Félix, je me souviens: plus sincère qu'audacieux

Le 47e Festival d'été de Québec (FEQ) s'est ouvert jeudi sur les plaines d'Abraham dans une célébration multidimensionnelle et multigénérationnelle de la plume de Félix Leclerc. On mentirait en disant qu'ils ont tous su le réinventer, mais pas en avançant que l'hommage qu'ils lui ont rendu était sincère et senti.
C'est devenu une tradition au FEQ: avant les têtes d'affiche anglophones, on inaugure la grande scène des Plaines en français, dans un concert thématique au cadre plutôt rigide, enregistré pour la télé. L'idée de proposer un spectacle-concept à l'occasion du 100e anniversaire de naissance du poète de l'île d'Orléans était à la fois prometteuse et un brin risquée.
Les amateurs plus âgés allaient-ils se laisser séduire par les versions rock, hip-hop ou électro des Groovy Aardvark, Radio Radio ou Misteur Valaire? À l'inverse, les fans de ces formations craqueraient-ils pour les lectures plus traditionnelles des Yves Duteil ou Joseph Rouleau? Pas certaine que les organisateurs ont su plaire à tout le monde avec la proposition de jeudi. Mais personne n'a fait fausse route non plus en marchant dans les grands souliers du poète. À défaut d'un fil conducteur fort, on a eu droit à un menu un peu échevelé dans la forme, mais élégant sur le fond.
Pour citer Marc Vaillancourt et Groovy Aardvark dans leur version musclée du P'tit bonheur, «il pleuvait dewhors», jeudi. Pas toujours beaucoup, mais assez peut-être pour décourager quelques festivaliers. On avait déjà vu les Plaines plus remplies pour l'ouverture du FEQ. Et on a perdu plusieurs joueurs détrempés avant la fin du spectacle, qui a ratissé large entre la chanson et le slam, le rock pesant, la pop et le chant lyrique.
Louis-Jean Cormier et Adèle Trottier-Rivard ont lancé le bal à distance... Un peu étrange d'avoir placé une prestation préenregistrée en tout début de concert, mais force est d'admettre que leur version de Complot d'enfants est assez solide pour obtenir notre pardon. Ont suivi Diane Dufresne et Marie-Josée Lord dans un Bozo plutôt solennel : on a préféré la première dans une interprétation galopante de La chanson du pharmacien et la seconde dans un très bel Hymne au printemps.
Fidèle à elle-même, Catherine Major s'est faite intense pour chanter les mots du poète de l'île d'Orléans. Près de la scène, il a toutefois été difficile d'apprécier son duo avec l'hologramme de Félix... On a bien vu une projection, mais pas d'effet 3D, et le public réuni au parterre n'a pas trop réagi non plus. Peut-être l'effet était-il plus réussi vu de plus loin?
Pendant que Grand Corps Malade déclamait un Chant du patriote un peu monotone et que Karim Ouellet livrait une vision sympathique, mais plutôt sage de Moi, mes souliers, Radio Radio a pris plus de liberté : Félix s'est fait sautillant et parfois méconnaissable dans la bouche des deux Acadiens. Idem pour Misteur Valaire et Yann Perreau, qui ont insufflé une bonne dose de groove à la soirée. Et s'ils ont sans doute fait friser quelques oreilles, les rockeurs de Groovy Aardvark ont fait mouche : percutant et franchement réjouissant!
Complice de Félix, qui a repris sa Complainte du phoque en Alaska, Michel Rivard s'est à son tour approprié les mots du poète. Et l'ami Yves Duteil, qui a composé La langue de chez nous après une discussion avec Félix Leclerc a de son côté livré un hommage d'une grande classe à celui qui l'a inspiré.
Salomé Leclerc
On avait laissé le soin à Salomé Leclerc le soin de lancer le 47e rendez-vous sur les Plaines. L'auteure-compositrice-interprète, qui proposera en septembre un deuxième album intitulé 27 fois l'aurore, s'est exécutée avec aplomb et élégance devant un public qui se faisait encore timide à l'avant du site. La chanteuse a présenté quelques nouvelles chansons en plus de revisiter les titres de son premier disque folk-rock, Sous les arbres. Une introduction aussi planante que charmante pour celle qui est revenue sur les planches après sa prestation pour recevoir le premier prix Espoir FEQ.