Le réalisateur québécois Jean-Marc Vallée a foulé le tapis rouge, jeudi soir, à Toronto, pour présenter son dernier film, Demolition, mettant en scène Jake Gyllenhaal et Naomi Watts.

Festival du film de Toronto: une ouverture rock'n'roll signée Vallée

«Bonsoir Toronto!» Jean-Marc Vallée est monté sur la scène du splendide Princess of Wales avec l'assurance et la vigueur d'un Bono. Le réalisateur québécois a d'ailleurs promis aux festivaliers qui l'ont chaleureusement accueilli une soirée d'ouverture rock'n'roll pour le 40e anniversaire du Festival de Toronto (TIFF). Et il a livré la marchandise avec un solide Demolition, qui nous a fait passer par toute la gamme des émotions. Un très beau moment de cinéma.
<p>Jake Gyllenhaal</p>
<p>Naomi Watts</p>
Les heureux détenteurs de ­laissez-passer étaient nombreux à faire la file, hier soir, pour se glisser dans le splendide théâtre rococo, situé à un jet de pierre du quartier général du TIFF, rue King. Quant à la queue des cinéphiles qui espéraient qu'un siège reste libre, elle occupait déjà tout le long du mur de côté, une demi-heure avant le début de la projection.
Ceux qui étaient à l'intérieur ont patienté pendant le retard de circonstance et les discours usuels. Cameron Bailey du TIFF a réchauffé la foule en rappelant que Vallée avait eu une fructueuse séquence de films depuis Café de Flore (2011). Quant au réalisateur, il a fait plaisir à la foule en rappelant qu'il a «une longue histoire avec ce festival : je m'y sens à la maison», a-t-il commenté en ajoutant être honoré de lancer les festivités.
Neuvième long métrage
Avec un titre comme Demolition, on se doutait bien que son neuvième long métrage n'était pas un cadeau. Mais les festivaliers ont beaucoup aimé cette perturbante histoire de Davis Mitchell (Jake Gyllenhaal) qui perd sa femme Julia (Heather Lind) dans un accident de voiture. C'est que l'investisseur new-yorkais BCBG ne ressent rien... 
Son deuil est pour le moins excentrique. Non seulement il développe une fixation pour la destruction et le démontage des objets (on comprend qu'il doit redémarrer sa vie à zéro), mais il se met à entretenir une relation épistolaire avec Karen (Naomi Watts), une mère monoparentale d'un fils marginal de 15 ans (Judah Lewis). Le trio sera radicalement transformé.
L'histoire n'a rien d'un drame larmoyant - on rit souvent aux éclats, autant de l'humour absurde des situations que de certaines répliques particulièrement bien tournées. Le cinéaste sait manier les atmosphères et le rythme - pas seulement avec la trame sonore qu'il a soignée comme à son habitude. Il y a des séquences carrément magiques : Gyllenhaal qui danse dans la rue!
Il n'y a pas de moments morts dans cette comédie dramatique originale profondément humaine et magistralement interprétée. On savait déjà que Jean-Marc Vallée est un cinéaste accompli et un formidable directeur d'acteurs. Demolition nous le prouve encore : on peut s'attendre à un gros succès en salle.
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Un autre Québécois, André Turpin en l'occurrence, présentait aussi son nouveau film, hier. Mais Endorphine évolue dans un tout autre registre, hypnotique et sombre. Son cinéma d'auteur, avec des références cinématographiques fortes à Buñuel et à Bergman, a semblé désarçonner plusieurs festivaliers, partis avant de connaître le fin mot de l'histoire.
Et quelle histoire que celle de Simone, qui assiste fortuitement au meurtre de sa mère. On verra bientôt ce drame brutal selon différentes perspectives alors que Simone, traumatisée, tente de se souvenir ce qui s'est passé - et surtout quelle a été sa réaction.
Pour son retour à la réalisation, 14 années après Un crabe dans la tête, le directeur photo de Falardeau, Villeneuve et Dolan s'est amusé avec cette idée toute simple. Turpin utilise retours en arrière et bonds en avant ainsi que montage pour multiplier les points de vue et brouiller la perception qu'a le spectateur de ce qu'il voit à l'écran.
Comme Sophie, interprétée par trois actrices à trois âges différents, on ne sait plus si cette plongée dans la tête du personnage relève du rêve, du souvenir, du traumatisme ou du fantasme (Éros et Thanatos se côtoient, comme souvent). Ou tout ça à la fois.
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Ces deux films sont un bel exemple de la formidable diversité cinématographique du TIFF. Et ce qui en fait tout son charme : il y a de tout pour tous.