En 1984 à Sarajevo, Gaétan Boucher avait remporté l'or au 1000 m et au 1500 m, et le bronze au 500 m.

Gaétan Boucher préférerait Calgary à son anneau

Bien qu'un anneau porte son nom à Québec, il ne s'y entraînerait pas s'il était au début de son aventure olympique. «J'irais le faire à Calgary», admet Gaétan Boucher qui remportait, il y a 30 ans jour pour jour, sa deuxième médaille d'or des Jeux de Sarajevo.
<p>«À Sarajevo, je visais deux médailles d'or. Je savais que je gagnerais le 1000 parce que je n'avais pas perdu une course de l'hiver. Et dans ma tête, j'évaluais mes chances à 95 % au 1500. J'ai toujours regretté de ne pas avoir eu assez confiance en moi sur 500,j'aurais pu l'emporter aussi» - Gaétan Boucher, que l'on voit ci-contre en 2009 </p>
Dès lors, le patineur de vitesse longue piste s'élevait au rang de héros national. En ce mois de février 1984, il devenait le premier médaillé d'or canadien dans un sport individuel depuis la naissance des Jeux d'hiver, mais aussi, le seul auteur d'un doublé jusqu'à ce que l'exploit ne soit répété par la suite.
Chaque fois que je me trouve aux Jeux olympiques, un devoir m'attend : rencontrer Gaétan Boucher. Pour parler de patinage de vitesse, celui d'hier et d'aujourd'hui, mais aussi pour revenir sur une page marquante de l'histoire canadienne.
«Je réalise que ça fait 30 ans, ça passe vite. Mais surtout, je le ressens physiquement, j'ai mal au genou à cause de l'usure du temps et de l'entraînement», dit-il près de l'aréna Adler, où le Canadien Denny Morrison a remporté sa deuxième médaille (bronze au 1500) des Jeux, samedi. On s'aperçoit, en y mettant les pieds, qu'on est dans un autre monde que l'anneau de glace Gaétan-Boucher, dans l'arrondissement Sainte-Foy. Le principal intéressé ne cache pas qu'il aurait aimé patiner dans des stades modernes, où les conditions sont toujours idéales.
«Je l'ai fait un peu à Calgary, mais en fin de carrière. Les gars sont beaux à voir, et techniquement, ils sont impeccables, tandis que nous, on tordait dans un coup de vent. Je comprends les patineurs du Québec de vouloir étudier en français, mais si ton désir est d'aller au sommet et gagner, va-t-en à Calgary. Si j'avais été devant ce choix, je l'aurais fait.»
Champion en courte piste
Dans son temps, Boucher se réfugiait en Europe, où les anneaux intérieurs étaient monnaie courante. À l'été 1983, en préparation pour les Jeux, il avait passé quelques mois chez sa blonde Karin Fliege, qui est devenue depuis sa femme et la mère de leurs quatre enfants, dont l'un (Jean-François) joue en première division de la Ligue allemande de hockey.
Il s'était fracturé la cheville à la fin de la saison 1983 lors d'un entraînement de courte piste, un sport qu'il aimait pratiquer en plus du longue piste. Il a d'ailleurs été champion du monde de cette discipline en 1981. Sa blessure ne l'avait pas empêché de s'imposer tout au long de la saison olympique au point où sa victoire au 1000 m ne faisait aucun doute.
«À Sarajevo, je visais deux médailles d'or. Je savais que je gagnerais le 1000 parce que je n'avais pas perdu une course de l'hiver. Et dans ma tête, j'évaluais mes chances à 95 % au 1500. J'ai toujours regretté de ne pas avoir eu assez confiance en moi sur 500, j'aurais pu l'emporter aussi», dit celui qui avait pris la troisième place sur cette courte distance.
Boucher n'était pas seul à savoir qu'il serait difficile à battre. Ses rivaux s'en doutaient aussi, dont le Soviétique Shergey Khlebnikov, médaillé d'argent du 1000 et 1500. Mentalement, Boucher se savait plus fort que lui. Son camarade le respectait, et après les Mondiaux de 1984, il avait cogné à la porte du Québécois pour lui offrir une bouteille de champagne.
Aujourd'hui, Boucher est directeur général d'un aréna privé de deux glaces et d'un terrain de soccer intérieur à Rosemère après avoir passé 15 ans chez Bauer. Il participe rarement à des activités pour son ancienne fédération, qui n'a pas retenu sa candidature comme entraîneur de courte piste en 1996. «Ils ne m'ont même pas choisi comme adjoint...»
À 55 ans, il dit s'effacer tranquillement, laissant son souvenir renaître aux quatre ans. On le reconnaît encore plus à Québec qu'à Montréal, où il habite depuis plus de 30 ans. À l'anneau, Néerlandais et Japonais le saluent, les uns parce que le patinage de vitesse est leur sport national, les autres parce que Boucher leur avait servi de modèle pour développer leur style. Fils d'un patineur de son époque, le médaillé d'or Sven Kramer lui a dit bonjour.
S'il pouvait réécrire son histoire, Gaétan Boucher changerait des petits détails, comme l'attention portée à sa cheville après la saison 1984. Fragile, elle ne lui a pas permis d'effectuer la sortie désirée aux Jeux de Calgary en 1988. Qu'importe, on ne perd pas son statut de héros olympique avec une cinquième place, surtout après avoir conquis l'or deux fois en trois jours!