Le couple formé par Julianne Moore et Ellen Page à l'écran manque de complicité.

Freeheld... : des gens ordinaires **

CRITIQUE / En 2008, Freeheld a obtenu l'Oscar du meilleur court documentaire. Le film de Cynthia Wade dépeignait la lutte de Laurel Hester, une détec­tive en phase terminale, pour que sa compagne obtienne sa pension et puisse ainsi garder leur maison.
Sa lutte pour l'équité fait maintenant l'objet d'une fiction avec Julianne Moore et Ellen Page. Malheureusement, le mélo académique de Peter Sollett ne rend pas justice au fier combat des deux femmes.
Freeheld : le combat de Laurel Hester est donc basé sur l'histoire de Laurel (Moore), une policière émérite et déterminée, et de Stacie Andree (Page), une jeune mécanicienne timide. Les deux femmes forment un couple dépareillé, en raison de leur métier et leur différence d'âge. Leur rêve est toutefois celui d'un couple ordinaire : une maison et un chien.
Partenaires civiles depuis cinq ans, leur bonheur vole en éclats lorsque Laurel est diagnostiquée d'un cancer des poumons. Et qu'ils apprennent que les élus de leur comté refusent de transférer la rente, ce qui est automatique dans le cas d'un couple hétérosexuel marié.
Laurel va alors consacrer ses dernières énergies à combattre cette discrimination. Dane Wells (Michael Shannon), son partenaire policier, va épouser la cause, ainsi que l'activiste Steven Gold­stein (Steve Carell). La performance de ce dernier est tellement stéréotypée (et caricaturale) qu'elle démontre à quel point Hollywood est encore loin de la réalité.
Le même credo que Philadelphia
Remarquez que Ron Nyswaner applique le même credo que Philadelphia (1993), dont il signe le scénario, au demeurant simpliste : il oppose la bigoterie, la politicaillerie et l'homophobie au courage et à la justice... Sollett (Une nuit à New York) n'aide en rien avec sa réalisation télégraphiée. Il y a même le petit montage des travaux de rénovation et des jeux avec le chien, accompagné de la petite musique de circonstance...
Le film regorge d'ailleurs de clichés de mise en scène, appliqués pour faire pression au maximum sur les glandes lacrymales du spectateur. Le sujet s'y prête, évidemment. Mais trop, c'est comme pas assez.
La performance de Julianne Moore est à la hauteur de son talent. Son seul regard suffit à traduire le désarroi, l'inquiétude et la souffrance de Laurel. Ellen Page en fait parfois trop, mais elle est crédible. Leur couple, toutefois, manque de complicité. À vrai dire, on n'y croit pas. Tout est trop plaqué et appuyé, à l'image de ce film convenu et trop pudique.
L'enfer est pavé de bonnes intentions. Les mélodrames larmoyants aussi.
=> Au générique
Cote : **
Titre : Freeheld : le combat de Laurel Hester
Genre : mélodrame
Réalisateur : Peter Sollett
Acteurs : Julianne Moore, Ellen Page, Michael Shannon et Steve Carell
Salle : Clap (v.o.s.-t.f.)
Classement : général
Durée : 1h43
On aime : la page d'histoire, la retenue de Julianne Moore
On n'aime pas : le mélo appuyé, la réalisation convenue, un film pas à la hauteur de son sujet