Dans les 100 premiers jours d'un mandat, la CAQ de François Legault veut obliger les organisations syndicales à rendre publics leurs états financiers.

Foire d'empoigne entre Legault et les syndicats

Comparé à Stephen Harper et à Maurice Duplessis, le chef caquiste François Legault assure qu'il ne se mettra pas «à genoux» devant les syndicats qui refusent de changer leur processus d'accréditation.
La confrontation n'était plus qu'une question de temps. Après l'annonce du gel d'embauche dans la fonction publique, la Coalition avenir Québec (CAQ) a proposé mardi une «modernisation» des règles syndicales. Il n'en fallait pas plus pour envenimer le débat. 
Au coeur du conflit, une promesse du programme caquiste de 2012 qui revient sur le tapis : modifier le Code du travail pour obliger la tenue d'un vote secret avant l'octroi d'une accréditation syndicale. À l'heure actuelle, une centrale doit uniquement vendre des cartes d'adhésion à plus de la moitié des employés pour qu'un syndicat naisse dans l'entreprise. 
«Ça n'a pas de bon sens et [les syndicats] le savent très bien, a affirmé M. Legault. Mais c'est une façon d'avoir plus de cotisations syndicales. [...] Est-ce que les syndicats disent qu'ils ne veulent surtout pas que les travailleurs soient informés et qu'ils veulent les prendre de court dans la cafétéria, dans le stationnement avec des gars avec des gros bras?»
La CAQ veut également obliger les syndicats à rendre publics leurs états financiers et empêcher que les cotisations servent à appuyer des causes politiques. Deux projets de loi fédéraux vont dans le même sens.  
«C'est du [Stephen] Harper copier-coller», a dénoncé le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer. La méthode d'accréditation touche une corde sensible chez les dirigeants syndicaux. M. Boyer explique qu'un vote secret ajoute une étape au cours de laquelle le patron peut se livrer à du «harcèlement et de l'intimidation». 
Syndiquer une entreprise n'est pas une chose simple, poursuit-il en citant les exemples de Wal-Mart et de McDonald's. Cela doit souvent se faire à l'insu de l'employeur. Partout où le vote secret a été permis, le taux de syndicalisation a chuté, affirme M. Boyer. 
À la Confédération des syndicats nationaux (CSN), le président Jacques Létourneau estime que «l'antisyndicalisme primaire» de François Legault est «une tentative vaine et désespérée de ne pas disparaître de la scène politique». 
Les syndicats font valoir que leurs états financiers sont disponibles pour leurs membres et qu'ils continueront à s'impliquer dans les enjeux sociaux au Québec. 
Marois en ajoute
La première ministre sortante Pauline Marois a rejeté sur-le-champ les suggestions de son adversaire caquiste. «Nous croyons que nous avons atteint un certain équilibre avec notre Code du travail et les lois qui encadrent l'exercice des droits des travailleurs», a-t-elle fait valoir.
La chef du Parti québécois a aussi accusé François Legault de s'inspirer du premier ministre canadien. «Nous avons constaté que certaines mesures proposées par M. Harper ont été déboutées devant les tribunaux.
«C'est un chemin que je n'ai pas l'intention d'emprunter. Je n'ai pas l'intention de revenir sur ces questions.» En anglais, elle a précisé qu'elle tient à préserver la paix sociale dans les relations de travail. 
Avec Michel Corbeil