Le public a eu droit à une joute musicale pleine de subtilités, d'impressions fugaces et de clins d'oeil. Magnifiquement poétique!

Festival d'opéra de Québec: une invitante fête de la voix

Avec la soprano Sophia Brommer et le contre-ténor David Hansen, deux voix aussi charmantes et redoutables l'une que l'autre, le concert d'ouverture du Festival d'opéra de Québec présenté par les Violons du Roy, mercredi soir à la salle Raoul-Jobin, s'est transformé en une véritable fête de l'art lyrique baroque. Les organisateurs auraient difficilement pu offrir plus savoureuse mise en appétit.
Le concert dirigé par le chef Alan Curtis comptait une dizaine d'airs et de duos exécutés avec bravoure, avec tendresse, avec finesse, le plus souvent dans la bonne humeur et la décontraction. Le premier numéro, Se in fiorito ameno prato, un air de Giulio Cesare de Handel interprété avec désinvolture par David Hansen, s'écoutait avec un réel plaisir. Dans le rôle de l'oiseau, le premier violon Pascale Giguère. Le public a eu droit à une joute musicale pleine de subtilités, d'impressions fugaces et de clins d'oeil. On se serait cru au beau milieu de la campagne, l'été, par un matin ensoleillé. Je suis sûr que depuis la scène, on pouvait voir un sourire sur le visage de chaque spectateur. Magnifiquement poétique!
Sous la direction du chef américain, les Violons du Roy semblaient jouer avec une grâce et un abandon renouvelés. Rien de superflu, que l'essentiel. Dans Piangero la sorte mia, la délicatesse de l'accompagnement donne à la soprano Sophia Brommer l'occasion d'explorer toute l'échelle des nuances. Parfois, le son semblait provenir de l'intérieur même du coeur. Quelle présence, quel charme et surtout quelle émouvante musicalité! 
Parmi les séquences les plus intéressantes du concert, notons les deux extraits de L'Olimpiade de Vivaldi. D'abord cette ouverture à l'écriture si excentrique, avec notamment de brusques changements de direction que le chef n'a jamais cherché à assouplir, bien au contraire, et ensuite un air, Siam navi all'onde algenti, dans lequel Sophia Brommer révèle sa véritable force de caractère. «Toute la vie est une mer», chante-t-elle, avant de se lancer dans un spectaculaire déferlement de vocalises couronnées de notes contre aiguës fraîches et limpides.
En deuxième partie, dans Sta nell'Ircana, David Hansen démontre à son tour quel formidable maître des vocalises il fait. L'augmentation de l'énergie déployée, au fur et à mesure de l'air, est époustouflante. Un peu plus tard, à l'occasion d'un puissant et généreux Doppo notte, le contre-ténor plongera carrément toute la salle dans une sorte d'ivresse sonore.
C'était le premier concert du festival, et il donnait drôlement envie d'assister à la suite des activités.
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FESTIVAL D'OPÉRA DE QUÉBEC. Vivaldi et Handel à l'opéra avec Les Violons du Roy. Direction : Alan Curtis, chef d'orchestre. Solistes : David Hansen, contre-ténor, et Sophia Brommer, soprano. Extraits d'opéras de G.F. HANDEL (Giulio Cesare, Alcina, Ariodante), d'A. Vivaldi (L'Olimpiade) et d'A. M. Bononcini (Griselda). Mercredi soir à la salle Raoul-Jobin.