«La plupart des français ignorent qu'est-ce que le concept de cabane. Je leur explique qu'il s'agit de restaurants éphémères qui ouvrent au dégel.» - Frédérique Chartrand, auteure de Ma cabane au Canada

Frédérique Chartrand, une fille fière de ses bines!

Née à Terrebonne, il y a 32 ans, Frédérique Chartrand habite Avignon depuis 12 ans. L'amour l'a amenée dans le sud de la France. Son pays n'est peut-être plus l'hiver, sauf que la jeune femme reste très attachée aux traditions d'ici qu'elle partage avec les Français dans Ma cabane au Canada. «J'ai une canne de bines dans mes racines», s'amuse-t-elle au bout du fil.
Publiée par Marabout, maison d'édition pour laquelle Frédérique Chartrand a déjà pondu l'an dernier Sirop d'érable, les 30 recettes cultes ainsi qu'une vingtaine de titres, la styliste culinaire et photographe soutient que son dernier-né est son plus personnel. «Je ne peux carrément pas vivre sans sirop d'érable», avoue-t-elle.
Bien que le livre ait été conçu pour la France, Frédérique Chartrand s'adresse aussi aux Québécois qui veulent renouer avec leurs traditions. «Moi, je suis fière de mon plat de bines», rajoute-t-elle à propos de ce plat identitaire. «Pourvu qu'il soit fait avec des ingrédients de qualité.» C'est donc sans complexe d'infériorité par rapport à la gastronomie française que la jeune femme, qui travaille à l'agence Web marketing C'est ma Food, a bâti sa plaquette de plus de 30 recettes typiques. De la soupe aux pois jaunes aux cretons qui, en traduction «française», deviennent des rillettes de porc et de veau épicées. Plus suave encore, le beigne de chez nous se transforme en donut dans la langue de Molière!
À propos du titre, Ma cabane au Canada - une expression populaire en France -, l'auteure y voit une sorte de matérialisation de comment les Français rêvent le pays de l'érable. «Pourtant, la plupart ignorent qu'est-ce que le concept de cabane. Je leur explique qu'il s'agit de restaurants éphémères qui ouvrent au dégel.»
Frédérique Chartrand ne voulait donc pas s'égarer dans la réinvention du menu de cabane pour s'en tenir aux bases. «Au Québec, les chefs comme Martin Picard sont mûrs pour réviser les classiques. Ma démarche est tout à fait à l'opposé. Le modernisme, je l'ai plutôt introduit dans la maquette graphique.» Même si un océan nous sépare, la fierté de ses origines se lit dans sa voix. «Je veux l'affirmer haut et fort mon appartenance à cette cuisine de tradition.» Une ligne quasiment politique en période électorale!
Considérant son livre comme «le premier sur la cuisine québécoise écrit et publié en France», Frédérique Chartrand avait un réel souci d'authenticité dans son approche. «Sans nostalgie», se défend-elle. La Franco-Québécoise a donc listé les recettes de son enfance, puis a atterri à Saint-Lin et à Frampton en avril dernier en pleine saison des sucres. «Sans filet. Je n'avais pas acheté mes torchons à Paris [...]. J'ai tout réalisé avec ce que j'avais sous la main.»
Si tous les ingrédients de ses recettes, les cousins les trouvent de l'autre côté de l'Atlantique, les pois jaunes, eux, n'ont toujours pas traversé l'océan. Sauf dans les bagages du père de Frédérique Chartrand...
Une partie de sucre sur «neige artificielle»?
L'astuce de Frédérique Chartrand
À Avignon, la neige se fait rare. C'est le moins qu'on puisse dire. Qu'à cela ne tienne, Frédérique Chartrand n'a pas mis une croix sur les parties de sucre pour autant. Son truc, lorsqu'une «rage de cabane» lui prend : elle congèle de l'eau dans un grand bac et verse son sirop bouillant sur sa banquise d'occasion. Génial!
Nouveaux «trempages»
Dans Ma cabane au Canada, Frédérique Chartrand suggère quelques garnitures de finition pour les queues de castor. Le Soleil a déniché deux nouveaux produits en épiceries fines. Un sucre d'érable fin (aromatisé à la canneberge et au yuzu mis en poudre) baptisé Il neige dans ma tête, ainsi qu'un beurre gourmand, dit Crémeux à l'érable, fleur de sel et yuzu. Deux petits pots «saisonniers» préparés par l'épicier I-Sens et vendus respectivement 11,75 $ (80 g) et 13,25 $ (140 g).