Frozen expose les conséquences dévastatrices d'un acte sordide. Marie-Ginette Guay interprète le rôle de la mère éplorée, tandis que Jeremy Peter Allen a traduit la pièce écrite par la Britannique Bryony Lavery.

Frozen (Océan Arctique): pardonner l'impardonnable

La question est cruelle : peut-on pardonner l'impardonnable? Jeremy Peter Allen a été marqué par les propos du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui déclarait, en 2012, que chaque assassin devrait avoir droit à une corde pour se pendre dans sa cellule.
Pour sa première mise en scène dans un théâtre institutionnel, le réalisateur du film Manners of Dying a choisi une pièce au sujet lourd. Frozen, de la Britannique Bryony Lavery, expose les conséquences dévastatrices d'un acte sordide.
En Angleterre, une femme est démolie par la disparition de sa fille. «Sur 22 ans, on suit son cheminement par rapport à cet événement, et les dommages collatéraux qui en découlent», raconte Marie-Ginette Guay, son interprète. S'entremêlent à ce destin celui du meurtrier de sa fille, maintenant en prison, et celui d'une psychiatre venue étudier le cas de cet assassin.
«Ces trois personnages sont congelés. Leur vie est bloquée par cet événement», image Jeremy Peter Allen, qui a traduit lui-même la pièce. «Mais Nancy [la mère éplorée] est dans l'action. Elle cherche des réponses à ses questions comme elle le peut», renchérit Marie-Ginette Guay.
Zones grises
«Ça nous rapproche de ce qui se fait en justice réparatrice», note la comédienne. Incidemment, Le Soleil publiait lundi un dossier sur ce programme méconnu de notre système judiciaire, qui permet à une victime de demander à rencontre son bourreau, et vice-versa. «Dans tous mes projets, j'ai toujours été attiré par les histoires où le côté moral n'est pas très clair, où il y a des zones grises», poursuit Jeremy Peter Allen. «Il y a un côté très humaniste à cette pièce, à savoir qu'elle pose la question de comment pardonner l'impardonnable.»
«Il y a plein de sentiments paradoxaux. Ce ne sont pas des personnages monolithiques», complète Marie-Ginette Guay, en soulignant la qualité de l'écriture de Bryony Lavery, qui s'est documentée largement avant d'écrire la pièce.
«Le personnage du tueur est vraiment fascinant», analyse pour sa part Jeremy Peter Allen. «Il a fait des choses horribles, mais on constate qu'il n'a rien de maléfique. Ce qui est troublant, c'est que c'est un être humain endommagé, mais un être humain quand même. C'est une histoire qui a une belle complexité au niveau moral et émotif», poursuit-il. «Ce qui est fascinant aussi, c'est de voir comment les humains réagissent quand ils sont confrontés à des situations extrêmes», ajoute le metteur en scène.
Et parlant de situation extraordinaire, Marie-Ginette Guay en a vécue une quand elle a été appelée à remplacer au pied levé Monique Miller dans Albertine, en cinq temps, le mois dernier. «Ça a créé une grande sympathie dans le public, qui a pu voir le travail théâtral se faire directement devant lui», raconte la comédienne, qui a dû jouer avec son texte devant le public. Jeremy Peter Allen et Marie-Ginette Guay s'entendent : ce genre de pépin, qui arrive heureusement assez rarement, démontre quand même que les artistes vivent sans filet, et que le théâtre est un art fragile du moment présent. Et que les êtres humains, confrontés au meilleur comme au pire, ont des ressources insoupçonnées pour s'adapter à l'imprévisible.