Les retrouvailles ont été belles, simples, drôles, dépouillées, avec juste un brin de vulnérabilité.

Francis Cabrel: rendez-vous doux

«Ça vous plaît, ce n'est pas trop fort?» Bien intentionné, Francis Cabrel a posé à la blague ces questions, mardi, au coeur d'un tête-à-tête intime - et on ne peut plus chaleureux - avec le public du Palais Montcalm. La réponse a été unanime : «Oh que oui et oh que non!»
Le chanteur français est débarqué mardi dans la capitale avec peu de choses, mais les mains néanmoins bien pleines: quelques guitares, un ukulélé et la ferme intention de faire plaisir à ses fans en leur servant ses plus grandes chansons sans artifices, telles qu'elles étaient lorsqu'il les a écrites. 
Il était attendu, ce rendez-vous doux. Les billets pour les deux représentations se sont envolés en un rien de temps. Les acclamations, les ovations répétées et le sourire du chanteur français ne peuvent pas mentir: la joie a été partagée. 
«On ne se voit pas souvent. C'est ma faute, je ne voyage pas beaucoup», s'est excusé Cabrel en début de spectacle. S'il était pardonné d'avance, le chanteur n'a pas ménagé ses efforts pour raviver la flamme. Les retrouvailles ont été belles, simples, drôles, dépouillées, avec juste un brin de vulnérabilité. 
De quoi prouver une nouvelle fois la force de ces chansons devenues des classiques, qu'il sert toujours avec générosité : Les murs de poussière, C'est écrit, Le reste du temps, Encore et encore, Octobre, Petite Marie, Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai et on en passe. Pour ceux qui lui résistaient encore, Cabrel a donné le coup de grâce avec L'encre de tes yeux livrée au piano et une magnifique interprétation au ukulélé de Je l'aime à mourir. Pour compléter le portrait, des clins d'oeil à Georges Brassens (Le gorille), à Jackson Brown (Rosie) et à Richard Desjardins (Quand j'aime une fois j'aime pour toujours), parce que monsieur ne boude pas non plus son propre plaisir.   
Fidèle à son habitude, Francis Cabrel n'a pas été le plus bavard, mardi. «Je n'ai jamais été doué pour parler en public... ni en privé. J'ai fait des chansons pour parler aux gens. Finalement, ça n'a pas été une mauvaise idée», a-t-il confié avec cet accent qui fait encore craquer ses fans. Et il les a aussi fait rigoler à plusieurs reprises : «Ça ne nous rajeunit pas, hein?» a-t-il lancé en terminant Je rêve, parue il y a 35 ans. Et fallait le voir feindre le tour de reins après avoir risqué quelques déhanchements... C'est le prix à payer quand on entretient une si longue relation avec le public!
Francis Cabrel joue de nouveau au Palais Montalm mercredi soir. Le spectacle affiche toutefois complet.
Mathieu Lippé
Mathieu Lippé avait été mandaté pour ouvrir la soirée et s'est acquitté de sa tâche avec brio. Lauréat du Festival de la chanson de Granby en 2011, l'auteur-compositeur-interprète avait semble-t-il été choisi par Cabrel lui-même, qui a, dit-on, été séduit par sa plume lors d'un stage d'écriture. On peut parier que de nombreux spectateurs sont à leur tour tombés sous le charme mardi.