La pièce écrite par Stefano Massini est un collage de notes, de correspondances et d'extraits des articles et des livres d'Anna Politkovskaïa, une journaliste russe assassinée après avoir couvert la guerre en Tchétchénie. Annabelle Pelletier-Legros et Olivier Lépine font partie de la distribution.

Femme non-rééducable/Anna P.: théâtre sur le qui-vive

Quand ils ont commencé à travailler sur la pièce Femme non-rééducable/Anna P., les membres de la compagnie Portrait-Robot ne se doutaient pas qu'elle serait si ancrée dans l'actualité. Écrite à partir des mots d'Anna Politkovskaïa, une journaliste russe assassinée après avoir couvert la guerre en Tchétchénie, la pièce prend une résonnance particulière alors que les esprits s'échauffent en Ukraine.
«On n'a jamais douté de la pertinence de notre pièce, mais ça la rend encore plus concrète», note Olivier Lépine, metteur en scène du projet. «Kseniya Chernyshova, qui joue dans le spectacle, est ukrainienne. Sa famille vit encore en grande partie à Kiev. Tout ce qui se passe là-bas, ça l'affecte. C'est sûr qu'on est teinté de ça», reprend-il. Sa collègue Annabelle Pelletier-Legros se désole «que l'histoire se répète si facilement. Entre ce qui s'est passé en Tchétchénie et ce qu'on voit en Ukraine, on fait des rapprochements assez troublants. On se dit : pourquoi a-t-on a oublié si vite?»
Pièce sur la mémoire
Femme non-rééducable... est en effet une pièce sur la mémoire, celle d'Anna Politkovskaïa. La journaliste, qui écrivait pour la Novaïa Gazeta, a été la seule Russe à couvrir les affres de la guerre menée par l'administration de Poutine contre les indépendantistes tchétchènes au tournant des années 2000. Elle a dénoncé la barbarie de ce conflit et les nombreuses violations des droits de l'homme commises par les deux camps. En 2006, elle a été retrouvée morte, assassinée, dans la cage d'escalier de son immeuble à Moscou. Ironie du sort, c'était le 7 octobre, jour de l'anniversaire de Poutine.
La pièce écrite par Stefano Massini est un collage de notes, de correspondances et d'extraits des articles et des livres de la journaliste. «Il n'y a pas vraiment d'indication sur la façon de monter le texte. Ça nous laisse beaucoup de liberté», note Annabelle Pelletier-Legros. «C'est comme devenu notre bible de base, notre noyau créatif. Massini a pris le pari de ne jamais vraiment situer les gens, géographiquement et historiquement, mais on trouvait que c'était un peu loin pour nous», poursuit Olivier Lépine.
Investir les lieux
La jeune troupe a donc décidé d'ajouter quelques références pour situer les gens. La forme narrative reste cependant assez éclatée, préviennent les deux comédiens. «Ça navigue beaucoup entre les différents niveaux de jeu. Le personnage d'Anna n'existe pas tant que ça, finalement», explique Annabelle Pelletier-Legros, en référence au fait que les acteurs incarnent tour à tour et pêle-mêle Anna Politkovskaïa, des soldats tchétchènes ou russes, des narrateurs... «En même temps, ce qui est intéressant, c'est qu'avec ses mots à elle, on parle en notre nom», renchérit Olivier Lépine. «Il y a des choses qu'elle dit qu'on porte nous aussi. Du même coup, il y a un genre de flou qui s'installe.»
L'équipe a aussi décidé d'investir plusieurs lieux de Premier Acte. Les spectateurs resteront bien assis dans la salle tout au long de la pièce, mais ils voyageront grâce au son et à l'image. «On est à quelques jours de la première et tout change encore», s'enthousiasme Olivier Lépine. «D'une certaine façon, le spectacle ne sera pas final à la première représentation ni à la dernière. Tout peut bouger et c'est intéressant. Ça met tout le monde sur le qui-vive, exactement comme Anna Politkovskaïa l'était toujours.»
À l'affiche
Titre : Femme non-rééducable/Anna P.
Texte : Stefano Massini, traduit par Pietro Pizzuti
Mise en scène : Olivier Lépine
Équipe de création : Ariane Bérubé, Josué Beaucage, Kseniya Chernyshova, Jean-René Moisan, Eliot Laprise, Olivier Lépine, Annabelle Pelletier-Legros, Maxime Perron et Caroline Ross
Salle : Premier Acte
Dates : du 11 au 29 mars
Synopsis : autour des mots d'Anna Politkovskaïa se brode l'histoire de la seule journaliste russe à avoir couvert et dénoncé les violations des droits de l'homme et la barbarie de la guerre en Tchétchénie.