La chorégraphe en répétition avec des artistes de L'enfant et les sortilèges

Geneviève Dorion-Coupal: chorégraphe superstar

La liste des spectacles et des émissions dont elle a fait les chorégraphies ou la mise en scène fait cinq pages, en caractère 12, à simple interligne. On y attrape les mots Céline Dion, Cirque du Soleil, Moment Factory, Super Bowl et Jeux olympiques. Pourtant, la chorégraphe Geneviève Dorion-Coupal oeuvre dans l'ombre, et parle de son travail avec une simplicité désarmante.
<p>Geneviève Dorion-Coupal (à droite à l'arrière) signe les chorégraphies de <i>L'enfant et les sortilèges</i> présenté jusqu'à demain au Grand Théâtre à l'occasion du Festival d'opéra de Québec.</p>
Seulement cet été, elle signe les chorégraphies de L'enfant et les sortilèges au Festival d'opéra de Québec, prépare la mise en scène du prochain gala des Gémeaux, tourne le numéro d'ouverture de KARV, l'anti-gala et crée un spectacle pour un bateau de croisière de la Royal Caribbean. Ce dernier projet, produit par Moment Factory, lui donnera l'occasion de créer de A à Z un spectacle musical et dansé, avec des projections et une histoire féeriques sur une muse et les étoiles du ciel et de la terre.
Geneviève Dorion-Coupal a d'abord suivi les traces de sa grand-mère, une danseuse de ballet classique. «Puis je suis allée en Europe, et ça m'a fait dévier, je suis allée vers le néoclassique et le contemporain classique. De retour à Montréal, j'ai touché au jazz et au contemporain, avant de faire de la comédie musicale, du commercial, de la télé et du cinéma, des branches aux-quelles je ne pensais jamais toucher», raconte-t-elle.
Lorsque Luc Plamondon lui a demandé de participer à la version québécoise de son opéra rock La légende de Jimmy, l'interprète a eu l'occasion de devenir conceptrice. «Il m'a dit : "Je ne veux pas seulement que tu danses dedans, je veux que tu chorégraphies." Je n'avais jamais vraiment fait ça avant, mais je me suis lancée. Tout de suite après, Denis Bouchard m'a fait le même coup avec un grand spectacle télévisé.»
La touche-à-tout, dont la ligne directrice a toujours été le mouvement, a paradoxalement été photographe pendant de nombreuses années. C'est d'ailleurs cet amalgame de spécialités qui a permis de travailler régulièrement avec l'équipe de Céline Dion. Elle était l'une des deux danseuses de la tournée Unison en 1990. «J'ai fait beaucoup de photographies des musiciens et j'ai toujours gardé contact avec eux», indique-t-elle. Si bien qu'elle a travaillé sur les chorégraphies des choristes en Europe et a signé la mise en scène du spectacle de la chanteuse sur les plaines d'Abraham, en 2008.
À Las Vegas
Lorsque Véronic DiCaire et Céline étaient en spectacle en même temps à Las Vegas, la chorégraphe et metteure en scène passait d'un casino à l'autre pour travailler tour à tour avec les deux interprètes, dont elle admire le travail acharné : «Elles vont répéter un mouvement ou une descente d'escalier des dizaines de fois jusqu'à ce qu'elles soient complètement à l'aise. L'improvisation se fait à un autre niveau.»
Qu'elle fasse une publicité pour RONA, les chorégraphies du film Alys Robi, une création du Cirque Éloize ou le spectacle commémoratif du 400e de Québec, Geneviève Dorion-Coupal travaille en équipe et trouve la meilleure manière de servir le projet.
«En mise en scène, je ne suis pas aussi armée qu'un Denis Bouchard ou un Robert Lepage, mais je m'entoure bien. J'amène une couleur artistique, beaucoup de mouvement, mais j'ai besoin d'être épaulée au niveau visuel et sonore. Je suis une fille d'équipe, qui aime que tout le monde gravite ensemble», explique celle pour qui la variété des univers est un moteur créatif.
Pour le spectacle qui représentait le Québec aux Jeux olympiques d'hiver 2010, elle a d'abord pensé à Karkwa, à Mes Aieux et à Marie-Mai. «J'ai mis tout ce beau monde-là avec Étienne Dupuis, un chanteur d'opéra. Je ne suis pas nécessairement une fan de chant classique, mais je trouve que c'est un style riche, qui amène une autre couleur à l'ensemble.»
Pour L'enfant et les sortilèges, encore présenté ce soir et demain au Festival d'opéra de Québec, elle amène plutôt le cirque à l'opéra. L'oeuvre courte, remplie de personnages fantaisistes comme des animaux et des objets animés, se prêtait bien à un travail de mouvement, qu'elle a toutefois choisi de garder subtil. «On a essayé de rendre les tableaux vivants sans trop aller vers la pantomime et la caricature. Ce sont surtout des chanteurs, certains bougent très bien et d'autres ont moins d'expérience dans le mouvement. Mais heureusement, on n'est pas dans la performance, plutôt dans une recherche gestuelle», indique-t-elle.
Au fil des projets, son habileté à jauger les interprètes s'est affinée. «Je sais tout de suite en regardant marcher quelqu'un comment ça va aller sur scène», illustre-t-elle. Elle se souvient entre autres d'un regard d'Isabelle Boulay qui en disait long sur sa crainte des hauteurs... Reste que ce qu'elle préfère, dans ce flot incessant, «c'est le 8h moins deux, quand je suis en coulisses et que je ne peux plus rien faire», lance-t-elle en riant.