La candidate bloquiste dans Mégantic-L'Érable, VirJiny Provost

Frasques de candidats sur les réseaux sociaux: pas de matière à débat, juge un politologue

La candidate du Bloc québécois dans Mégantic-L'Érable, VirJiny Provost, s'est fait connaître cette semaine après qu'Infoman eut déterré une vieille déclaration faite par la jeune femme de 18ans sur les réseaux sociaux, il y a un an. Qu'en est-il de la responsabilité des partis politiques dans leur sélection de candidatures et dans leur encadrement du Web dit social? Entretien avec Thierry Giasson, politologue et professeur à l'Université Laval.
Q Certains lecteurs ont qualifié le cas de VirJiny Provost de tempête dans un verre d'eau, alors que d'autres ont remis en question ses compétences pour devenir députée à 18 ans. Voyez-vous un réel enjeu politique soulevé par l'affaire du «cell», «du pénis» et «des chips»?
R Je pense qu'il n'y a pas vraiment de débat. Les médias, les journalistes sont tenus de couvrir les réseaux sociaux. C'est un beat électoral qui est de plus en plus usuel. Les journalistes se servent des réseaux sociaux pour faire leur collecte de l'information. On s'attend à ce qu'ils couvrent ça, trouvent les candidatures loufoques. Ils voient le bruit sur les médias sociaux. Ça leur donne l'impression que c'est un vrai débat. Mais je ne pense pas qu'il y avait matière. [...] Certains jeunes font un usage ludique [des réseaux sociaux], il y a des adultes qui en font des usages ludiques aussi. Il ne faut pas crier au loup parce que cette jeune fille-là est braquée. 
Q La réaction du Bloc québécois, son chef Gilles Duceppe en tête, a été de maintenir Mme Provost comme candidate. Quelle est la réaction idéale en pareille situation? 
R Elle a remporté l'investiture. Je pense que le Bloc partage une responsabilité pour la situation dans laquelle cette jeune femme-là se retrouve. Ils n'ont peut-être pas fait les validations du bulletin de candidature nécessaires. Maintenant, il faut qu'ils l'aiguillent dans la réaction. Ils sont d'ailleurs probablement en train d'établir un plan de réponse et sont en train de la préparer. On est un peu dans le registre de Ruth Ellen Brosseau [NPD, voyage à Las Vegas pendant la campagne de 2011]. Il va y avoir une réaction, on va expliquer la situation. [...] On va devoir lui fournir un soutien.
Q Est-il correct de penser qu'avec les réseaux sociaux, de plus en plus de candidats ou de candidates se retrouveront dans l'embarras? 
R Le Parti conservateur et l'Alliance canadienne ont caché des candidatures des ultracatholiques [au début des années 2000]. On était à l'ère d'Internet et il n'y avait pas encore de réseaux sociaux. Il y a toujours eu des candidats plus ou moins embarrassants. [...] C'est évident qu'avant l'arrivée des médias sociaux il y avait des candidats qui avaient malmené leurs formations. [...] Je crois que les partis sont de plus en plus efficaces à faire le ménage. Il y a des gens qui coachent les partis politiques sur le bon usage des médias sociaux, comment on épaule et on soutient des candidats.
Q Les réseaux sociaux, importants ou pas en politique? 
R Extraordinairement importants. La campagne qu'on vit aujourd'hui et la campagne de 2011 n'ont rien à voir. Les trois grandes formations nationales ont investi une fortune en campagne Web. Le Parti conservateur avait déjà une immense marge d'avance, les libéraux et les néo-démocrates se sont mis au goût du jour.