Gagner sans être parfait

Elle s'est avancée au micro et a commencé à parler comme elle attaque une pente de slalom. Une rafale de mots secs et saccadés, livrés en virages serrés.
Prendre la parole au salon de l'hôtel de ville devant le maire, Marcel Aubut et les caméras peut être intimidant.
Un peu crispée au portillon de départ, Marie-Michèle Gagnon s'est ensuite détendue lorsqu'elle est sortie de son texte écrit et a pu redevenir elle-même. Elle a ensuite glissé sans effort, ayant retrouvé sa flamme et ses repères pour raconter son passage au sommet du monde.
Elle a fini première la semaine dernière au super combiné (slalom et super-G) d'Altenmarkt, en Autriche. «Une victoire un peu surprise», a-t-elle reconnu.
À moins d'un mois de Sotchi, la skieuse de Lac-Etchemin est revenue sur ses «premiers pas» au mont Orignal, ses études à Québec, l'affiche de Mélanie Turgeon au mur de sa chambre qui lui a servi de motivation jusqu'au jour où, bientôt, c'est le sien qui inspirera des plus jeunes. Elle a parlé de sa «progression lente et dangereuse» vers le sommet.
Il y a souvent des clichés dans les entrevues avec les athlètes. Presque autant qu'en politique.
Des mots qu'on voit venir de loin et qui ne nous apprennent rien, sinon la docilité du sujet aux lignes de presse de l'équipe ou du parti.
Marie-Michèle Gagnon réussissait à sortir de ces clichés. «Je ne veux pas être un robot», dit-elle. Elle croit tenir son effervescence de sa mère, prof d'anglais. «Si vous la connaissiez», s'amuse-t-elle. «Très expressive; elle prend de la place.»
J'ai retenu son commentaire sur sa victoire qui bouscule une idée qu'on se fait souvent du sport d'élite.
«On s'imaginait que pour gagner, il fallait que tout soit parfait», dit-elle. Or «tout n'était pas parfait» en Autriche. Elle sait avoir fait une «bonne erreur», mais constate qu'elle fut quand même la meilleure ce jour-là. On peut gagner sans être parfait.
Elle a reçu des félicitations pour son «speech» à l'hôtel de ville. Sauf qu'elle connaît ses limites. «Je passe peu de temps au Québec», rappelle-t-elle. Son chum et son coach sont anglophones. Elle s'aperçoit qu'elle cherche parfois ses mots. «Je suis plus à aise en anglais; je casse mon français et ça me tanne.»
Les athlètes s'expriment mieux qu'avant, dit constater Marcel Aubut, président du Comité olympique canadien (COC). Ce n'est pas un hasard. Ils sont désormais formés pour les médias comme les joueurs professionnels.
Des trucs simples, explique Jean-Luc Brassard, médaillé d'or à Lillehammer et chef de mission adjoint de l'équipe canadienne à Sotchi.
On essaye d'éviter les «lignes formatées». On dit aux athlètes : soyez vous-mêmes, ne compliquez pas les choses, parlez de ce que vous savez et avez vécu.
L'exemple vient souvent d'en haut, croit-il. Les filles de l'équipe de hockey parlent comme les professionnels, souvent avec des clichés : travailler fort, en équipe, etc. C'est différent dans le ski où le modèle, Éric Guay, s'exprime très bien, note M. Brassard.
L'habitude y fait aussi. Les athlètes sont plus souvent devant les micros et les caméras. Attendez de voir Sotchi.
À l'époque, le COC (ex-AOC) publiait la liste des participants aux prochains Jeux. Aujourd'hui, il fait le tour du pays pour présenter les athlètes sport par sport.
Pour Sotchi, il s'arrête dans 17 villes, dont deux fois à Québec pour le ski alpin féminin et la semaine prochaine à l'Hôtel de Glace pour le surf des neiges. Les athlètes obtiennent ainsi davantage de visibilité et d'encouragement local.
Marcel Aubut répète en cela la recette du Match des étoiles de la LNH (Rendez-vous 87) et des réunions du COC (Célébrons l'excellence). Faire d'une activité jusque-là routinière, un événement.
«Il faut souvent une seule personne, une seule occasion, pour commencer à changer les choses», croit M. Aubut. Cela vaut pour les athlètes autant que pour les organisations, j'imagine.
Beaucoup de réactions à mon texte de la semaine dernière «Sur une pente glissante» décrivant mes déboires dans une côte de Charlevoix et le service du CAA.
Des reproches au journaliste d'avoir voulu régler dans le journal son cas personnel. Mais non, il n'y avait rien à régler; l'affaire pour moi était classée.
Des reproches sur la futilité du sujet. Tant pis.
Des doutes sur la moralité de mes suggestions sur la façon d'obtenir un remorquage. Je vous rappelle que je n'ai jamais suggéré à personne de mentir au CAA.
Des mots d'appréciations, les plus nombreux en fait. J'ai vu que je n'étais pas le seul à ignorer qu'on peut enlever l'antipatinage de la voiture pour monter une côte glissante.
Le CAA m'a aussi écrit et son service client m'a téléphoné. Pas fâchés, au contraire. Une sorte de mea-culpa. On aurait dû m'envoyer quelqu'un, m'a-t-on dit, et la chronique a incité le CAA à revoir certaines approches. Bonne idée. Vous voilà rassurés, j'espère.