Foodcamp 2014: le sommet de la bouffe

Samedi, c'était le jour de la mise en vente officielle des billets du troisième Foodcamp de Québec. Le 12 avril, 400 foodies se réuniront dans la salle du bal du Château Frontenac pour apprendre, partager et manger, les trois commandements de l'événement initié par Francis Laplante en 2012. Le Soleil a voulu faire un état des lieux avec son président, toujours prêt à «garder» votre Thermomix si vous partez en voyage.
Le 15 février, le comité organisateur du Foodcamp débloquait 50 billets en prévente à l'aveugle, c'est-à-dire sans programmation à l'appui. Trois minutes, c'est le temps écoulé pour la vente du lot. Dix minutes plus tard, 50 autres sésames trouvaient preneurs.
La méthode n'est pas sans rappeler la mise en vente des laissez-passer du Festival d'été de Québec. Francis Laplante qualifie-t-il l'initiative de coup de marketing? «Pas exactement», indique-t-il lors d'un lunch au Clocher penché, l'une des cinq adresses de sa liste de best of à Québec. «On a plutôt voulu retourner à la source du premier événement.»
Francis Laplante raconte que le Foodcamp est d'abord né d'un désir de créer un événement. «Je vendais des billets et je ne savais même pas quels chefs viendraient. C'était un coup de dés. Quand j'ai vu que les billets s'envolaient, j'ai dit "Oh, faut pousser la machine plus loin".»
Depuis, «la machine» tourne à plein régime avec, par exemple, un cinq à sept et un souper post-Foodcamp qui se greffent à l'offre de base. Pas mal pour un gars qui n'avait jamais mis la main à la pâte de l'événementiel.
Francis Laplante ne gagne pas sa côte de veau comme gestionnaire d'événement. Dans la «vraie vie», il est directeur-conseil en stratégie interactive chez Absolu. En français, il développe des concepts de site Internet. En ce moment, il travaille sur un mandat portes de garage. On est loin de l'univers de Ricardo. Son «déblocage» alimentation, Francis Laplante l'a eu il y a quatre ans. «J'ai acheté le domaine tranchedepain.com - juste pour le nom - et j'ai commencé à y noter ce que je mangeais au déjeuner.» Une lubie de geek. «Après, j'ai ajouté une recette par-ci, par-là.» En ce moment, ils sont 300 internautes à transiter par son blogue. Le père du Foodcamp vise une augmentation du trafic jusqu'à 1000 personnes.
La genèse
«Dès le départ de l'aventure du Foodcamp, mon influence numéro un a été le festival Omnivore, souligne Francis Laplante. Je me suis dit : pourquoi pas Québec?» Après une consultation sur les réseaux sociaux, il mesure l'engouement pour un tel projet et s'allie des foodies, dont Sylvie Isabelle, qui avait participé à Foodiesnight, une réplique anti-freak show à l'émission Un souper presque parfait. «On savait qu'on avait quelque chose», poursuit le jeune homme entre deux bouchées de faisselle et petits radis croquants.
Alors inconnu dans les cuisines des chefs, Francis Laplante prend le téléphone et appelle le bottin culinaire de Québec et de Montréal. Il lance aussi une ligne à Sherbrooke chez Danny St Pierre. «Il devait se dire : "C'est qui, lui?"», s'amuse notre interlocuteur. Pourtant, St Pierre accepte et il animera un atelier mémorable sur le poulet. Des vidéos virales circuleront sur le Web à la suite du découpage épique du volatile. En passant, St Pierre, un vétéran du Foodcamp, revient cette année pour la troisième fois. «Il m'a texté : veux-tu que je sois là? Il tripe à mort.»
«L'adhésion des chefs et des commanditaires est venue naturellement», soutient Francis Laplante, qui mentionne Wikibouffe et Exceldor lors des deux premières présentations. Cette année, Service alimentaire Gordon (GFS) et Fairmont Le Château Frontenac, où l'événement se déplace, soutiennent l'événement. «Le concept a allumé.»
Compte tenu du succès des présentations précédentes, l'équipe avait une pression. Francis Laplante ne s'en cache pas. «Une bonne idée, la tranche de bacon autour des haricots», remarque-t-il en jetant un oeil sur le fagot de légumes de son plat de boudin. «Si j'ai viré bout pour bout par rapport au boudin, c'est grâce au Pied Bleu.» Une autre adresse à sa liste «très basse ville» à l'exception de Chez Boulay. Revenant sur la pression liée à une troisième année charnière, l'organisateur définit sa philosophie d'«entrepreneur tranquille». «Je suis plus axé sur la bonification que le changement à tout prix. On va voir plus de présentations, plus d'exposants et plus de place.»
L'augmentation du nombre de participants possibles - un peu plus de 400 - a d'ailleurs permis de diminuer le coût du billet de 75 $ à 50 $. «À 75 $, le Foodcamp rejoignait les plus passionnés, là [à 50 $], le bassin s'élargit.»
Pour l'heure, l'organisateur, épaulé par Sylvie Isabelle, Stéphanie Léveillé et Louis Turmel, garantit une «belle ligne de chefs». La brigade 2014 se compose de Stéphane Modat et Baptiste Peupion (Fairmont Le Château Frontenac), Martin Juneau (Pastaga), Danny St Pierre (Auguste), Marie-Chantal Lepage (Espace MC Chef), le pâtissier Patrice Demers (Patrice Pâtissier), Stéphane Roth (Le Patriarche), Jérôme Ferrer (Europa) et Louis Bouchard-Trudeau (Le Pied Bleu). Au moment d'écrire ces lignes, le Foodcamp attend la confirmation d'autres invités.
«Notre événement est un générateur d'intérêt pour la gastronomie», résume Francis Laplante. Ses «power trips de bouffe», comme il les appelle, le gardent sur le nerf et l'amènent à réfléchir à l'avenir. Il verrait positivement l'implantation d'une sorte de Québec en lumière (en écho à l'événement montréalais qui se termine demain) dans la capitale. Francis Laplante croit aussi qu'il y a encore de la place pour que d'autres événements ponctuels s'inscrivent à l'agenda gourmand à travers les Québec Exquis et salons bisannuels.
<p>Francis Laplante, fondateur du Foodcamp, au restaurant Le Clocher penché lors de sa rencontre avec<em> Le Soleil</em>. </p>
Un crinqué appelé Francis
À 34 ans et quatre jours, Francis Laplante est venu à la bouffe sur le tard. «Beaucoup parlent de leurs souvenirs de cuisine avec leur mère. Pas moi. C'est peut-être les repas "ordinaires" avec mon ex qui m'ont donné l'élan qu'il fallait.»
Assez pour investir dans l'achat de Modernist Cuisine et participer à la deuxième saison de Et que ça saute! à V. Plus fou encore, il a payé 750 $ pour un vol sur Halifax afin d'auditionner à Masterchef - il avait loupé les auditions à Montréal -, diffusé en ce moment à CTV. Il n'a pas été retenu. «Si j'avais gagné, rêve-t-il, j'aurai ouvert mon resto.»
En attendant le prochain concours, il continue de cuisiner chez lui. «Oui, je fais du macaroni au fromage et du pâté chinois», rassure Francis Laplante, qui vient de se lancer comme chef à domicile. Entre les deux, il y a «les beaux p'tits mardis», ces repas de semaine hors de l'ordinaire. L'un d'entre eux à signaler : un burger sous vide. «J'ai passé ma viande au hachoir, après je l'ai cuite à 54 °C durant 45 minutes. Il restait seulement à la poêler.» Vive le mardi!
Francis Laplante est exigeant. Pour lui-même et envers les restaurateurs. «Faut pas que ça [le repas] soit moins bon que chez nous.» Sa cuisine, d'ailleurs, il prévoit la refaire dans deux ans. D'ici là, il aura peut-être acheté son Thermomix, du moins son déshydrateur. Quant à l'autoclave réquisitionné à sa mère, il l'aura mis à la retraite. Son prochain défi : maîtriser l'art de faire du pain.
Quatre souhaits pour le Foodcamp
1. «J'aimerais exporter le concept à Montréal et Sherbrooke.»
2. «Prolonger l'événement sur deux jours.»
3. «Mettre sur pied des ateliers pratiques en petits groupes.»
4. «Inviter des chefs de l'extérieur. Pour 2014, j'ai essayé d'avoir Marc Lépine du restaurant Atelier. C'est partie remise.» Francis Laplante a aussi New York dans sa mire.
Pour vous procurer des billets, rendez-vous à www.foodcampquebec.com