Une création de Kim Picard

Festival Québec mode: motifs et coupes du monde

Le troisième Festival Québec mode prend son envol aujourd'hui. Au coeur de la programmation, le Défilé des créateurs, qui se tiendra mercredi sous le chapiteau de la Place-de-l'Université du Québec, permettra aux fashionistas de voir ce que plusieurs designers québécois ont à proposer en boutique cette saison. Le Soleil s'est entretenu avec cinq d'entre eux afin de pouvoir vous en donner un avant-goût. Au coeur des inspirations, le Japon, le Pérou et la culture amérindienne donnent une aura mystique et exotique aux vêtements des beaux jours.
<p>Robe Wasabi de la collection printemps-été de Myco Anna</p>
<p>Christiane Garant</p>
Christiane Garant de Myco Anna
Myco Anna, qui fêtera ses 20 ans en 2015, présentera 20 ensembles au Défilé des créateurs. Au menu : «Plus de robes que d'habitude, une diversité de matières et des touches de couleur argile et de rouge pour l'Asie», indique Christiane Garant, qui signe les modèles de la griffe. «On a sauté sur le fait que ce soit une tendance mondiale pour se laisser aller dans cette direction.»
La collection de Québec, qui s'est fait connaître avec ses robes aux motifs de patchwork - «au Québec, on a vraiment lancé le style, on est même un pionnier mondial», souligne la designer -, doit chaque saison se renouveler sans se dénaturer. Le meilleur guide, outre les tendances mondiales : «les clientes», indique Mme Garant.
À ses débuts, Myco Anna attirait une clientèle jeune et underground, maintenant, les femmes matures se plaisent aussi à arborer les robes colorées et éclectiques au bureau. La griffe personnalise chaque vêtement grâce à une section de tissus recyclés d'une teinte donnée, apposée sur canevas de tissu neuf, qui, lui, est reproduit des centaines de fois. «Un vêtement fait avec des tissus recyclés est plus coûteux à faire qu'avec des tissus neufs, mais on tient à cette touche originale et écologique», souligne la designer.
Pour l'hiver qui s'en vient, Myco Anna a établi une collaboration avec un tricoteur de Montréal, et introduira de la maille dans ses modèles de la collection 20e anniversaire de l'été 2015.
Les pièces Myco Anna sont en vente à l'atelier-boutique de la rue Saint-Vallier, à la boutique de Place de la Cité et dans plusieurs autres points de vente.
<p>Kim Picard</p>
Kim Picard
Les créations de Kim Picard, qui a son atelier sur l'avenue Chauveau, ont été présentées lors des Jeux olympiques de Vancouver en 2010, aux États-Unis et dans l'Ouest canadien. Pour son premier défilé à Québec, la designer née d'une mère innue et d'un père algonquin/mohawk a sélectionné une vingtaine d'ensembles récents et plus anciens aux accents tribaux et nordiques. «On a tous une beauté culturelle qui nous est propre», indique Kim Picard, qui profite aussi de flâneries dans les grands centres pour s'inspirer et d'expéditions à New York pour s'approvisionner en tissus. Ses songes sont également le point de départ de plusieurs designs. «Sur mes vêtements, il y a entre autres un phénix bleu, que j'ai vu dans un rêve magnifique. Il évoque la résurrection et le renouveau dans le respect de la terre mère, et est plus universel que les animaux comme l'aigle, la tortue, le loup, que nous voyions souvent.»
Outre les bleus et le gris métallique du fameux oiseau, la designer a aussi utilisé des teintes vives comme le rouge, le jaune et le vert lime, pour donner une aura angélique et mystique à ses créations, «comme si soudainement toutes les galaxies devenaient accessibles et se fondaient l'une dans l'autre», indique-t-elle.
Les vêtements de Kim Picard sont disponibles en appelant au 418 554-1500, et certains accessoires sont à la boutique de l'Hôtel-Musée de Wendake.
<p>Myriam Lafée</p>
<p>La designer Myriam Lafée, qui porte un de ses modèles devant le Machu picchu.</p>
Myriam Lafée d'Ayam création
Myriam Lafée, qui accouchera dans quelques semaines, vient à peine de revenir du Pérou avec sa deuxième collection de modèles de vêtements et pourtant il n'y a aucune trace de fatigue dans son visage radieux.
Celle qui préfère dire qu'elle est designer de vêtements plutôt que designer de mode a étudié en confection sur mesure et retouches, en arts visuels et en philosophie.
«Ayam création est né de mon envie d'être heureuse et d'avoir un travail qui relie toutes mes valeurs et toutes les choses que j'aime», synthétise la jeune femme, qui jongle avec les symboles ancestraux - coeur celtique, arbre de vie maya, fleur de vie péruvienne et plumes amérindiennes - dans le vidéo d'ambiance qui accompagnera sa partie du défilé. Toutes les images ont été prises dans le désert, la jungle ou les montagnes brumeuses lors de son dernier voyage. Sur ses vêtements pour hommes et femmes en fibres naturelles, imaginés à Limoilou et confectionnés à Lima, on trouve des symboles péruviens brodés patiemment par un groupe de femmes qui vit dans la jungle ou des dessins de son amoureux Juan Carlos Taminchi, un artiste peintre originaire d'Amazonie. «Mon projet est à vocation écologique, anthropologique, spirituelle, holistique, éducative et humanitaire», souligne la designer, qui vient de passer au niveau régional du Concours québécois en entrepreneuriat. On peut suivre Ayam création sur Facebook et au www.ayamcreation.com.
<p>Lesya Masyuk</p>
<p>Une des récentes créations de Lesya Masyuk de Chato mode</p>
Lesya Masyuk de Chato Mode
Pour son premier défilé au Festival Québec mode, Lesya Masyuk de Chato Mode, qui fait dans la fourrure recyclée de luxe, s'apprête à présenter 40 ensembles. Robes, masques, sac à main et de surprenants vêtements de cuir avec de petites touches de fourrure et un manteau devraient attirer l'attention dans ce défilé surtout consacré aux vêtements d'été.
Apposée sur des chaussures, des cravates et des montres, ou rasée pour confectionner une robe qui a l'apparence du velours, la fourrure devient une matière malléable et intrigante. «Québec est le seul endroit au monde dans les années 60 où les gens pouvaient se permettre de porter des manteaux de fourrure», indique Mme  Masyuk pour expliquer son choix d'établir sa boutique de luxe dans la région. S'approvisionner en fourrures canadiennes (vison, lynx, ocelot et zibeline, mais pas de rat musqué ou de chat sauvage, plus communs) y était tout à fait réaliste.Sa boutique sur rendez-vous, qui a ouvert ses portes en novembre à Lévis, intéresse surtout les clients de la Russie et de l'Europe de l'Est pour l'instant. Mais Mme Masyuk, qui a quitté l'Ukraine en 2004, ne désespère pas de faire connaître ses créations aux Québécois. «La fourrure est mal vue, mais c'est une matière naturelle, qui a une très grande valeur et qui refait sa place dans la haute couture», souligne celle qui a un faible pour Escada et Gucci et qui recherche l'équilibre entre goût et simplicité. «Je tenais d'ailleurs à présenter des pièces de haute couture, non portables, lors du défilé, pour montrer jusqu'où l'imagination peut aller.»
<p>Mélissa Bolduc </p>
<p>Cardigan Meagan et robe Mélodie de Melow</p>
Mélissa Bolduc de Melow
Comme plusieurs créateurs, Mélissa Bolduc s'est d'abord intéressée au design de mode pour répondre à ses propres besoins vestimentaires. «J'étais difficile à habiller quand j'étais adolescente. Je faisais du patinage artistique, j'étais en forme et j'étais faite forte. À l'époque, il n'y avait que les boutiques pour enfants et celles pour femmes, alors je m'habillais dans les friperies et j'ai commencé à faire mes propres vêtements», raconte-t-elle.
De 2002 à 2005, elle a étudié en mode à Vancouver, puis en 2007, elle a lancé sa collection, Melow. Sa jupe-pantalon, qui revient dans chaque collection depuis cinq ans, est devenue un classique, alors que cet hiver, une collection mini, pour fillette, est venue bonifier son offre en boutique. 
Pour ce printemps, Mélissa Bolduc navigue dans les teintes douces (taupe, crème, pistache), mais aussi dans les contrastes forts de tangerine, de blanc et de noir. «C'est inspiré du zen du Japon», résume la designer, qui privilégie les vêtements monochromes et sans motifs, hormis les rayures pour quelques pièces. Chez Melow, les vêtements se superposent et s'enroulent : «C'est le vêtement qui s'ajuste au corps de la femme et non le contraire.»
Celle qui dessine une trentaine de pièces par saison, présentera 20 ensembles au défilé des créateurs du Festival Québec mode. À Québec, on trouve ses créations chez Signatures québécoises et à l'Atelier la Pomme.
Lors du Défilé des créateurs, le 30 avril à 19h à la place de l'Université-du- Québec, on pourra également voir des ensembles des collections printemps-été de Caroline Castonguay de Karkass, de Gabrielle Desgagné de Jax and Joe et de Nathalie Jourdain de Coeur de loup. Cette dernière présente son propre défilé samedi à 19h à la salle Multi de Méduse.