Pour la mise en scène de L'amour de loin, Robert Lepage a imaginé un dispositif de 28 000 lumières à DEL qui permet de reproduire les mille et un aspects de la mer.

Festival d'opéra: L'amour de loin, la mer imaginaire de Robert Lepage

Les médias ont eu droit mercredi à un tout petit aperçu de ce qui attend le public lors des représentations de L'amour de loin, l'opéra de Kaija Saariaho mis en scène par Robert Lepage et présenté en primeur dans le cadre Festival d'opéra de Québec à compter du 30 juillet.
<p><strong>Les choristes seront installés sur scène sous les bandes de lumières.</strong></p>
<p>La scénographie fera également appel à une passerelle motorisée.</p>
Vue depuis la salle, la scène apparaît couverte en entier de plusieurs dizaines de rangées de petites lumières à DEL. Le dispositif contrôlé par ordinateur permet de reproduire les mille et un aspects de la mer, la profondeur de son scintillement, la lente ondulation de sa surface et l'éclat toujours changeant de sa robe.
Apparemment, tout a été prévu, y compris le cadre mobile sur lequel les bandes de lumières ont été installées et qui permet même de reproduire le mouvement des vagues. «On ne veut pas vous dévoiler tous les exploits que ces nouvelles technologies peuvent accomplir, a averti le metteur en scène. On travaille avec 28 000 pixels. En fait, ce sont 28 000 lumières à DEL tendues sur des bandes et savamment programmées par Lionel Arnould, un collaborateur vidéo de longue date. C'est dans cet environnement-là que se déploie l'histoire magnifique de ces deux amoureux qu'une mer sépare.»
L'amour de loin raconte l'histoire de Jaufré Rudel, un troubadour du XIIe siècle qui chante les vertus d'une femme lointaine, «belle sans l'arrogance de la beauté, noble sans l'arrogance de la noblesse, pieuse sans l'arrogance de la piété», écrit Amin Maalouf dans son livret. Jaufré apprend par un pèlerin que la femme dont il rêve vit de l'autre côté de la mer. Obsédé par le désir de rencontrer cet amour idéal, Jaufré ne connaîtra désormais plus le repos.
Créée à Salzbourg en 2000 dans la mise en scène de Peter Sellars et produite depuis à plusieurs reprises, l'oeuvre est souvent montée en faisant appel à de la vraie eau sur scène. La solution technologique créée de toute pièce par Robert Lepage et ses collaborateurs a nécessité deux ans et demi de travail. Elle permet de représenter l'eau «avec toute sa sensualité et son côté hypnotique». Ce faisant, elle confère une originalité certaine à la nouvelle production.
La scénographie signée Michael Curry fait par ailleurs appel à une passerelle motorisée permettant aux solistes de se mouvoir au-dessus de la mer. Un petit chef-d'oeuvre d'ingénierie, au mouvement silencieux et très fluide, sorti des ateliers de Scène Éthique à Varennes. Les éclairages sont signés Kevin Adams, un créateur qui s'est fait une réputation enviable à Broadway.
150 artistes et techniciens
Coproduit avec le Metropolitan Opera de New York, L'amour de loin réunit 3 solistes, 50 choristes, 5 acrobates-marionnettistes, 75 instrumentistes et un chef d'orchestre. En comptant l'équipe technique, on arrive à un total d'environ 150 personnes à pied d'oeuvre lors de chacune des représentations.
Pour Robert Lepage, L'amour de loin est une «oeuvre phare de ce début de XXIe siècle», «une oeuvre tout en délicatesse, tout en envoûtement» pour laquelle il a fallu «créer un visuel et faire une proposition scénographique qui, elle, soit aussi subtile, soit aussi sensible». Le travail du metteur en scène d'opéra, dit-il, consistait à appuyer la musique, à s'effacer derrière elle. «On essaie le plus possible de créer des images, de créer des mises en contexte qui vont aider les gens à entendre la musique. Ça, c'est une bonne mise en scène. Quand une mise en scène attire l'attention sur elle-même, c'est qu'elle n'est pas réussie. Il faut que la mise en scène nous aide à entendre la musique ou à l'entendre différemment. Et je pense qu'on a réussi cette fois-ci, encore une fois.»
Le metteur en scène a par ailleurs tenu à saluer le courage et l'audace du Festival d'opéra de Québec. «Décider que le pôle du Festival cette année, ce sera une oeuvre contemporaine, c'est très risqué. [...] Mais il faut le faire, parce que le but de l'entreprise, ce n'est pas juste d'aller chercher le public de Québec, mais de partout. On sait quel impact ça a sur le tourisme à Québec. L'idée, c'est de créer une habitude, une réputation.»
<p>Pour Robert Lepage, <i>L'amour de loin</i> est une «oeuvre phare de ce début de XXIe siècle».</p>
Kaija Saariaho confiante
La compositrice de L'amour de loin, Kaija Saariaho, fera le voyage jusqu'à Québec pour assister à la création de la nouvelle mise en scène conçue par Robert Lepage, a appris Le Soleil.
«J'admire beaucoup Robert Lepage, alors je suis très, très intriguée», a indiqué en entrevue Mme Saariaho. Celle-ci a d'ailleurs prévu arriver à temps pour assister non seulement à la première, mais également à la répétition générale. 
La compositrice finlandaise n'a participé d'aucune façon à la démarche entreprise par Robert Lepage et son équipe il y a déjà deux ans et demi. Pour elle, ce sera une découverte totale. «[Robert Lepage et moi] avons eu un rendez-vous à Paris, il y a déjà un moment. Nous avons parlé, il connaît mes impressions. J'ai confiance en lui.»
Kaija Saariaho a assisté à toutes les reprises de L'amour de loin présentées depuis la création de son opéra en 2000. «J'ai vu chaque production. Évidemment, c'est tellement intéressant pour moi que je fais vraiment un effort pour les voir. Et j'ai toujours essayé d'aller à la générale quand c'était possible, pas pour essayer de changer des choses, mais juste pour avoir le plaisir de le voir deux fois.»
L'amour de loin est un opéra très difficile à chanter, non seulement pour les solistes, mais également pour les choristes. Kaija Saariaho le sait. «Ils disent toujours qu'ils ont dû beaucoup travailler! admet-elle en riant. Mais je suis très confiante, parce que Ernest Martinez-Izquierdo, le chef d'orchestre, a fait tous mes opéras. Il a fait L'amour de loin deux fois déjà et il connaît ma musique vraiment, vraiment bien. Donc je suis confiante.»
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Quoi : L'amour de loin, opéra de Kaija Saariaho mis en scène par Robert Lepage
Qui : avec Phillip Addis (Jaufré Rudel), Erin Wall (Clémence) et Tamara Mumford (le Pèlerin)
: salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre
Quand : les 30 juillet, 1er, 3 et 5 août à 20h
Billets : à partir de 65 $
Tél. : 418 643-8131