Le Russe Pavel Andreev, qui a terminé troisième au triathlon d'hiver samedi, sera à surveiller l'an prochain. Le directeur général du triathlon, François Calletta, croit qu'il sera difficile à battre en 2015.

Hawaii 1978, Québec 2014

Toni Niiranen, président de l'Association finlandaise de triathlon, s'est replongé cette semaine dans ses souvenirs d'enfance. «Je me rappelle, petit garçon, avoir été fasciné en regardant les premiers Ironman courus à Hawaii. J'ai la même émotion aujourd'hui.»
Pour lui, le Québec ITU triathlon d'hiver, tenu samedi sur les plaines d'Abraham, est au même stade que son équivalent estival l'était au début des années 80 - le premier Ironman a eu lieu en 1978. «Pour vous, ce n'est qu'une conférence de presse. Ça arrive tous les jours. Pour moi, c'est la naissance d'un nouveau sport olympique. Ça, ça n'arrive pas tous les jours», a-t-il lancé aux journalistes, lundi matin, ému, avec la conviction de vivre un moment historique.
L'homme vêtu d'un pantalon bleu royal et d'une chemise blanche parle de Magnus Lönnqvist, premier Ironman finlandais, et de Pauli Kiuru, triple médaillé à Hawaii au début des années 90, comme de ses premiers héros.
«C'était un sport nouveau, les athlètes y allaient pour pousser leurs limites sans savoir parfaitement à quoi s'attendre. Ça semblait impossible, mais justement, c'est la devise du Ironman : Anything is possible», lance-t-il passionnément. «C'est ce dont j'ai été témoin dans les derniers jours à Québec.»
Aucun spécialiste
Pour lui, Annie Gervais et Dusan Simocko, les premiers champions du Québec ITU triathlon d'hiver, ainsi que tous leurs rivaux de la catégorie élite ayant pris le départ samedi ont écrit le premier chapitre d'une grande aventure.
«Ils sont de grands athlètes, mais aucun ne peut se prétendre spécialiste de la discipline, c'est la beauté du commencement. On les a vus le matin de la course, souriants, mais nerveux devant l'inconnu. Ils ont tous un point faible, que ce soit la course en raquette, le patin ou le ski, et c'est ce qui rend la compétition aussi excitante.»
Pour le président de l'Association finlandaise de triathlon, qui compte un peu plus de 4000 membres, le nouveau format de triathlon d'hiver inventé par François Calletta et son équipe représente l'avenir.
Même si le format vélo-course-ski avait réussi à gagner bon nombre d'adeptes en 15 ans d'existence, le refus du Comité olympique international d'inclure cette discipline au programme des Jeux a obligé un changement de cap.
Niiranen rentre ainsi chez lui avec la ferme intention de mettre sur pied un tel triathlon dès l'hiver 2015. Il quitte la capitale avec un argument de taille dans ses valises : la vidéo promotionnelle produite pour l'événement (à voir sur Le blogue du sport olympique), qui témoigne du succès de cette première. «Ce ne sera pas difficile de convaincre mon monde, avec ça!», a-t-il souri.
En visionnaire ou en fan de triathlon encore sous l'adrénaline d'une fin de semaine dépassant toutes ses attentes, il n'hésite pas à partager son souhait de voir le triathlon d'hiver nouveau format charmer les bonzes de l'olympisme d'ici une dizaine d'années.
Les paris sont ouverts
Devant l'inconnu, comme les athlètes ayant bravé cette nouvelle discipline, François Calletta, directeur général de Québec ITU triathlon d'hiver, ne peut prédire où aboutira son bébé. Il sait cependant qu'une première impression comme celle que la ville de Québec a laissée à ses invités n'a pas d'égale.
Parlant de l'année prochaine, il a estimé que le Russe Pavel Andreev, troisième samedi, serait difficile à battre en 2015. «Le gars est un triathlonien professionnel. Il sait qu'il doit améliorer son coup de patin pour gagner. C'est ce qu'il va faire pour l'an prochain. Je gagerais sur lui.»
On dit cependant que les biathlètes Marc-André Bédard et sa copine Claude Godbout, tous les deux deuxièmes, samedi, sont eux aussi déterminés à perfectionner leur patinage et qu'ils recevront un coup de pouce d'un ancien patineur de vitesse de Québec. Jean-Philippe Le Guellec, qui prend sa retraite du biathlon cette semaine, pourrait également être tenté.
Les patineurs et les coureurs devront se lever pour ne pas laisser cette nouvelle discipline entre les mains de skieurs. «Un nouveau sport est né», disions-nous. Vraiment!