Financer l'ombre

Dans des bureaux du PEPS se cache le Conseil du sport de haut niveau de Québec (CSHNQ). Jamais entendu parlé? Pourtant, l'organisme procure aux athlètes de la région 250 000 $ de services chaque année.
Il y a les athlètes identifiés Excellence, le sommet de la pyramide, ceux au sein des équipes nationales. Et il y a ceux en dessous, identifiés Relève et Élite. 
Dans la région, le CSHNQ a comme mission de servir de pont au-dessus du fossé qui sépare l'élite de l'excellence. «Le succès n'est pas linéaire», rappelle Côme Desrochers, directeur général du CSHNQ. «Des fois, entre le meilleur de l'élite et l'excellence, il n'y a pas grand-chose. Ce peut être une question de centièmes, mais au niveau des services, c'est tout un monde [de différence].»
Par services, il pense à tout ce qui encadre l'entraîneur dans l'aide apportée à sa troupe. Physiothérapie, massothérapie, psychologie, soutien en entraînement et en préparation physique... Les détails faisant une énorme différence dans le développement. 
Depuis quelques années, près de 600 000 $ sont demandés annuellement en services à l'organisme. Les subventions publiques, stables à un peu moins de la moitié de cette somme, ne suffisent plus. Pour répondre à cette augmentation, le CSHNQ cherche désormais, «la pédale au plancher», des partenaires du privé. Mais la tâche s'avère ardue. 
«Ce n'est pas une démarche facile. Les gens reconnaissent et apprécient la mission... mais ce n'est pas facile, livre Desrochers. Pourquoi soutenir un organisme qui contribue dans l'ombre au succès des athlètes lorsque l'on peut donner directement [à tel athlète] et en retirer immédiatement une certaine visibilité?»
Les soeurs Dufour-Lapointe - ainsi que leurs parents (!) - viennent tout juste de recevoir chacune une nouvelle auto. Un cadeau commandité. Les photos ont fait le tour des médias sociaux.
Les compagnies s'associent désormais directement à des figures populaires et délaissent les fédérations sportives. Comment, dans une telle réalité, se présenter pour attirer l'attention lorsque l'on est le Conseil du sport de haut niveau de Québec?
«Ce n'est pas facile, répète Desrochers. On doit connecter avec les entreprises en espérant créer un effet boule de neige.» Sans quoi, c'est la relève de Québec qui en souffrira. «C'est plate, mais il faut faire des choix. On doit être de plus en plus sélectif.» 
Cette sélection se fait parmi les athlètes ayant choisi la région de Québec comme principal lieu de résidence, peu importe leur provenance. Voilà peut-être le meilleur argument de vente de l'organisme: le CSHNQ, au chevet du talent d'ici, sans discrimination. 
Un impact direct
La nageuse Geneviève Cantin était bloquée depuis des années à 2 min 11 s au 200 m dos. Incapable de s'extirper du creux de vague dans lequel elle baignait. 
Philippe T. Richard, préparateur physique depuis quelques années avec le Rouge et Or natation, un rôle entièrement financé par le CSHNQ, a conseillé aux entraîneurs de Cantin une nouvelle approche quant à son programme d'entraînement. Les résultats n'ont pas tardé. Cantin a abaissé sa marque de deux secondes et a remporté le championnat canadien. 
Ce rôle de précurseur est la plus grande fierté de Côme Desrochers. Selon lui, que cinq des intervenants du CSHNQ aient été aux Jeux de Sotchi témoigne de la crédibilité de l'organisme. Une crédibilité qui a cependant un coût. 
Retirer du Gala Triomphe
Alors que le CSHNQ espère trouver des partenaires privés à la hauteur de 75 000 $ à 100 000 $ annuellement, le Gala Triomphe vient tout juste de rapporter 565 000 $ en profit! Cette incroyable somme est destinée directement aux athlètes de la région, mais également aux organismes sportifs de Québec qui les soutiennent. Logiquement, le CSHNQ devrait en voir les fruits. Du moins, c'est ce que son directeur général souhaite vivement.