«C'est une discipline. Il ne faut pas passer du français à l'espagnol», explique Marisa, mère d'Elio, deux ans.

Grandir bilingue: le Québec en español

Marisa Pauloni est Québécoise, mais a grandi en espagnol, grâce à ses parents argentins. Marisa a commencé à apprendre le français lors de son entrée à l'école. Son conjoint, Frédéric Martin, est originaire du sud de la France. Et leur petit, Elio, deux ans, comprend aussi bien l'espagnol que le français.
Elio ne parle pas énormément aujourd'hui; moins que ses copains à la garderie francophone qu'il fréquente. Mais il s'exprime beaucoup par signes, assure sa mère, et n'a pas de difficulté à se faire comprendre. Il est d'ailleurs davantage exposé au français, puisque c'est cette langue que ses parents utilisent entre eux. Le couple croit toutefois que le vocabulaire de leur fils est réparti entre les deux langues.
Elio s'est attaché à la routine et aux chansons francophones de la garderie.  Le marmot a aussi développé une relation particulière avec une autre gamine bilingue de l'endroit, dont la mère, Norvégienne, lui enseigne sa langue d'origine et dont le père québécois lui parle en français. «Ils avaient le même fonctionnement dans leur comportement, ils s'entendaient très bien», souligne Frédéric.
Au début, Marisa pense communiquer en français avec Elio, pour ne pas s'éloigner de son conjoint, qui ne parle pas la langue. «Avec la venue du bébé, l'allaitement, c'est déjà un lien très fort avec l'enfant. Je ne voulais pas que mon mari se sente mis à part.»
Après réflexion, Marisa se lance dans la langue de Cervantès. «Je me suis fait dire jeune que j'avais de la chance [de parler français et espagnol]. Avec le raisonnement, parler plusieurs langues, ça a tellement de positif, ça a pesé dans la balance», explique-t-elle. De plus, la jeune maman croit que le fait qu'Elio parle uniquement en français avec son père a permis de renforcer leur relation.
Marisa avait toutefois quelques réticences. «Est-ce une bonne chose ou est-ce tout simplement pousser l'enfant à performer?» s'est-elle demandée. On lui a dit que ça pouvait prendre jusqu'à trois ans pour que son petit garçon bilingue «débloque». Si, à trois ans, il n'y a pas de changement, les parents envisageront peut-être d'utiliser uniquement le français. «C'est déjà une satisfaction qu'il comprenne une autre langue», justifie la mère.
L'expérience est prenante - surtout au début - pour les parents. «C'est une discipline. Il ne faut pas passer du français à l'espagnol», s'est-elle imposée. Elle choisit donc de parler strictement une langue et d'y tenir pour ne pas créer de confusion. Elle exige donc aussi qu'Elio finisse ses phrases dans la même langue qu'il les a commencées.
Ce retour aux sources pour Marisa lui a permis de rafraîchir son espagnol. Elle laisse d'ailleurs toujours traîner un dictionnaire : pas question de faire d'erreurs!
À l'âge adulte
Maria, d'origine mexicaine, et Jacques, Québécois, ont élevé deux garçons, maintenant âgés de 23 et 24 ans, dans leur langue natale respective.
Même avant la naissance de ses enfants, Maria leur parle en espagnol. Mais papa s'en tient uniquement au français. «Je voulais qu'ils aient le bon accent autant en français qu'en espagnol», explique Maria. Bien qu'ils comprennent l'espagnol, ce n'est pas avant l'âge de huit ans que ses garçons commencent à l'utiliser avec leur mère. Avant, ils préfèrent lui répondre dans la langue de Molière. Jusqu'à ce qu'ils se décident à profiter du fait qu'en optant pour l'espagnol en public avec leur mère, la majorité des étrangers ne les comprendraient sûrement pas!
Leurs fils ont fréquenté la maternelle en français. Ils ont par ailleurs séjourné un mois au Mexique, chaque année, jusqu'à l'âge de 12 ans environ. Les deux jeunes hommes ne se sont toutefois jamais vraiment intéressés à la culture mexicaine. «Ils sont vraiment québécois», indique leur mère, qui n'a jamais essayé de leur imposer sa vision des choses.
Bien qu'il ne doute pas que le bilinguisme soit un important atout aujourd'hui, Jacques se demande encore si le fait d'avoir élevé ses enfants dans un milieu bilingue a été la cause de leur désintérêt pour les études supérieures. Il avance même qu'il aurait peut-être sacrifié l'apprentissage d'une seconde langue si tel avait été le cas.