La chanteuse Pauline Julien occupe une place privilégiée dans le film.

Godin: ode à un homme libre

Gérald Godin était d'une race de politiciens dont il reste peu de survivants. Humaniste et poète, débatteur hors pair, libre penseur à la grande ouverture d'esprit, démocrate entièrement dévoué à ses citoyens, l'homme a marqué le paysage politique des années 70 et 80, dans un Québec engagé dans la conquête de son indépendance.
Gérald Godin était d'une race de politiciens dont il reste peu de survivants. Humaniste et poète, débatteur hors pair, libre penseur à la grande ouverture d'esprit, démocrate entièrement dévoué à ses citoyens, l'homme a marqué le paysage politique des années 70 et 80, dans un Québec engagé dans la conquête de son indépendance.
Le cinéaste Simon Beaulieu n'était pas au monde lorsqu'un certain 15 novembre 1976, l'annonce de la victoire de Godin sur le premier ministre libéra Robert Bourassa, dans la circonscription de Mercier, a semé la frénésie dans la foule réunie au Centre Paul-Sauvé. De ce moment historique et d'autres plus intimes, il en est question dans le documentaire réalisé par le cinéaste de 32 ans, Godin, qui retrace le parcours unique de ce promoteur de la cause indépendantiste.
C'est en travaillant sur son documentaire précédent, consacré au peintre Serge Lemoyne, que Simon Beaulieu a réalisé sa méconnaissance de grands pans de l'histoire du Québec. D'où son intérêt à revisiter un passé récent à travers la vie et l'oeuvre de Gérald Godin, où documents et films d'archives forment une instructive courtepointe. Le réalisateur est également allé à la rencontre de personnes qui ont bien connu Godin, l'homme et le politicien. Parmi elles, le cinéaste Denys Arcand et l'ex-premier ministre Jacques Parizeau.
«M. Parizeau m'a dit qu'il ne donnait plus beaucoup d'entrevues, mais qu'il ne pouvait pas refuser ça à son bon ami Godin...», explique le cinéaste, qui n'en finit plus de s'étonner de l'amour et du respect à l'égard du personnage. «J'ai rarement vu quelqu'un aussi aimé et apprécié. Ça pouvait lui prendre une heure et demie pour faire un seul coin de rue, sur le Plateau-Mont-Royal. Tout le monde voulait lui parler. C'était quelqu'un de très authentique.»
Un de ses écrits, touchant, témoigne d'ailleurs de sa préoccupation de ne pas oublier ceux qui l'ont élu : «T'en souviens-tu, Godin/astheure que t'es député/de l'homme qui frissonne/qui attend l'autobus du petit matin/après son chiffre de nuit.»
À cet égard, note le documentariste, Gérald Godin avait un sens très noble de la définition du mot démocratie. «Il se voyait comme le représentant des citoyens auprès du gouvernement, et non l'inverse. Pour lui, être député, c'é-tait beaucoup plus qu'une poignée de main pour la photo...»
L'amour de sa vie
Le grand amour de sa vie, sa muse, sa complice, sa confidente, la chanteuse Pauline Julien, de 10 ans son aînée, occupe évidemment une place privilégiée dans le film. «C'é-tait la femme de sa vie. Même s'ils avaient chacun un tempérament très fort, ils se complétaient parfaitement. Ils formaient un couple très effervescent, uni par une complicité infinie, même si chacun se permettait des libertés. C'était sans doute la façon qu'ils avaient trouvée pour rester ensemble.»
Quarante ans avant le débat sur les accommodements raisonnables, Gérald Godin aura été le premier politicien à découvrir l'importance de jeter des ponts vers les communautés culturelles afin de les rallier à la cause souverainiste. Un discours avant-gardiste pour l'époque. L'homme partageait une grande empathie à l'égard des immigrants qui laissaient tout derrière afin de refaire leur vie ailleurs. «Il disait souvent que si une guerre éclatait au Québec, il serait bien heureux de voir un autre pays lui ouvrir les bras.»
Exemple de courage
Atteint d'un cancer du cerveau qu'il a combattu pendant 10 ans, Gérald Godin a vécu une fin de vie très difficile. Une scène le montre à l'Assemblée nationale, le crâne quasi dégarni en raison des traitements de chimiothérapie, affaibli mais déterminé à jouer son rôle de parlementaire jusqu'au bout, toujours avec la même dignité. Son décès est survenu le 12 octobre 1994, à l'âge de 55 ans.
«Un très grand exemple de courage et d'héroïsme, estime le cinéaste. Malgré le déclin de ses capacités, il tenait à rester présent sur la place publique, plutôt que de rester chez lui. Pour un homme pour qui les mots étaient si importants, ce devait être difficile de ne plus pouvoir s'exprimer avec aisance. Mais il se disait que même malade, il pouvait servir d'inspiration à d'autres personnes.»
Simon Beaulieu sera présent au Clap ce soir pour discuter avec le public, à l'issue de la projection de 19h30.
Au générique
Cote : ***
Titre : Godin
Genre : documentaire
Réalisateur : Simon Beaulieu
Acteurs : avec la participation de Denys Arcand, Gaëtan Dostie, Jacques Elliott, André Gervais, Jacques Godbout, Jacques Parizeau, Malcolm Reid, Brigitte Sauriol et Joseph Xénopoulos
Salle : Le Clap
Classement : général
Durée : 1h15
On aime : (re) découvrir un homme politique hors pair, l'immense travail de recherches, réentendre et voir Pauline Julien
On n'aime pas : -