Denny Morrison saute de joie lors de la cérémonie des fleurs du 1000 m en patinage de vitesse longue piste, mercredi, à Sotchi. Le médaillé d'argent a eu la chance de participer à cette épreuve à la suite du désistement de son coéquipier Gilmore Junio.

Gilmore Junio: un geste remarquable, mais...

Gilmore Junio avait gagné sa place dans l'équipe olympique canadienne de patinage de vitesse longue piste pour deux épreuves. Après avoir patiné le 500 m, lundi, il s'est sacrifié et s'est désisté du 1000 m pour laisser son siège à son coéquipier Denny Morrison, qui y a remporté l'argent. Un geste d'une incommensurable générosité. J'ai cependant mes réserves.
L'action remarquable a de quoi faire la manchette. Ni malade ni blessé, Junio a estimé que, pour le bien de l'équipe, Morrison devait le remplacer sur la ligne de départ. Un acte d'altruisme qui a enflammé les réseaux sociaux, surtout après que Morrison eut suggéré que son sauveur soit nommé porte-drapeau à la cérémonie de clôture.
Morrison, 28 ans, est une star du longue piste au Canada. Le double médaillé olympique à la poursuite par équipe (argent à Turin et or à Vancouver) a, notamment, à son palmarès deux médailles des Championnats du monde au 1000 m. Revenant d'une blessure, il n'était cependant pas au sommet de sa forme cette saison.
Aux sélections olympiques, il a trébuché et, contre toute attente, ne s'est pas qualifié pour le 1000 m. Il a par la suite confirmé son billet pour Sotchi en remportant le 1500 m et a depuis ajouté la poursuite à sa tâche.
Junio, 24 ans, de Calgary, est un spécialiste du 500 m. Il y a inscrit le meilleur résultat du Canada, lundi, en terminant 10e. Je présume qu'il a considéré que la glace peu rapide du Adler Arena le privait d'une chance d'exceller dans une course deux fois plus longue.
Morrison, qui n'avait jamais été à la hauteur des attentes lors de ses courses individuelles olympiques, a saisi l'opportunité. Un cadeau en argent.
Des pressions?
Cette médaille risque d'être la seule de l'équipe canadienne en longue piste - à moins que Morrison reste sur son nuage. Elle pourrait ainsi sauver l'image d'un programme reconnu pour ses fastes cueillettes olympiques. La question se pose : Junio a-t-il subi des pressions pour ainsi se désister?
En entrevue à Radio-Canada, il a souligné que, lundi, après le 500 m, son entraîneur, Michael Crowe, lui a demandé «s'il considérerait léguer sa place», tout en ajoutant que la décision lui revenait entièrement.
En bon gars, dans l'esprit olympique, Gilmore Junio a posé le noble geste que très peu d'athlètes auraient imité et a sacrifié la moitié de ses Jeux pour un coéquipier. Si l'histoire se termine de splendide façon, il est inacceptable que la bonne action lui ait été suggérée. Bien sûr, on ne peut que se réjouir de l'exceptionnelle performance de Morrison, qui érige Junio au rang de héros.