Geneviève Rioux

Geneviève Rioux: du théâtre au féminin

Il fait tellement froid en ce mercredi où on a rendez-vous avec Geneviève Rioux que le sol craque à chaque pas et que le ciel a l'air de vouloir casser en deux. Une fois à l'intérieur toutefois, la rencontre avec la comédienne réchauffe. Pétillante dans son veston rose, toujours aussi belle à 47 ans, l'actrice a un visage qui donne l'impression que le temps s'est figé comme la glace en ce petit matin de janvier.
Pourtant, ça fait déjà un bail que Geneviève Rioux roule sa bosse au théâtre, à la télé et au cinéma. Vingt-trois ans déjà qu'elle jouait la jeune flamme de Pierre Curzi dans Le déclin de l'empire américain. Il y a 20 ans aussi qu'elle devenait la Sonia de Cruising Bar. Puis, il y a eu plusieurs rôles au théâtre, à la télé (Casino, Annie et ses hommes), le rôle de mère, dans la vie comme à l'écran. Il y a eu aussi la série Simonne et Chartrand dans laquelle elle interprétait la grande Simonne Monet-Chartrand. Un rôle marquant tant sur le plan personnel que professionnel et qui a permis à la comédienne de remporter un Gémeaux en 2004. Partout, des rôles de femmes, parfois vulnérables, souvent fortes, à la fois douces et lucides. Comme une fleur d'acier. 
À L'Anglicane
C'est justement dans une pièce de ce nom, Fleurs d'acier, qu'on verra Geneviève Rioux sur les planches de L'Anglicane, le 21 février, dans une mise en scène de Sébastien Corbeil. Une pièce tragicomique de Robert Harling portée au cinéma en 1989 et dans laquelle six femmes se rencontrent dans un salon de coiffure pour échanger sur l'amour, la famille, la vie, avec ses hauts et ses bas. «C'est une des plus belles gangs de théâtre que j'ai eue. L'esprit de groupe est très important», dit Geneviève Rioux de cette bande de filles composée de Sylvie Boucher, de Marie Cantin, d'Anik Vermette, de France Pilotte et de Lily Thibeault.
«Venir en tournée ensemble à Québec sera adorable.»
On imagine facilement combien Geneviève Rioux est à l'aise dans cet univers où le théâtre se conjugue au féminin. Membre du Comité des femmes de l'Union des artistes depuis 2001, Geneviève Rioux est préoccupée depuis longtemps par l'importance de faire entendre des voix féminines dans les arts de la scène et par l'iniquité salariale qui persiste entre les hommes et les femmes au théâtre et dans les arts en général. Le 2 mars, elle participera d'ailleurs à une soirée spéciale intitulée humoristiquement Devant, derriè­re, le cinéma a-t-il un sexe? à la Cinémathèque québécoise de Montréal avec le collectif Réalisatrices équitables. Ce regroupement de réalisatrices se bat pour un meilleur financement des projets de documentaires et de fictions proposés par des femmes.
«Les femmes obtiennent seulement entre 10 et 15 % des budgets de Téléfilm (Canada) et de la SODEC», déplore la comédienne.
Après un automne marqué par le combat des artistes contre les coupes dans la culture, aborder le sujet est inévitable. Et comme de fait, Geneviève Rioux est directement touchée par la réduction de l'aide aux tournées à l'étranger. «J'ai joué dans la pièce assez underground, Under Cons­truc­tion, mise en scène par Luce Pelletier pour le Théâtre de l'Opsis. Il y avait une tournée européenne qui s'annonçait, mais on ne pourra pas la faire», laisse-t-elle tomber.
«J'aurais aimé la faire pour le plaisir de jouer en Europe, mais surtout parce que c'est une pièce sur l'américanité jouée par des francophones. Il n'y a rien d'équivalent en Europe.»
Plein de projets
Une petite déception donc, mais qui n'empêche pas Geneviève Rioux d'aller de l'avant, la tête pleine de projets. Parmi eux, elle espère voir se con­crétiser le film La vérité, de Marc Bi­saillon, dans lequel on lui a confié un rôle de policière. Puis, il y a une pièce aussi, une création québécoise, «un beau projet d'un auteur connu», dont elle ne dira pas plus.
Geneviève Rioux consacre aussi un peu de son temps à un projet qu'elle caresse depuis longtemps : l'écriture. «Je tâte un peu de l'écriture pour des projets personnels. Je ne sais pas quand ils déboucheront, mais j'aime ça.»
En fait, si elle devait recommencer sa carrière, Geneviève Rioux affirme qu'elle plongerait bien plus tôt dans la création, à l'instar de jeunes qu'elle admire. «J'ai des copines dans la vingtaine, comme Lily Thibeault, qui écrivent ou qui ont leur compagnie, qui partent leurs projets. Je trouve beau de voir combien les jeunes acteurs sont volontaires, organisés et qu'ils se lancent avec très peu de sous. Je trouve ça formidable. Le milieu du théâtre est en ébullition. Il est très vivant, malgré la crise, malgré tout.»
Les sens de Geneviève Rioux
La musique la plus douce à vos oreilles?
Le rire de ceux que j'aime.
 
Quelque chose que vous ne pouvez pas sentir?
Je ne peux pas sentir l'avidité et l'incompétence des dirigeants des grandes banques. Ils ont causé un gros gâchis dont nous allons tous pâtir... En bon français : «Shame on you!»
 
Qu'est-ce qui vous touche le plus?
Regarder des photos de ma jolie maman qui est partie bien trop tôt...
 
Êtes-vous une fleur bleue, une rose rouge ou une fleur d'acier?
Une fleur d'acier, évidemment, le 21 février prochain, à L'Anglicane!
 
Une bouffe réconfortante pour les froides soirées d'hiver?
Je sors ma mijoteuse! Quand on rentre à la maison l'hiver, quoi de mieux que de sentir l'arôme d'un couscous, d'un osso buco, d'un poulet au pesto?
 
Où serez-vous dans 10 ans?
Hmm...Toute une question pour une pigiste! On s'en reparle dans neuf ans et demi?