Dans Hakanaï, si la danseuse manipule la matière à sa guise au début, elle en devient éventuellement prisonnière.

Hakanaï au Mois Multi: faire danser la matière

Il y avait quelque chose de très organique, vendredi, à voir la danseuse Virginie Barjonet manipuler son univers dans Hakanaï, du duo français Adrien M / Claire B. Un sentiment surprenant, considérant que l'univers dans lequel elle évolue est complètement numérique.
Le spectacle, présenté vendredi dans le cadre du Mois Multi, commence dans un silence complet. Une danseuse tout de blanc vêtue contourne un énorme cube posé au centre de la salle.
Quand elle y entre, la structure prend vie. Au rythme de battements de coeur sourds, des lignes apparaissent peu à peu autour d'elle. Le dessin se complexifie au fur et à mesure que la musique prend forme. Et la danseuse comprend tranquillement qu'elle contrôle cette matière projetée autour d'elle.
La symbiose s'installe, et la magie aussi. Hakanaï signifie, en japonais, quelque chose de fragile, d'évanescent, en rêve et en réalité. C'est dans cet état que le spectacle nous plonge. Le premier numéro est sans doute le plus saisissant.
Il y a quelque chose de vraiment fascinant dans ce contrôle que la danseuse exerce sur cet environnement numérique, ce genre de cage de lumière qu'elle apprend tranquillement à contorsionner à sa guise. Et quelque chose de vraiment envoûtant aussi quand la musique électronique (interprétée en direct), se trouve en quelque sorte illustrée par les mouvements de la danseuse et des projections lumineuses. Les trois dimensions s'accordent et prennent corps.
Si la danseuse manipule la matière à sa guise au début, elle en devient éventuellement prisonnière, pantin contrôlé par une saccade mitraillée de zébrures qui s'additionnent et s'entremêlent. Puis elle fuit, court au ralenti dans une pluie de chiffres et de lettres qui défilent à vive allure...
Plus tard encore, l'interprète reprend ses aises, perdue dans une nébuleuse d'interconnexions qui s'ouvrent et se ferment sur son passage. Un segment très poétique qui invite à la contemplation. On se sent soudainement bien petits dans cet univers dense et mouvant. L'enchaînement de ces segments nous fait réfléchir sur les télécommunications, sur la surabondance d'informations qui nous assaille tous les jours...
Adrien Mondot et Claire Bardainne (qui anime en direct les images) réussissent vraiment à tisser un pont entre le réel et le virtuel, à transcender le côté robotique de l'informatique pour en faire un objet vivant, mouvant, organique. On en aurait pris plus que 45 minutes, même si la fin manquait un peu de souffle comparativement à la force évocatrice des débuts.
Le spectacle Hakanaï est présenté à nouveau samedi, à 19h30, à la salle Multi du complexe Méduse.