Harvey au pied du podium au 15 km

«Tu ne peux pas être sur le podium à tous les jours.» Alex Harvey avait toutes les raisons d'être heureux de sa quatrième place, samedi, au terme d'un 15 kilomètres en style classique chaudement disputé sur les plaines d'Abraham. Même si quatre petits dixièmes de seconde le séparaient d'une médaille.
Sous un soleil printanier et devant une foule massée tout le long du parcours de 3,75 kilomètres, le fondeur québécois s'est placé dans le groupe de tête dès le départ et ne l'a plus jamais quitté. Autour de lui, des Norvégiens et des Russes, un groupe relevé. Au terme d'un sprint, le prodige de 20 ans Johannes Hoesflot Klaebo (35:23,7) a finalement franchi la ligne d'arrivée le premier, cinq dixièmes de seconde devant son compatriote norvégien Niklas Dyrhaug. Le Russe Alexander Bessmertnykh a gagné le bronze de cette deuxième de trois épreuves des Finales de la Coupe du monde.
«Très satisfait», a lancé Harvey devant les journalistes, un peu avant que des amateurs derrière lui crient «Alex, Alex, Alex» sur la mélodie du «Olé, Olé, Olé» souvent entendue au Centre Bell. «Chaque fois que je suis top 10 en Coupe du monde, c'est satisfaisant. [...] Physiquement, j'étais vraiment bien aujourd'hui.»
Quant à l'envahisseur norvégien, Harvey est habitué. «C'est comme ça à l'année longue. C'était moi le numéro un, alors ils essayaient de faire une course d'équipe autant que possible. Mais en ski de fond, ce n'est pas comme en vélo. C'est plus difficile à faire», a expliqué le gagnant du sprint de la veille.
Autre bonne nouvelle pour Harvey : il a solidifié son emprise sur le troisième rang du classement cumulatif de la Coupe du monde. Son poursuivant, le Finlandais Matti Heikkinen, 26e samedi, se retrouve à près de deux minutes de Harvey dans ce mini-tour et à 92 points dans la grande liste. Une tâche colossale l'attend lors de la poursuite de 15 km en style libre, dimanche.
«On commence à mettre un clou de plus dans le cercueil. En venant ici, c'était vraiment ça le gros but», a souligné Harvey, qui semblait ignorer qu'il pouvait rejoindre le Russe Sergey Ustiugov - absent à Québec - au deuxième rang de ce classement. «Honnêtement, entre deuxième et troisième... La façon dont je vois ça : t'es premier, [ensuite] t'es sur le podium, [ensuite] t'es top 5», a ajouté Harvey en faisant des gestes hiérarchiques avec sa main.
Une traque canado-norvégienne
Klaebo s'élancera 23 secondes avant ses rivaux Dyrhaug et Harvey dimanche, à 12h45. «Je vais être en chasse toute la journée», a souri le Canadien, qui préfère ce rôle à celui du traqué.
Reste à voir si Dyrhaug et lui coopéreront pour rattraper leur jeune ennemi. «Je ne pense pas qu'il va m'aider à chasser trop, trop, parce que c'est un de ses coéquipiers en avant», a supposé Harvey.
Quelques minutes plus tard, Dyrhaug ouvrait grande la porte à une partie de chasse canado-norvégienne. «C'est dans notre intérêt à tous les deux de coopérer et de faire un bon travail d'équipe», a dit l'athlète de 29 ans avant qu'on ne lui pose la question. «En espérant qu'on puisse rattraper Johannes. Ensuite, on verra. Peut-être que ça finira avec un sprint comme aujourd'hui.»
Une chose est sûre, Harvey ne compte pas s'asseoir sur sa troisième place. Même si 23 secondes de retard, «c'est du stock», il croit possible de rejoindre et devancer Klaebo. «Il va être seul en avant, on va voir comment il se sent demain. Mais moi, je pars avec l'intention d'essayer de le rattraper, c'est sûr.» Il devra toutefois se méfier de Finn Haagen Krogh, un autre dangereux Norvégien, qui partira 11 secondes après lui.
Devon Kershaw a été le seul autre Canadien à percer le top 30 samedi avec une 28e place, 1:09 derrière le gagnant.
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Allures d'adolescent... et d'immortel
Johannes Hoesflot Klaebo a remporté sa première victoire en carrière lors d'une épreuve de distance de la Coupe du monde en gagnant le 15 kilomètres en style classique des Finales, samedi, sur les Plaines.
Il n'a que 20 ans, ne nous emportons pas trop. Mais Johannes Hoesflot Klaebo a toutes les allures d'un futur immortel du ski de fond.
Le Norvégien a prouvé qu'il était bien plus qu'un sprinteur d'élite, samedi à Québec, en gagnant le 15 kilomètres en style classique des Finales, sa première victoire en carrière lors d'une épreuve de distance de la Coupe du monde.
Éliminé en demi-finale du sprint la veille, Klaebo est malgré tout devenu le plus jeune champion du petit Globe de cristal de la discipline, devançant le spécialiste italien Federico Pellegrino, qui avait remporté ce trophée à Québec, l'an dernier.
Même le fondeur de l'heure ne peut s'empêcher d'être impressionné par la polyvalence de la jeune sensation. «On l'a vu en début de saison. Il y a eu un mini-tour comme celui de Québec [à Lillehammer]. [Martin] Sundby a gagné et Klaebo a fini deuxième. On a vu qu'il allait être bon, pas juste en sprint. [...] C'est un super gros talent, c'est sûr», a déclaré Alex Harvey, samedi, après sa quatrième place.
Lors des Mondiaux juniors de 2016, le Norvégien avait remporté trois médailles d'or, dont deux lors d'épreuves individuelles : le sprint et le 10 km classique. Le 18 février, il est devenu le plus jeune champion d'une épreuve de la Coupe du monde depuis Petter Northug en 2006. Cinq jours plus tard, il raflait le bronze aux Championnats du monde de Lahti dans sa discipline fétiche, derrière les puissants Pellegrino et Sergey Ustiugov.
Avance inconfortable
Malgré ses succès passés et récents, Klaebo ne croyait pas s'imposer si tôt en carrière dans une autre discipline que le sprint. «Je ne rêvais même pas de remporter une course en distance de la Coupe du monde cette saison. Alors, d'être ici et de croiser le fil d'arrivée en premier, c'est incroyable», a déclaré le grand gaillard aux allures d'adolescent.
Il ne semble pas trop croire l'idée selon laquelle les Norvégiens ont fait une course d'équipe, samedi, afin de contrer Harvey. Il hésite... «C'est dur à dire. On veut tous aller à l'avant, contrôler la course et être offensifs. On a essayé en équipe d'être à l'avant. Mais je ne crois pas qu'on l'a fait pour l'équipe, je crois qu'on l'a fait pour nous-mêmes», a nuancé Klaebo, dans un meilleur anglais que celui de plusieurs de ses coéquipiers.
Il le reconnaît d'emblée : son avance de 23 secondes sur Niklas Dyrhaug et Harvey à l'aube de la poursuite de 15 km est plutôt inconfortable. Il prévoit déjà commencer «un peu lentement» afin de conserver son énergie. Ce qui laisse entrevoir une fin de course endiablée. «Demain, ce sera difficile. D'être le premier à partir dans une poursuite n'est jamais facile. Je vais rentrer à la "maison" et me préparer.»