Après s'être remise de son aventure sur l'Everest, Sylvie Fréchette est allée grimper le mont Alpamayo au Pérou.

Femmes alpinistes: une lente ascension

Théoriquement, les femmes sont aussi aptes que les hommes à pratiquer l'alpinisme, mais dans la réalité elles sont encore loin d'occuper la place qui leur revient en haute montagne.
«Le contingent féminin d'aspirant guide à l'École nationale de ski et d'alpinisme (France) peine à franchir 1 % des effectifs», indiquait un article publié dans le site français FreePresse.com. Pourtant, les clubs alpins français comptent à peu près autant de femmes que d'hommes parmi leurs membres, ajoutait l'auteur, mais le métier de guide reste l'apanage des hommes. Les femmes prennent leur place dans la police comme dans l'armée, alors où est le problème en alpinisme?
Le livre The Himalaya by the Numbers contient une foule de statistiques sur les expéditions dans les plus hautes montagnes du globe. Si les femmes occupent une place grandissante, leurs progrès sont malgré tout encore relatifs. Dans les débuts de l'alpinisme himalayen, entre 1950 et 1989, 6 % des alpinistes étaient des femmes.
Après cette période, l'alpinisme «commercial» a pris son envol. Entre 1990 et 2006, la présence des femmes s'accroît, mais les chiffres montrent que 90 % des grimpeurs qui sont allés au-dessus du camp de base d'une montagne himalayenne étaient des hommes.
Les données canadiennes confirment en gros cet état de fait. C'est en 1982 qu'un premier Canadien, Laurie Skreslet (un homme, malgré le prénom), a foulé le sommet de l'Everest. En tout, jusqu'en 2008, 69 alpinistes canadiens ont atteint le sommet, dont seulement six femmes.
Sharon Woods a été la première des six Canadiennes, en 1986. On voit très bien, par ailleurs, que c'est la commercialisation récente de l'Himalaya qui a ouvert les portes. Les cinq autres Canadiennes qui ont répété l'exploit de Sharon Woods l'ont fait 20 ans après elle, en trois années seulement, de 2005 à 2008.
Autre fait intéressant, pendant la seule saison 2008, on a vu plus de Canadiens atteindre le sommet (22) que pendant les 20 années qui ont suivi l'ascension de Laurie Skreslet.
Sylvie Fréchette, la cinquième Canadienne à réussir cet exploit, était aussi la 190e femme, toutes nations confondues, à toucher le plafond de la Terre, en quelque sorte.
«C'est grisant de découvrir ses capacités, dit-elle. Je suis la 190e femme mais on est six milliards sur la planète. Ça veut quand même dire quelque chose.»
L'alpiniste québécoise pense d'ailleurs que leur rôle de mère freine l'accès des femmes en haute montagne. D'ailleurs, l'âge où elles seraient au sommet de leurs capacités, entre 25 et 35 ou 40 ans, est aussi celui où elles élèvent de jeunes enfants.
«Je suis la première mère à réussir l'Everest au Canada et je fais des recherches pour savoir si je suis la première Nord-Américaine. Ça donne une idée de la difficulté, de la signification de cette entreprise. Je n'ai pas croisé d'autres femmes qui avaient des enfants pendant que j'étais sur l'Everest, poursuit-elle. Il y avait des gars au camp de base qui avaient des enfants, mais ils étaient moins préoccupés que je l'étais. Ils n'en parlaient pas, ça n'était pas aussi présent pour eux.»
La capacité des femmes ne laisse pourtant aucun doute. Johanne Veilleux, une Beauceronne, l'a d'ailleurs brillamment démontré en 2006, devenant la première femme au Québec à atteindre sans oxygène le sommet d'un 8000 mètres, le Cho Oyu. C'est un exploit que même Sylvie Fréchette n'oserait tenter.