Fougue et passion pour combattre l'Alzheimer

Une des premières parties du cerveau touchées par la maladie d'Alzheimer est l'hippocampe, un des lieux de la mémoire. On meurt de cette maladie neurodégénérative car, en évoluant, elle atteint d'autres régions du cerveau, dont celle qui contrôle la respiration.
Actuellement, il n'y a pas de traitement contre la maladie d'Alzheimer. Mais de nombreuses recherches sont en cours, dont certaines pourraient révolutionner les connaissances médicales à propos de l'alzheimer et de démences frontotemporales connexes. Les recherches de Sébastien Hébert font partie de ces avancées porteuses d'espoir.
Sébastien Hébert est professeur au département de psychiatrie et de neurosciences à la faculté de médecine de l'Université Laval, mandat qu'il cumule avec celui de chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. Un certain nombre de faits médicaux sont prouvés et connus dans la maladie d'Alzheimer. Les hypothèses du professeur Hébert décloisonnent ce qui est établi, ce qui pourrait, à terme, ouvrir de nouvelles voies pour la compréhension, le diagnostic et, ultimement, le traitement de la maladie.
Deux lésions caractérisent la maladie d'Alzheimer. «Il y a les plaques séniles composées de peptides amyloïdes», explique le chercheur de 37 ans. Lors d'examens du cerveau, on observe ces plaques qui forment des taches à plusieurs endroits dans le cerveau, avec une concentration dans l'hippocampe et le cortex. Les peptides amyloïdes sont produits naturellement par notre système, mais chez les gens atteints, ils forment des dépôts anormaux.
«Il y a aussi des enchevêtrements neurofibrillaires», ajoute-t-il. Ces agrégats sont constitués d'une forme anormale de la protéine Tau. On retrouve des dérèglements de Tau dans une vingtaine de maladies neurodégénératives.
Héréditaire ou sporadique
La maladie d'Alzheimer peut être héréditaire ou sporadique. Dans la forme héréditaire (environ 1 % des cas d'alzheimer), il est reconnu que trois gènes qui ont subi une mutation influencent la production anormale des peptides amyloïdes, ce qui accélérerait le développement de la maladie. Il y a donc un mécanisme en amont qui expliquerait l'apparition de plaques séniles et des enchevêtrements neurofibrillaires.
Ce constat a permis à Sébastien Hébert de développer son hypothèse en ce qui concerne la forme sporadique de la maladie, qui représente une grande majorité des cas. «Je pense que les peptides amyloïdes et Tau n'agissent pas seuls, qu'il y a d'autres facteurs impliqués.» Selon lui, les deux lésions connues d'alzheimer ne peuvent à elles seules causer la mort neuronale, elles ont besoin des microARN pour devenir «toxiques».
Des chefs d'orchestre
Au Canada, Sébastien Hébert est le seul à travailler sur alzheimer et les microARN. Il a pu observer que chez les gens malades, les microARN sont en quantité anormale. «Certains en ont plus que la normale, d'autres moins», relate-t-il. Ces microARN sont ubiquitaires, c'est-à-dire qu'on les retrouve dans toutes les cellules du corps. Leur fonction est de réguler le niveau de protéines, dont certaines sont en lien avec la maladie d'Alzheimer. «En fait, les microARN agissent comme des chefs d'orchestre, et selon leur fonctionnement, la mélodie sera harmonieuse ou non.» Comprendre le mauvais fonctionnement des microARN chez les personnes malades fait partie des recherches menées par le jeune professeur.
Le premier but de Sébastien Hébert est de démontrer que les microARN ont un rôle important dans le développement des deux caractéristiques pathologiques de la maladie d'Alzheimer. «Et si on le prouve, on révolutionne la maladie», affirme-t-il avec une certaine fougue. Mais il a un second but : utiliser les microARN pour faire le diagnostic précoce de la maladie, et mieux cibler les personnes à risque. «Puisque les microARN sont partout dans le corps, on pourrait faire une ponction lombaire et diagnostiquer la maladie.» Cela permettra aussi de pousser les observations et de comprendre la maladie en fonction de nouveaux paramètres. «Mon but d'ici cinq ans, c'est de développer un outil de diagnostic qui serait effectif dans 10 ans pour déceler alzheimer dans un premier temps, et les autres maladies neurodégénératives dans un second temps», conclut le chercheur.