Les fans de Francis Cabrel auront enfin du nouveau matériel à se mettre sous la dent, ce dernier n'ayant pas publié d'album depuis Des roses et des orties paru il y a six ans.

Francis Cabrel: (re)chanter l'amour

Il est attendu, le prochain album de Francis Cabrel. Et le principal intéressé en est conscient. Six ans après la parution de Des roses et des orties, la patience des fans devrait être récompensée quelque part cette année, après ce que Cabrel décrit comme «d'agréables parenthèses». Il y a eu cet hommage à Bob Dylan paru en 2012, puis un conte musical destiné au jeune public, Le soldat rose 2, auquel Thomas Dutronc et Nolwenn Leroy ont notamment prêté leur voix. Comme dernière «distraction» avant de compléter ses nouvelles compositions, le chanteur d'Astaffort s'offre un tête-à-tête avec le public québécois, qui se tiendra à guichets fermés au Palais Montcalm les 11 et 12 mars.
Q Pour ce nouveau rendez-vous avec le public québécois, vous avez choisi d'être seul sur scène. Qu'est-ce qui vous a motivé à proposer cette formule intime?
R Je l'ai déjà fait, et ça m'a plu. L'exercice est toujours un peu effrayant. J'ai le trac de nature et j'essaie d'outrepasser ça pour m'affirmer comme accompagnateur. Je cherche à être plus solide du côté autonomie. Je veux bâtir mon prochain album avec très peu de choses, autour de cette façon que j'aurais de m'accompagner, avec le moins possible de musiciens. Je veux que les chansons soient présentées comme je le ferai à Québec, dans leur plus simple appareil.
Q Que pouvez-vous nous dire sur ce prochain album?
R Le thème de l'amour revient. On me fait souvent la remarque que je ne chante plus de chansons d'amour. Je me disais que j'en ai tellement écrit et tellement chanté qu'il était temps de parler d'autre chose. Mon idée de construction de répertoire ne passe pas par raconter toujours la même chose!
Q Vous avez donc décidé d'écouter vos fans?
R Je comprends que l'époque est tellement perturbée, douloureuse... Que ceux qui savent écrire sur l'amour le fassent. Ce sont de petites bulles de poésie et de tendresse qui sont bien utiles pour supporter les temps qui courent. C'est plutôt dans la positivité.
Q Nous avons fait la connaissance de votre fille Aurélie, qui a lancé son premier album en 2012. Quel rôle jouez-vous dans sa carrière?
R Je suis présent, bien entendu. On parle beaucoup... Et j'ai trois textes sur son prochain album qui sort chez nous dans peu de temps [et au Québec ce printemps, sous étiquette Tandem (NDLR)]. Mais après, pour ce qui est de l'enregistrement, du mixage et du reste, je ne m'en mêle plus. Elle a pris de nouveaux auteurs autour d'elle. Je trouve que dans les chansons, elle a trouvé plus de sens, plus de profondeur. Sur scène, elle est très solide, très déterminée, très sympathique. Je pense que quand elle aura un répertoire plus étoffé, ça devrait bien se passer. Et c'est ce qu'elle est en train de faire avec ce disque qui va sortir bientôt.
Q Organisez-vous toujours des résidences d'écriture avec de jeunes créateurs de chansons?
R On fête cette année nos 20 ans. Chaque année, on reçoit des auteurs-compositeurs québécois et ça se passe très bien avec eux. En général, ils sont parmi les plus doués. Il y a chez eux une rigueur qu'on retrouve chaque fois, du talent. On va faire une grande fête au mois de mai. Il devrait y avoir pas mal de chanteurs qui vont se réunir.
Q Qu'est-ce que vous retirez de ces rencontres avec de jeunes plumes?
R Ce qui est très enrichissant, c'est ce contact avec cette jeunesse très ambitieuse, très passionnée. Je me revois quand j'avais 25 ans, parce que c'est la moyenne d'âge des gens qui nous rendent visite, avec tous ces rêves, cette urgence de communiquer, cette envie permanente d'écrire. Je faisais ça seul, eux ils travaillent en groupe pendant ce stage. Quand on aime la chanson, peu importe les générations, on retrouve le même emportement, la même approche.
Q Sur votre dernier album, Vise le ciel, vous vous êtes attaqué au défi d'adapter en français des chansons de Bob Dylan. Que retenez-vous de cette démarche?
R C'est un projet avec lequel je vis depuis très longtemps. Mon admiration pour Dylan date de l'année 66 ou 67. Il fallait que je lui rende hommage pour payer ma dette, quoi! Tout ce que je fais, que je chante, que j'écris, c'est parce que je l'ai écouté du matin au soir depuis toujours. Je suis redevable. C'est peut-être un peu maladroit... Transcrire du Dylan en français, c'est épineux, c'est dangereux. On est obligé, pour que ça rime, de s'en éloigner un peu. Il y a une interprétation personnelle là-dedans. C'est un exercice qui m'a fait vibrer, je l'ai vécu de façon très intense. Je suis très content de ce disque-là.
Q Quels échos avez-vous entendus de la part de vos fans... ou de ceux de Dylan?
R Tout le monde est surpris! Mes fans ne se reconnaissent pas et ceux de Dylan non plus! C'est quelque chose de très personnel. Je l'ai fait pour moi. Mais s'il y a deux ou trois chansons qui arrivent à passer, je serai très content.