Galant, tu perds ton temps, c'est cinq filles de différentes villes du Québec.
Galant, tu perds ton temps, c'est cinq filles de différentes villes du Québec.

Galant, tu perds ton temps, ou la trad au féminin

Régis Tremblay
Régis Tremblay
Le Soleil
Quelle musique peut rassembler des jeunes de toutes les régions du Québec? Non, ce n'est pas le dernier courant pop, ni la dernière vague anglo, mais bien notre musique traditionnelle! Les modes passent, la trad reste.
En 2003, cinq filles venues de différentes villes de la province se retrouvent à Montréal afin de poursuivre leurs études. Elles veulent chanter ensemble et découvrent que ce qui les unit, c'est la chanson traditionnelle. Ainsi naissait le groupe Galant, tu perds ton temps. Huit ans plus tard, le quintette est toujours là, et il sera d'ailleurs au Petit-Champlain, samedi, pour entonner son répertoire féminin a cappella.
Elles viennent de Montréal, de Québec, de Warwick, de Laval, de Lanaudière et de la Mauricie. Josianne Hébert, Mia Lacroix, Jacynthe Dubé, Evelyne Gélinas et Isabelle Payette ne se font accompagner que par un percussionniste, Jean-François Berthiaume, qui tape du pied, joue du tambour à mailloche, de la cloche, de la tambourine et de la valise. Mais la place d'honneur revient aux paroles chantées à l'unisson par ces cinq filles qui, chose inusitée, ont un répertoire exclusivement féminin. Des airs que les femmes du temps jadis fredonnaient en cousant, en cuisinant ou en faisant le ménage. Des histoires d'amour, des drames déchirants, des couplets coquins, des hymnes festifs. Tout y passe.
«Nous entendions beaucoup de groupes d'hommes chanter du folklore avec des musiciens, mais jamais de groupes de femmes. Nous avons donc décidé de chanter a cappella, pour que l'on entende bien les paroles des chansons composées par des femmes, des textes que plus personne ne reprenait et qui risquaient de tomber dans l'oubli», raconte Josianne Hébert, la directrice artistique du quintette.
Les 25 chansons de leur double album, paru en 2004, n'avaient d'ailleurs jamais été enregistrées. Un beau devoir de mémoire. Josianne Hébert se passionne pour la recherche de ces vieilles chansons québécoises, acadiennes ou même irlandaises, dans les archives de l'Université Laval, mais aussi sur le terrain. «Dès que j'entends une femme âgée fredonner un air ancien, je tends l'oreille!» Josianne a même pigé dans le recueil de sa grand-mère Evelina Provencher.
Galant, tu perds ton temps va aux sources et privilégie les versions originales, ce qui n'empêche pas le quintette de faire quelques adaptations : «Nous mélangeons des versions, par exemple nous prenons les paroles de Madame Unetelle du Bas-Saint-Laurent et nous les joignons aux accords de Monsieur Untel de l'Outaouais. Parfois nous changeons certains mots et quelques notes. La trad n'est pas une musique morte, elle continue de vivre!»
Les femmes d'hier et d'aujourd'hui
De l'a femme qui se prend un amant (J'ai fait un amant) à la celle qui assassine ses frères (Meurtrière de deux frères), en passant par la fille de party (En avant la bande joyeuse, Dieu protège les bons vivants), Galant, tu perds ton temps nous donne un portrait contrasté de la vie des femmes québécoises d'hier... et d'aujourd'hui. Et il ne manque pas de public pour s'y intéresser.
«Il y a énormément de gens qui aiment beaucoup ça! Il y a toujours eu un bon public pour la trad, et il y en aura toujours. Pas de problème! La seule ombre au tableau, ce sont certains médias qui ridiculisent la chose. Il n'y a qu'au Québec où une intelligentsia se plaît à cracher sur notre folklore, tout en encensant la world. Pour ces gens, quand ça vient d'ailleurs, c'est meilleur!»
Mais les choses évoluent, et des groupes comme Galant, tu perds ton temps se produisent désormais sur les mêmes scènes que les autres artistes, et pas seulement en plein air, pour faire danser les fêtards. «Beaucoup de diffuseurs n'étaient pas très chauds, mais ils voyaient que les salles se remplissent, et ils en parlaient aux autres», rapporte Josianne Hébert.
La trad, c'est juste bon pour le temps des Fêtes? Autre cliché déboulonné par Galant, tu perds ton temps : «Nous n'avons pas beaucoup chanté pendant les Fêtes, mais nous n'arrêterons pas en février, alors que nous ferons le tour du Québec. Nous serons en salles deux fois à Québec pendant ce même mois, alors qu'auparavant, nous n'avions chanté qu'à l'extérieur, aux Fêtes de la Nouvelle-France!»
L'été du quintette sera aussi bien occupé, avec le tour de folk festivals dans l'Ouest canadien. En août, ce sera Halifax. «Les anglophones apprécient beaucoup, même s'il n'y a pas d'instruments de musique pour appuyer nos chansons en français. Pas besoin de comprendre les paroles pour aimer les chansons. C'est comme les voix corses et les choeurs bulgares : on ne comprend absolument rien, mais on aime ça quand même!»
Vous voulez y aller?
QUI : Galant, tu perds ton temps
QUAND : samedi, à 20h
: théâtre Petit-Champlain
BILLETS : 32,50 $
RÉSERVATIONS : 418 692-2631 ou www.billetech.com