Eugene Hütz, le grand moustachu au look de rockeur torse nu, qui mène la charge. Et quelle charge : sans répit, en tourbillonnant partout, en multipliant les grands gestes et en haranguant les festivaliers.

Gogol Bordello: foutre le bordel!

Le dernier passage de Gogol Bordello au Festival d'été fut mémorable et on n'en attendait pas moins pour leur retour à Québec. Le nom du groupe fait référence à l'auteur ukrainien Gogol et au bordel, en italien. C'est ce que le groupe new-yorkais s'est évertué à faire mercredi soir dans une place D'Youville archi-bondée : foutre le bordel, dans l'enthousiasme.
Les huit musiciens auraient tout aussi bien pu s'appeler tour de Babel - si on fie à toutes les influences amalgamées (Hendrix, Fugazy, Manu Chao, les Clash...) et au sens métaphorique, un lieu où règne le bruit et une certaine confusion. Mais avec leurs influences tziganes, on les crédite d'ailleurs comme chef de file d'une nouvelle mouvance : le gypsy punk! Autrement dit, un mariage de la tradition et de la modernité.
Leur musique endiablée est à la fois énergique, hypnotique et mélodique, ce qui explique son immense pouvoir de séduction sur la foule qui sautait volontiers partout. Aux guitares, basse et batterie s'ajoutaient évidemment accordéon, violon et percussions - un collectif soudé et esclave du rythme.
Les trois chanteurs du collectif mitraillent la foule de paroles en variant le rythme du tir, mais c'est Eugene Hütz, le grand moustachu au look de rockeur torse nu, qui mène la charge. Et quelle charge : sans répit, en tourbillonnant partout, en multipliant les grands gestes et en haranguant les festivaliers. Une vraie bête de scène pour utiliser un cliché usé à la corde.
Tout est dans l'attitude : pas prétentieuse pour deux sous, sympathique et proche des gens. Comme de chanter le refrain de Et si tu n'existais pas (Joe Dassin) pour introduire Purple. C'est comme ça qu'on fait lever un beau party, une communion d'esprit et de musique. Malgré le vent frisquet, il faisait chaud dans les coeurs.
Irish Moutarde
Petite surprise, en début de soirée. Alors qu'on attendait Joe Driscoll et Sékou Kouyaté, c'est le collectif de Québec Irish Moutarde qui est monté sur scène pour une deuxième fois, mercredi. C'est un problème de visa qui a empêché l'Américain et le Guinéen de se produire au Festival d'été.
Remarquez, on n'y perdait pas au change. Le septuor punk rock celtique était tout à fait dans l'esprit festif et bordélique de leur successeur avec ses chansons à boire et folkloriques. La chanteuse Andrée-Anne McHalley se démenait comme 10 pour embarquer la foule. Ça marchait couci-couça. Mais, bon, étant donné que plusieurs s'attendaient à voir autre chose, ils ont réussi à retenir la foule et même à remplir la place D'Youville.
Sur quelques pièces, le groupe était accompagné de représentants du 78th Fraser Highlanders - sept cornemuses sur scène, ça fait tout un boucan! Notamment sur une reprise des réputés Dropkick Murphys, leur source d'inspiration avouée avec Flogging Molly.
Irish Moutarde a puisé largement dans le répertoire de son album Raise 'Em All. Leur performance énergique et entraînante était comme la musique - mal dégrossie. Dans leur cas, c'est tout un compliment.