Gary Clark Jr a conquis les festivaliers dimanche soir, à la place D'Youville.

Gary Clark Jr.: le passé, le présent et le futur du blues

La guitare électrique était reine, dimanche soir, à place D'Youville, gracieuseté de Gary Clark Jr. Le grand Texan est considéré par plusieurs comme l'un des plus intéressants musiciens à émerger de la scène contemporaine du blues depuis longtemps. Ses racines trempent dans le blues, mais ce n'est pas un puriste. Il y a amalgame de hard rock, funk, rétrosoul et même un soupçon de hip-hop. Et il nous en a fait une éloquente démonstration, qui a conquis les festivaliers.
Gary Clark Jr. s'est pointé avec ses deux musiciens aguerris pour brasser la place D'Youville. Le guitariste a les doigts agiles, mais il n'abuse pas des effets de manche (sans jeu de mots). Son jeu est fluide, précis, assuré et dense. Mais il sait aussi très bien chanter. Sa voix est chaleureuse, mais il n'hésite pas à monter dans les falsettos, au besoin.
Clark, en jeans, veston et petit chapeau, a le look modeste et la dégaine très cool. Il préfère se faire remarquer par sa musique. Ce n'est pas un innovateur, mais il jette un pont entre ceux qui l'ont précédé (Hendrix, Stevie Ray Vaughan) et le présent (les Black Keys). Son Blak and Blu (2012) en témoigne. Il a abondamment puisé dans ce très bon disque (la pièce-titre, Please Come Home, Next Door Neighbor Blues...).
Dimanche soir, il était de plus servi par une sonorisation impeccable qui en mettait plein les oreilles aux festivaliers qui remplissaient la place D'Youville, manifestement ravis par la performance de Clark. Bien sûr, il y a un aspect redondant comme toujours dans un show de blues. Mais le guitariste de talent sait rendre les choses intéressantes dans ses solos en axant sur le feeling plutôt que les sparages. Le résultat n'en est pas moins spectaculaire.
Parti comme ça, on aurait pu y passer toute la nuit. D'autant que les longues versions «en spectacle» des pièces en réduisaient forcément le nombre. Mais ceux qui ont fait le détour par la place D'Youville sont repartis les oreilles comblées et avec le souvenir un peu ému d'avoir vu quelque chose comme un grand guitariste.
<p>Beth Hart, tout de noir vêtue, a livré une prestation dans la note dimanche soir.</p>
Nos journalistes au Festival d'été
Beth Hart
C'est à Beth Hart que revenaient les honneurs de lancer les hostilités blues-rock et la chanteuse américaine en a conquis plusieurs. La jeune quadragénaire, tout de noir vêtue, a livré une prestation dans la note. Son répertoire ne se distinguait toutefois pas par son originalité. La différence était flagrante avec les interprétations, dont la très réussie Can't Let Go de la grande Lucinda Williams.
On comprend pourquoi elle a déjà interprété Janis Joplin dans une comédie musicale : l'intensité, le registre et la voix rauque, avec une touche de douceur. Quelle voix! Beth Hart n'était pas avec le guitar hero Joe Bonamassa dimanche soir, mais elle avait deux solides guitaristes pour l'encadrer. Un très bon groupe, en fait. Et comme la madame a de la puissance à revendre, ça rentrait (parfois) au poste.
Car Beth Hart aurait eu intérêt à favoriser un répertoire plus rythmé qui convient mieux à un festival extérieur. On n'était pas dans un bar, dimanche soir. Les ballades, devant un parterre de gens qui ignorent ton répertoire, ça passe moins bien.