FEQ: à chacun son Félix

Le premier a été repris par Félix Leclerc, le second l'a réinventé sur disque, le troisième n'aurait probablement jamais imaginé se frotter à son oeuvre. Michel Rivard, Vincent Peake de Groovy Aardvark et Luis Clavis de Misteur Valaire fouleront tous les trois la grande scène des plaines d'Abraham jeudi soir.
Félix Leclerc
Le Festival d'été de Québec prend son envol dans une célébration dela plume du poète de l'île d'Orléans, dont on souligne le 100eanniversaire de naissance cette année.
Ses mots résonneront dans une multitude de genres musicaux, entre le chant lyrique et le hip-hop, la pop et le rock pesant. Diane Dufresne, Catherine Major, Radio Radio, Marie-Josée Lord, Joseph Rouleau, Karim Ouellet, Yann Perreau, Yves Duteil et Grand Corps Malade sont aussi attendus sur les Plaines dès 21h.
<p>«Francis Leclerc avait écrit une lettre qui disait que son père aurait été content, que c'était un homme ouvert d'esprit et qu'il ne l'aurait pas vue comme une insulte. Il disait que Félix aurait été heureux que la jeunesse refasse la chanson à sa façon» - Vincent Peake, de Groovy Aardvark</p>
Groovy Aardvark: P'tit bonheur encanaillé
Dire qu'ils ont mis Félix Leclerc à leur main relève presque de l'euphémisme... En 1996, la formation Groovy Aardvark a fait beaucoup de bruit avec sa version pesante, hurlante et joualisée du P'tit bonheur. Une relecture marquante qui a ravi les uns, mais scandalisé certains autres.
«Il y a des gens qui l'ont vue comme une parodie, ce qui n'était absolument pas l'esprit dans lequel on voulait la faire. C'était un hommage, mais qui en a écorché quelques-uns», nuance le chanteur et bassiste Vincent Peake, ajoutant que son groupe avait reçu la «bénédiction» du fils du poète, Francis Leclerc. «Il avait écrit une lettre qui disait que son père aurait été content, que c'était un homme ouvert d'esprit et qu'il ne l'aurait pas vue comme une insulte. Il disait que Félix aurait été heureux que la jeunesse refasse la chanson à sa façon.»
Vincent Peake raconte avoir découvert le texte du P'tit bonheur à l'école primaire, dans un cours d'initiation à la poésie québécoise. Les vers de Félix Leclerc lui sont revenus en tête au moment de créer l'album Vacuum. Groupe phare de la scène rock alternative dans les années 90, Groovy Aardvark était alors, selon les dires de Peake, dans un «mood folklorique» qui l'a amené sur le même disque à s'offrir une chanson à répondre (Boisson d'avril) avec le pilier de la musique traditionnelle québécoise, Yves Lambert. Pour Lep'tit bonheur, le groupe a confié le micro à l'ami Marc Vaillancourt, de la formation B.A.R.F.
«Avec sa voix rauque, ça nous permettait de garder la chanson un peu plus underground, explique Vincent Peake. C'était un coup de dés d'aller dans ce sens-là parce que ça détonnait pas mal avec ce qu'on faisait à l'époque. Mais avec le temps, ç'a été marquant pour nous. Ça nous a permis d'élargir notre public un peu et ç'a fait découvrir Félix à des gens qui ne le connaissaient pas nécessairement. Ç'a été un bon échange des deux côtés.»
Groovy Aardvark s'est officiellement dissous en 2005, mais continue d'offrir des spectacles sporadiquement. Accompagné de Marc Vaillancourt, le groupe montera sur la scène des Plaines jeudi soir pour faire revivre son musclé P'tit bonheur. Vincent Peake reprendra de son côté le micro pour revisiter L'alouette en colère
«C'est difficile de trouver des chansons de Félix qui s'adaptent rock, note-t-il. Comme il était souvent seul à la guitare, il n'y avait aucun cadre rythmique, il pouvait allonger ses phrases comme il voulait. J'avais une idée de comment celle-là pourrait sonner avec Groovy. Et le texte est vraiment puissant. Comme on a été invités pour être le côté percutant de la soirée, le match était parfait.»
Vincent Peake se dit conscient qu'une grande partie des spectateurs qui se réuniront sur les Plaines jeudi soir ne sont peut-être pas habitués - ou friands... - de rock pesant. Mais comme Groovy Aardvark n'a jamais été trop porté sur les compromis, il faudra faire avec!
Blast de rock intense
«On ne va certainement pas mettre la pédale douce ni mettre des gants blancs, prévient-il. Ça va être un blast de rock intense pendant quelques minutes! De toute façon, ce n'est que deux chansons. Pour ceux qui n'aimeront pas ça, le prochain arrivera bien assez vite!» Que les festivaliers plus conservateurs se le tiennent pour dit!
<p>Michel Rivard </p>
Michel Rivard: D'idole à complice
Michel Rivard décrit La complainte du phoque en Alaska comme la troisième ou quatrième chanson «qui a de l'allure» qu'il a composée. De toute évidence, il n'était pas le seul à penser ainsi! Quelques mois seulement après la parution du premier album de Beau Dommage, fin 1974, Félix Leclerc choisissait à son tour de l'endisquer sur son album Le tour de l'île
«Que ce gars-là dise : "T'as fait une bonne toune, p'tit gars, je vais la rechanter", ç'a été pour moi un très grand moment», confie Michel Rivard, qui figure parmi les rares auteurs-compositeurs pouvant se vanter d'avoir été chantés par Félix Leclerc. 
Pour celui qui a grandi en écoutant Moi, mes souliers et Bozo, la reprise de La complainte du phoque... enregistrée par son idole a d'abord pris la forme d'une grande surprise et d'une bonne «tape dans le dos». Personne chez Beau Dommage n'avait eu vent du projet de Félix avant d'être convié à l'écoute de son nouvel album. Et c'est une secrétaire du studio qui a vendu la mèche à Michel Rivard, croyant qu'il était déjà au courant. 
Rencontre marquante
«On a été très impressionnés de le rencontrer, relate ce dernier. Il a été d'une gentillesse, d'une politesse, d'une noblesse extraordinaire. Ma première réaction [en entendant la chanson] a été de me dire : "Wow! En plus de la faire, il l'amène ailleurs!" Sa version à lui est jazzée. C'était très impressionnant. Mais il faut dire que ce disque n'était pas un disque ordinaire. Je me souviens d'avoir eu encore plus de frissons en entendant Le tour de l'île, qui est magistrale.»
Cette première rencontre mènera à d'autres entre Félix Leclerc et les membres de Beau Dommage. Même qu'un projet d'album était dans l'air jusqu'à ce qu'il soit freiné par la séparation du groupe. Quelques chansons ont néanmoins été enregistrées. On peut notamment les retrouver sur le coffret Album de famille qu'a lancé Beau Dommage en 2009.
Michel Rivard se souvient de Félix Leclerc comme d'un homme «d'un autre temps». «Il était exactement comme on pense qu'il est, ajoute-t-il. Il avait une noblesse de la moitié du XXe siècle. Mais c'était un gars qui avait beaucoup d'humour. Et il était très paternaliste, ça venait avec le personnage! On était les petits de Beau Dommage, et Marie-Michèle [Desrosiers], c'était la petite mademoiselle. Il avait ce petit côté suranné qui n'était pas désagréable du tout.»
Misteur Valaire, «revisiter de A à Z»
Naviguant dans des eaux électro-pop, flirtant avec le jazz ou le rock, Misteur Valaire est davantage connu pour ses alchimies musicales que pour son rapport au texte, souvent absent de ses créations. Le quintette sherbrookois s'est quand même mesuré au défi de rendre hommage à l'un des poètes québécois les plus respectés. «C'est assez particulier parce qu'on est un groupe instrumental», reconnaît Louis-Pierre Phaneuf, alias Luis Clavis. «Mais on a la chance de faire beaucoup de collaborations vocales. Chaque fois, c'est un défi d'intégrer la partie vocale à notre musique, et on commence à avoir l'habitude de trouver de nouvelles idées pour le faire.» Misteur Valaire interprétera trois chansons jeudi soir, dont une «très connue», selon le musicien, qui a préféré taire les titres pour réserver la surprise aux festivaliers. «Notre défi, c'était de ne pas tomber dans le cover, précise-t-il. On voulait vraiment revisiter de
A à Z. On a revu les accords. La mélodie continue de marcher, mais on voulait que tout le reste des arrangements soit complètement différent.» 
Vous voulez y aller?
Quoi : Félix, je me souviens (avec Salomé Leclerc en première partie)
Quand : jeudi dès 19h30
Où : plaines d'Abraham
Accès : laissez-passer
Info : infofestival.com