d'art public s'inscrivent dans la ville pour longtemps. Dès qu'un édifice pour les citoyens - bibliothèque, hôpital, école, centre de loisirs - est construit, une oeuvre naît avec lui. L'intégration des arts à l'architecture, appelée communément «la politique du 1 %», a ses vedettes et ses mordus, comme le milieu des galeries. Rencontre avec une pro.
Dans son grand atelier calme de La Maison Longue, Hélène Rochette accumule les maquettes et les matériaux inspirants. Une jeune artiste n'avait pas hésité, l'an dernier, à la qualifier de «reine du 1 %». Pourquoi? Parce que son calme, ses idées et sa connaissance des rouages des concours en font une précieuse inspiratrice pour tous ceux qui souhaitent faire de l'art public.
On trouve des sculptures d'Hélène Rochette à l'extérieur du Cégep Limoilou, sur la promenade Samuel-De Champlain, à l'édifice du conseil d'arrondissement des Rivières, au Patro Charlesbourg et à la station Montmorency du métro de Laval, entre autres. Elle a signé 26 projets d'art public en presque autant d'années.
Entrepreneure
À sa sortie de l'École des arts visuels au début des années 80, Hélène Rochette s'est beaucoup impliquée à La Chambre Blanche et a réalisé différentes installations dans les centres d'artistes. «C'était plutôt des objets rectilignes et de la couleur, je faisais des toiles et des objets peints. J'ai toujours aimé travailler dans l'espace», indique la créatrice.
En 1989, elle décroche son premier contrat d'art public, en même temps que sa première grossesse. Deux nouvelles réalités qui demandent pas mal d'organisation. «Il y a un aspect gestion assez important en art public. Il faut trouver des ressources, faire beaucoup de téléphones. Je me souviens au début, lorsque j'appelais en boulonnerie pour avoir des informations, vu que j'étais une fille, ça grognait. Maintenant ça a évolué, le respect est là», raconte celle qui adore concevoir et qui a développé sa fibre entrepreneuriale. Parce qu'obtenir un «1 %» signifie tout gérer, de l'idée à l'installation finale, en passant par la fabrication et les finances. «Si tu calcules ton budget trop serré, tu n'arrives pas à te garder de profit. J'appelle ça les oeuvres post-­partum», indique en souriant Hélène Rochette, qui a su éviter ce piège et arrive heureusement à donner vie à ses oeuvres sans conséquences financières néfastes.
Lorsqu'elle a un espace, une architecture, elle s'y colle et imagine un volume, en synergie avec les caractéristiques des gens qui fréquenteront le lieu. Sinon, elle s'inspire des matériaux, réagit à leurs propriétés. «Souvent, je me mets une contrainte avec ça, ça devient comme un jeu», explique-t-elle.
Au début de l'été, elle a supervisé l'installation de deux nouvelles sculptures. Équilibre et le libre esprit plane maintenant au-­dessus de l'escalier intérieur du Super PEPS, qui n'est pas encore ouvert au public. L'idée de cette grande forme abstraite, qui mesure 26 pieds, est de matérialiser l'humeur légère qui nous gagne après un entraînement, et le regard dégagé et analytique que l'éducation permet de jeter sur le monde. Le système d'accrochage de la forme en aluminium, fabriquée chez Cloutier et Chaurette inc., à Saint-Jean-Port-Joli, devait être installé avant que le plafond soit fermé. «Un beau défi, qui a nécessité des tests en atelier. Mais à l'installation, tout était impeccable», raconte l'artiste.
Accrocher la lumière
La sculpture Les herbes hautes s'élève jusqu'à 28 pieds du sol devant le Centre de santé et de services sociaux de Lévis. «Je faisais référence aux champs et herbes du fleuve, pour faire un lien avec quelque chose de connu, tout en créant des formes stylisées. J'en ai profité pour mettre de la couleur, de l'anodisation jaune-vert [qui sont parmi les dernières couleurs que voient les personnes âgées qui ont des pertes cognitives] sur toute la partie haute. Ça donne un motif en relief, qui vient texturer la sculpture et accroche la lumière», décrit Hélène Rochette, qui adore donner un certain raffinement à ses immenses sculptures minimalistes.  
Entre deux projets de conception, elle continue de manipuler la matière. Ses sculptures sonores Les terriers, faites de Ty-Rap et de tuyaux de différentes couleurs vives, ont été présentées à Art souterrain, à Montréal, et font partie de l'exposition Les artistes de la ligne orange présentée cet été à Saint-Laurent.
Vaillante, confiante, toujours prise par mille projets, Hélène Rochette se réjouit que l'art public soit de plus en plus présent dans nos villes. «Ça entre dans nos vies, dans notre quotidien, et je crois que les gens l'apprécient de plus en plus. Pas besoin d'entrer dans un musée, l'art est inscrit dans le paysage.»
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<p>La sculpture<em> Les herbes hautes</em> s'élève jusqu'à 28 pieds du sol devant le Centre de santé et de services sociaux de Lévis. </p>
Lieux
La plus récente sculpture d'Hélène Rochette, Les hautes herbes, est située devant le Centre de santé et de services sociaux de Lévis. On pourra aussi bientôt voir son oeuvre Équilibre ou le libre esprit au-dessus de l'escalier intérieur du Super PEPS.
Joies urbaines
Un condensé d'oeuvres d'art public se trouve le long de la rivière Saint-Charles, dans Limoilou, et le long de la promenade Samuel-De Champlain.
P
ersonnellement, j'aime aussi beaucoup Les vents déferlants de Paul Béliveau, six girouettes inspirées de la ville de Québec plantées sur le terre-plein de la rue Honoré-Mercier. Un panneau situé près de la rue Saint-Jean explique leur signification.
Aussi à voir:
À lire, pour les intéressés, la Ville de Québec a dévoilé sa vision du développement de l'art public pour 2013-2020 : www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/arts_publics.
L'exposition Les artistes de la ligne orange est présentée à la bibliothèque du Boisé, jusqu'au 29 septembre, sur le boulevard Thimens, à Saint-Laurent, à Montréal.