Le chef caquiste, François Legault, chérit son Projet Saint-Laurent qu'il compare à un Sillicon Valley dont la vallée du Saint-Laurent serait le berceau.

François Legault: l'héritier de la troisième voie

Ce n'est peut-être pas pour cette fois. Ni même pour l'autre ou la suivante encore. Mais une troisième voie va finir par percer au Québec. François Legault y croit dur comme fer.
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) est «déçu» par les sondages. Contrairement à l'usage, il les commente presque chaque jour et encaisse les coups. Sans concéder la victoire, il se dit quand même «réaliste».
«Il y a un bout qui est frustrant, quand ça ne donne pas les résultats qu'on voudrait», confie le chef caquiste, qui a reçu Le Soleil à bord de son autobus de campagne, hier.
Il y a trois ans, les mêmes sondages le portaient aux nues: meilleur premier ministre, préféré des francophones. «C'était plus la nouveauté, philosophe aujourd'hui M. Legault. Les gens aiment avoir quelque chose de nouveau, plus ou moins défini. Dans une campagne électorale qui devient presque une campagne référendaire, on revient à nos vieilles habitudes.»
Figure de proue de la «troisième voie» au Québec, Mario Dumont s'est fait élire pour la première fois en 1994. Vingt ans plus tard, François Legault constate à son tour la difficulté à faire sa place au soleil entre les «deux vieux partis».
«Je pense que c'est une question de temps avant qu'une troisième voie perce, analyse l'ex-patron d'Air Transat. J'aimerais bien que ce soit cette fois-ci la bonne. Mais ça se peut que ça ne soit pas la bonne. Ça se peut que ça prenne une, deux ou trois autres élections.»
Il ne voit pas les Québécois se prononcer en référendum avant 15 ans. La perspective que les élections continuent à graviter autour de ce thème lui donne de l'urticaire. «Il faut casser ça, exhorte M. Legault. Ce n'est pas facile. Je m'en rends compte. Surtout que les libéraux ont intérêt à garder ça.»
«Ça va péter»
Le mur s'en vient, prédit le chef caquiste. La décote du Québec. D'ici quelques années tout au plus. Le poids de la dette étire l'élastique au maximum. «Et là, paf, ça va péter, appréhende M. Legault. Et là, les gens vont se réveiller et dire qu'ils ont besoin de quelqu'un pour mettre de l'ordre dans la maison.»
Lui qui reproche à ses adversaires de répandre la peur référendaire se défend de verser lui-même dans la peur économique. «C'est factuel», dit-il. Quand même Jacques Parizeau, qui n'a jamais voulu nuire à la souveraineté, ose dire qu'il faut un remède de cheval, «c'est parce qu'on est rendu là».
Le chef caquiste reçoit en privé des centaines d'appuis, parfois de personnalités publiques. Mais peu acceptent de le faire publiquement. Bien qu'il comprenne la liberté que lui confère son autonomie financière, «c'est une certaine frustration quand même». «Je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de nos leaders qui s'impliquent dans notre société par devoir», affirme-t-il.
François Legault chérit son Projet Saint-Laurent, ce Sillicon Valley dont la vallée du Saint-Laurent serait le berceau. Un projet de société «emballant» qu'il propose pour «d'une certaine façon, remplacer la souveraineté». «Je suis très fier de mon livre, affirme M. Legault. Très fier aussi du plan de Christian Dubé pour mettre de l'ordre dans les dépenses. Si j'avais à dire c'est quoi mon testament, ce sont ces deux plans-là.»
Le chef caquiste n'a aucune intention de baisser les bras. Mais quel que soit l'état des lieux au matin du 8 avril, son travail pour la troisième voie n'aura pas été vain, croit-il.
«Je ne pense pas qu'elle va s'éteindre, soutient M. Legault. Ce n'est pas perdu. Les idées que j'ai passées, il y a un pourcentage des gens qui les ont perçues. Plus de gens réalisent la situation difficile des finances publiques aujourd'hui qu'il y a deux ans. Je suis convaincu de ça. Est-ce assez pour les faire voter en fonction de cet enjeu-là? Ça reste à montrer.»
Le Soleil a invité en entrevue le chef de chacun des quatre principaux partis. François Legault, de la CAQ, est le deuxième à accepter l'invitation après Françoise David, de Québec solidaire.