Grand Dérangement: les manifestants se font voir à Québec

Les syndiqués du secteur municipal ont frappé un grand coup mercredi matin avec leur Grand Dérangement en visant des cibles bien précises de la capitale comme le chantier de l'amphithéâtre, les parcours des Métrobus, l'horloge du Jura et l'hôtel de ville. Un mouvement qui a occasionné plusieurs retards, mais qui s'est toutefois atténué en mi-journée.
Les trois entrées du chantier de l'amphithéâtre étaient bloquées mercredi matin par les manifestants, qui ne laissaient passer que les travailleurs à pied et les bétonnières.
<p>La cage de verre de l'horloge suisse a été placardée d'affiches montrant entre autres le maire de Québec, Régis Labeaume, chantant <em>C'est le temps d'une dinde</em> entouré du premier ministre Philippe Couillard, et des ministres de la Santé, de l'Éducation et des Affaires municipales déguisés en volailles.</p>
Quelque 150 personnes ont perturbé l'arrivée des travailleurs très tôt mercredi sur le chantier de l'amphithéâtre. Les trois entrées du chantier étaient bloquées par les manifestants - dont faisait partie Jean Gagnon, président du syndicat des cols blancs de la Ville de Québec - qui ne laissaient passer que les travailleurs à pied et les bétonnières.
Une courte altercation est d'ailleurs survenue entre les manifestants et un travailleur du chantier arrivant en voiture, qui s'est fait refuser l'accès vers 8h. «Qu'ils nous laissent faire notre travail!» a lancé celui qui a préféré garder l'anonymat.
Il aura fallu l'arrivée de l'escouade antiémeute pour faire évacuer les manifestants, rassemblés pour dénoncer le projet de loi 3 sur les régimes de retraite.
Mais au lieu de se disperser, ils sont plutôt montés à bord d'autobus scolaires, et se sont dirigés vers l'hôtel de ville où ils ont placardé d'affiches la cage de verre de l'horloge suisse offerte par le canton du Jura à Québec.
Les autocollants montraient entre autres le maire de Québec, Régis Labeaume, chantant C'est le temps d'une dinde entouré du premier ministre Philippe Couillard, et des ministres de la Santé, Gaétan Barrette, de l'Éducation, Yves Bolduc, et des Affaires municipales, Pierre Moreau, déguisés en volailles.
Le Réseau de transport de la Capitale (RTC) a aussi subi les contrecoups du Grand Dérangement, alors que 40 autobus se sont vu bloquer l'accès à la sortie du garage pour autobus articulés du RTC. Il s'agissait en majorité de bus accordéon, effectuant les parcours Métrobus.
Tout cela s'est déroulé entre 5h40 et 6h35, causant des retards pour les usagers jusqu'à 7h. «Ça représente plusieurs milliers de personnes», selon Julie Drolet, porte-parole du RTC.
Une caisse d'oranges...
En fin d'après-midi mercredi, les employés municipaux ont fait un «dernier clin d'oeil» en envoyant une caisse d'oranges à «déposer soigneusement dans le coffre-fort virtuel», par le biais d'un employé apparemment amusé du service de courrier Messagerie Par-Chemin. Une livraison faisant référence à la compagnie française Orange et au projet de coffre-fort virtuel.
Les forces policières n'ont procédé à aucune arrestation, mais elles ont reçu plusieurs plaintes des citoyens. Les policiers ont effectué une quarantaine d'interventions dans la journée. «Ça peut être des demandes d'assistance, d'accès à certains lieux ou de surveillance», a indiqué le directeur des communications du service de police, François Moisan.
Peu impressionné par le Grand Dérangement, Régis Labeaume est d'avis que les moyens de pression de mercredi n'aideront pas la cause des employés municipaux. «Je pense qu'ils se sont mis encore plus à dos la population», a dit le maire. «Il n'y a pas grand monde qui ont compris qu'est-ce qu'ils ont fait aujourd'hui, surtout aller bloquer le chantier de l'amphithéâtre. Qu'est-ce que ça peut leur donner à part de faire fâcher le monde?»
La facture aux syndiqués
Le Réseau de transport de la Capitale (RTC) a vu 60 % de sa flotte, soit plus de 300 autobus, tapissée d'autocollants contestataires, mercredi matin. Les employés d'entretien sont soupçonnés d'être derrière cette campagne d'affichage non autorisée. Comme ce fut le cas en septembre, ils devront nettoyer les véhicules pendant leurs heures de travail et la facture sera envoyée à leur syndicat. Il y en avait pour 15 000 $ la dernière fois et le solde n'a pas encore été acquitté. Julie Drolet, porte-parole du RTC, confirme que les autocollants semblent plus nombreux cette fois-ci, mais il est trop tôt pour dire s'ils seront plus ou moins difficiles à enlever. Le transporteur enquête également sur les agissements d'une dizaine de chauffeurs qui ont tourné autour de l'hôtel de ville avec leur bus en transit mercredi matin. Si les règles de conduite des chauffeurs ont été enfreintes, des mesures disciplinaires pourraient être prises.  
Avec Annie Morin et Guillaume Piedboeuf