Les Chouinard, Jacques, Guy, Jean et Pierre, ont retrouvé les couleurs des Remparts de Québec le temps d'une photo.

Guy Chouinard vu par les Chouinard

Le retrait du chandail de Guy Chouinard par les Remparts de Québec, samedi, rejaillit sur toute cette famille ayant marqué l'histoire du hockey dans la Vieille Capitale. On connaît bien l'ancien joueur et entraîneur-chef des Diables rouges, mais qu'en est-il du père, du frère, de l'oncle? Sérieux en public, pince-sans-rire en privé, il est resté le même homme. Portrait de Guy Chouinard, peint par ses frères Pierre, Jean et Jacques, son fils Éric et son neveu Marc.
Le grand frère
Pierre Chouinard
(Pierre a joué deux ans pour les As Jr et avec les Remparts en 1969-1970)
Pour développer une tradition familiale, ça prenait un départ. Coéquipier de Guy Lafleur, Pierre s'alignait déjà avec les As Jr lorsque son père André et d'autres actionnaires ont fondé la société Colibec et mis les Remparts au monde.
«J'ai été le premier de la famille à jouer pour les Remparts, mais j'étais convaincu que Guy en ferait autant. Juste de la manière dont il dominait dans le pee-wee, c'était l'évidence même qu'il ferait carrière. Il faisait la pluie et le beau temps avec "Buddy" Cloutier», rappelle l'homme de 65 ans.
Un écart de six ans les sépare, les deux n'ont jamais joué ensemble et celui qu'il voit aujourd'hui est le même qu'hier. «Guy était toujours en train de jouer, de rire, il taquinait tout le monde. Il avait un très bon sens de l'humour, il l'a encore. Dans la famille, on s'agace pas mal, on aime ça rappeler à Guy et Jean qu'ils n'ont pas beaucoup de cheveux...»
Pierre n'a pas eu à être le grand frère protecteur de Guy. Il avait vite perçu le talent qui l'habitait. «J'ai toujours trouvé qu'il était au-dessus de la moyenne, j'admirais son habileté et je l'encourageais. Enfant, il était bon dans tous les sports, au baseball c'était la même chose. Les quatre frères, on avait tous un peu le même style, mais pas le même talent. Pour lui, c'était facile, il était un naturel et il s'est bien servi de ce qu'il avait.»
À ses yeux, l'honneur que reçoit son frère est «pleinement» mérité. «Lorsque tu es reconnu de la sorte, ça veut tout dire! Les compteurs de 50 buts de Québec, ça ne court pas les rues. Je me souviendrai toujours de son tour du chapeau en finale contre Sorel, ça avait déstabilisé Rodrigue Lemoyne [entraîneur des Éperviers] et il y avait eu une bagarre générale à chaque match, ensuite. Quand j'ai coaché [midget AA et junior B], j'avais un peu la même philosophie que lui, alors j'ai toujours trouvé qu'il était un bon coach...»
Le hockey a toujours fait partie des discussions à la table. Chacun suivait le cheminement de l'autre. «Le seul que j'ai un peu moins vu, c'est Jacques, parce que j'étais à l'âge où je devais travailler. Le nom de Chouinard était un héritage à porter, les deux jeunes [Marc et Éric] ont bien fait ça, aussi. Éric a juste eu la malchance d'être repêché par le Canadien!»
Le frère héritier
Jean Chouinard
(Jean a joué trois ans avec les Remparts de 1975 à 1978)
Il se revoit sur le toit du Colisée dans les bras de Guy et Pierre qui le transféraient dans ceux de l'entraîneur-chef Ron Racette. En 1975, Jean était le successeur de ses deux frères chez les Remparts. Ce qu'on ne ferait pas pour une photo!
«Le passage de Guy [avec les Remparts] a ouvert des portes, mais je n'étais peut-être pas aussi mordu que lui. Ça prend un talent exceptionnel pour marquer 50 buts à l'âge de 22 ans dans la LNH.» Il n'a pas oublié le temps où, au retour de l'école, les frères sortaient jouer au hockey sur la patinoire de la cour arrière. «On était bien équipés, on avait des bandes, des buts. À la maison, ça parlait de hockey. Diane était là, aussi, il ne faut pas oublier de dire qu'on a une soeur», glisse-t-il en souriant.
Il se rappelle cette activité où les joueurs des Remparts pouvaient inviter un petit frère pour pratiquer avec eux. Jean y avait accompagné Guy. «J'avais aussi déjà lu dans le journal que Guy avait compté 17 buts dans une victoire de 18-1 sur la patinoire extérieure à St-Fidèle. Il a compté son premier but avec les Remparts à 14 ans, c'est impressionnant juste d'y penser.»
Des histoires, les frères pourraient en raconter pendant des heures. «On en a tellement entendu. On avait du fun. Même le père, qui a participé à la fondation des Remparts, nous disait qu'il avait joué pour l'ESSM, l'école supérieure Saint-Malo», rappelle celui qui a joué un an dans les filiales des Red Wings avant de participer au camp des Flames de Calgary... avec son frère.
«À ma première année chez les Remparts, on est allés à la Coupe Memorial. On aurait eu plus de chance si Guy et "Buddy" [Cloutier] avaient été là, mais ils sont passés pros deux ans plus tôt à 18 ans.»
Le frère cadet
Jacques Chouinard
(Jacques a joué cinq ans avec les Remparts de 1977 à 1982)
Il n'avait que 12 ans quand Guy est parti jouer au niveau professionnel. Facile de s'émerveiller. «Il était mon idole de jeunesse. Heille! Ton grand frère joue dans la Ligue nationale. Même avec les Remparts, il l'était», affirme le plus jeune des frangins, surnommé «Jacquo» par les siens.
Avant chaque pratique des Remparts, Guy prenait le temps d'aller s'amuser sur la patinoire familiale, en fin d'après-midi. «On jouait un match, c'était notre rituel. Dans la cour, Guy était le gardien. Il a toujours eu beaucoup de talent... sauf avec les outils! Fallait pas lui mettre un marteau dans les mains. Il m'a un peu aidé à construire mon chalet, mais il était meilleur avec un tableau pour montrer des jeux», s'amuse le bébé de la famille.
Jacques a joué cinq ans pour les Remparts, agissant comme adjoint à l'entraîneur-chef Ron Lapointe à sa dernière saison à cause d'une blessure. Il a connu le jeu des comparaisons. «Ça amenait une certaine pression à porter le nom de Chouinard, parce que dès le Tournoi pee-wee, on disait que le prochain serait encore meilleur. Je savais que c'était impossible, parce que Guy était dans une classe à part. Je ne veux pas trop en mettre, mais il n'y en avait pas beaucoup comme lui pour fabriquer des jeux et passer la rondelle. Il est l'un des bons que j'ai vus, même Lanny MacDonald l'a écrit dans son livre.»
Jacques avait visité le Temple de la renommée, à Toronto, peu de temps après le 50e but de Guy, en 1979. «Il était alors le 21e joueur à vie à compter 50 buts dans la LNH et les bâtons de chacun étaient dans une vitrine, il n'y en avait qu'un rouge, c'était le sien, son Titan. Même là, il se démarquait.»
À la maison, le plus jeune se faisait brasser un peu, «surtout par Jean, qui était le plus gros...» Aux yeux des parents, les enfants étaient tous égaux. «Guy mérite cet honneur. Toute la famille est bien fière de lui, et il le dira lui-même, à quelque part, on a tous contribué à faire connaître le nom des Chouinard. Cette fierté vient de nos parents, il y a beaucoup de notre mère [Theresa] là-dedans.»
Le fils
 
Éric Chouinard dans l'uniforme de Grenoble
(Éric a joué trois ans avec les Remparts de 1997 à 2000)
À la renaissance des Remparts, en 1997-1998, Guy devient leur premier entraîneur-chef. Il aura l'occasion de diriger son fils, Éric, dans le cadre de l'une des premières expériences père-fils dans la LHJMQ.
«Il y a eu des moments plus durs, mais dans l'ensemble, on peut dire que ç'a été une réussite. On a prouvé à bien du monde que ça pouvait fonctionner et d'autres familles - comme Patrick Roy - n'ont pas hésité à le faire par la suite. La cerise sur le sundae aurait été de remporter un championnat, mais ce furent trois saisons extraordinaires», raconte fiston dans un appel outre-mer.
À 36 ans, il poursuit sa carrière à Grenoble, en France, où il touche régulièrement la cible comme il le faisait avec les Remparts (148 buts en 180 matchs). «Le petit vieux est encore capable», dit-il en riant.
Il ne sera pas présent à la fête, mais il y sera toutefois de coeur. Il ne cache pas sa fierté de savoir qu'une bannière sera hissée au plafond de l'amphithéâtre voisin du Colisée où le paternel a joué et coaché. «Il y a plusieurs joueurs de ma génération qui ont leur chandail retiré, mais ceux de l'époque de mon père ont aussi marqué le hockey à Québec, c'est donc amplement mérité. Le retrait du chandail de Guy, c'est aussi un hommage à toute la famille, car les Chouinard et les Remparts sont indissociables. Mais ça reste la soirée de mon père, c'est un très bel accomplissement pour lui. Il n'est pas une personne très émotive, mais lorsqu'il verra sa bannière, ce sera très émouvant.»
Son plus lointain souvenir de gamin remonte à St. Louis, où il accompagnait son père sur la glace après les pratiques et sa mère aux matchs. «J'allais aussi avec lui dans les matchs des légendes, j'étais bien fier d'être le petit bonhomme d'un joueur de la LNH.»
Le neveu
Marc Chouinard
(Marc a joué trois saisons avec les Harfangs de Beauport de 1993 à 1996 et six ans dans la LNH)
«Des familles de hockeyeurs, il y en a plusieurs au Canada, mais à Québec, c'est assez rare. Mon père, mes oncles, mon cousin et moi, on est tous fiers d'avoir joué pour l'équipe junior de notre ville. Il n'y a que moi qui n'a pas porté l'uniforme des Remparts, mais je l'aurais sûrement fait s'ils avaient existé à mon époque.»
Le centre de 6'4" a plutôt joué avec les Harfangs de Beauport, où il a porté le no 11 de son père, Pierre. «L'une des raisons pourquoi je suis revenu vivre à Québec après ma carrière, c'était pour les réunions de famille. Le trait commun entre Pierre, Guy, Jean et Jacques, c'est la bonne humeur. Éric et moi, on se dit que lorsqu'ils sont ensemble, c'est quasiment un spectacle d'humour!»
S'il reconnaît la carrière «extraordinaire» de Guy, autant comme joueur qu'à titre d'entraîneur, il préfère parler de l'homme. «Mon oncle n'a jamais changé, il a toujours été très humble. Si j'ai été au courant de ses exploits, ce n'est pas parce qu'il s'est levé un bon matin pour me les raconter, pour me dire qu'il avait déjà marqué 50 buts dans la LNH. Je l'ai appris par moi-même. Il a réussi à tous les niveaux, mais c'est aussi quelqu'un de bien et une personne agréable à côtoyer.»
Il se souvient en particulier d'un rare Noël où Guy était présent au réveillon parce que les Flames de Calgary étaient dans le coin. «Je revois aussi sa fameuse Corvette blanche et le musée dans le sous-sol de mes grands-parents, sur la 4e Avenue.»
Joueur, Marc a affronté Guy, qui dirigeait alors les Faucons de Sherbrooke. «Éric, Simon Gagné et Jérôme Marois m'ont toujours dit qu'il était un bon enseignant. À mon premier match contre lui, je m'étais battu et on s'était fait varloper 9-3. Après le match, on avait pris une photo de famille pour Le Soleil que j'ai encore sur mon mur, ça explique pourquoi j'avais la face longue! Porter le nom de Chouinard dans le hockey, ça allait avec une responsabilité, et, avec le recul, ç'a été une fierté de suivre leurs traces.»