Festival des «cas isolés»

Bien qu'ils alimentent les discussions et les bulletins de nouvelles, les électeurs québécois au visage couvert représentent «des cas isolés» parmi un nombre élevé de citoyens s'étant prévalu de leur droit de vote dans les 48 dernières heures. «Ce n'est rien qui n'est pas gérable», assure Élections Canada.
Francine Bastien, porte-parole d'Élections Canada, a parlé hier de situations «anecdotiques» pour décrire le phénomène des électeurs au visage couvert. Il s'agit pourtant de l'élément qui attire le plus l'attention depuis l'ouverture du vote par anticipation, vendredi.
Sacs de pommes de terre, masques d'Halloween, casques ou voiles islamiques improvisés, une portion de l'électorat dénonce avec ironie le fait qu'il soit légal au Canada de voter ou d'être assermenté le visage couvert d'un niqab.
S'ils font grand bruit sur les tribunes médiatiques, l'organisme fédéral parle d'un comportement marginal jusqu'à présent. «Ce sont des cas isolés. Ce n'est rien qui n'est pas gérable. Nos employés sont formés et préparés pour ça. Notre personnel a de l'expérience. Pour la plupart, ce n'est pas leur première élection», a affirmé Mme Bastien.
La procédure est relativement simple. Si un individu se présente le visage couvert, un employé d'Élections Canada doit lui demander de se découvrir. S'il refuse, l'électeur doit prêter serment solennellement sur son identité avant de présenter, comme tout le monde, une pièce d'identité avec photo et une preuve de résidence. 
«C'est le droit de vote qui doit primer», a expliqué brièvement Francine Bastien, qui, en sa qualité de porte-parole d'Élections Canada, ne pouvait, pour des raisons éthiques, commenter davantage la loi électorale. 
Sur le réseau social Facebook, près de 9200 personnes ont joint une page encourageant la population à voter à visage couvert cette année. Plusieurs ont publié des photos de leur accoutrement sur les réseaux sociaux, se félicitant ensuite pour leur contribution politique.
La capitale pas épargnée
La ville de Québec n'a pas été épargnée par le mouvement. La capitale a même été le théâtre du premier cas hautement médiatisé, alors qu'une femme couverte d'un sac de pommes de terre a fait le tour de la province, vendredi.
Malgré tout, les directeurs de scrutin de la région n'observent que très peu de ces initiatives. «C'est marginal. Tout ce que je peux dire, c'est que dans Beauport-Limoilou, on n'en a eu aucun [hier]», a fait savoir François Savard, qui dirige les opérations dans la circonscription. 
Et même s'il y avait eu quelques cas, M. Savard assure qu'il ne s'agirait pas d'un problème. Selon lui, certaines tâches accaparent davantage les énergies des employés d'Élections Canada. «On a plus de gens qui viennent faire des corrections ou qui viennent s'inscrire. Les tâches sont même plus longues. [Dans le cas d'un électeur au visage couvert], ça se fait directement à la table.»
Même son de cloche dans la circonscription voisine. «On n'en a pas eu beaucoup. Dans tout Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, si j'en ai eu quatre [en deux jours], c'est beau», a commenté le directeur de scrutin Mark Poirier. «Il n'y a pas vraiment d'histoire à raconter.»
De «vrais» niqab
M. Poirier dit avoir eu deux cas d'électrices portant un véritable niqab. Leurs votes se sont bien déroulés, selon ce qu'on lui a rapporté. Pour les «quatre faux», trois d'entre eux ont finalement accepté de voter à visage découvert. 
Dans Québec, André Crochetière dit n'avoir accueilli qu'un seul électeur portant un masque en guise de protestation. Selon le directeur de scrutin, «certains ne passent pas à l'acte» pour éviter de créer un ralentissement inutile au bureau de vote. Les files d'attente étaient d'ailleurs encore longues à l'ouverture des bureaux, hier midi. 
La journée aura été marquée par un seul accrochage. Selon Radio-Canada, une greffière d'un bureau de vote de Québec - la circonscription n'a pas été précisée dans le reportage - a démissionné spontanément, choquée par des électeurs cachant leurs visages. «C'est de trahir un peuple que de vivre à visage couvert», a notamment dénoncé l'employée. Ironiquement, l'employée, qui s'affiche sur les réseaux sociaux aux couleurs du Bloc québécois, n'a fait face qu'à des protestataires.
Le vote par anticipation se poursuit jusqu'à lundi.