Acteur au talent naturel brut, Martin Dubreuil démontre une belle sensibilité en bum rêveur et athée, qui s'éprend d'une juive hassidique.

Félix et Meira: les bonnes intentions

Maxime Giroux est un cinéaste original et doué, un auteur dont les films comme Jo pour Jonathan (2010) font sensation dans les festivals. Félix et Meira ne fait pas exception. Sa réalisation subtile et pleine d'humanité est remarquable. Mais aussi plein de bonnes intentions soit-il, son troisième long métrage sur un amour impossible souffre justement de cette prémisse : il faut avoir la foi du charbonnier.
Maxime Giroux et son coscénariste Alexandre Laferrière ont puisé à même leur réalité pour cette fiction, à savoir le Mile-End montréalais où se côtoient Québécois d'origine et juifs hassidiques. Ils ont cristallisé les deux communautés dans les deux personnages du titre.
Félix (Martin Dubreuil), un bum doux rêveur, athée et bohème, est en plein désarroi depuis la mort de son père. Jusqu'à ce que son chemin croise par hasard celui de Meira (Hadas Yaron). La jeune mariée et mère d'une petite fille étouffe sous le joug religieux de sa communauté et de son mari (Luzer Twersky). En révolte contre cette domesticité programmée, elle rêve de la liberté que semble lui offrir notre mode de vie (l'herbe est toujours plus verte chez le voisin).
D'abord froide et peu réceptive à l'attention de Félix, qui cherche l'amour pour les mauvaises raisons, Meira va, peu à peu, se laisser charmer. Les amours impossibles sont légion au cinéma - c'est un puissant moteur de rêve. Encore faut-il y croire. Cette relation, malgré les subtilités du récit, m'est apparue plaquée. 
Ce n'est pas faute des interprètes, extrêmement convaincants. Martin Dubreuil se voit (enfin) offrir un rôle qui n'est pas typé. Acteur au talent naturel brut et un peu sauvage, il démontre une belle sensibilité. Hadas Yaron est tout à fait crédible en femme enfant tiraillée entre la tradition et son désir d'émancipation.
Bon. Il serait réducteur de résumer ce film à cette passion naissante. Félix et Meira aborde avec beaucoup de bonheur et de subtilités plusieurs thèmes : les sacrifices liés à l'immigration, notamment le déracinement et les difficultés d'intégration, l'égalité homme-femme, l'influence de la religion sur celle-ci, le regard qu'on porte sur l'Autre...
La réalisation de Maxime Giroux est parfaitement assurée, jouant des ellipses, des métaphores filmiques et du cadre avec beaucoup d'assurance. Il y a des plans envoûtants et touchants, comme celui où Félix découvre tendrement les cheveux de Meira pour la première fois...
Mais, au fond, tout est question de perspective. Un autre spectateur verra peut-être dans cette relation le destin de deux êtres qui veulent à tout prix se sortir de leur situation, au point de faire de l'aveuglement volontaire. Ce qui rend leur relation beaucoup plus crédible.
Le cinéma québécois peut s'enorgueillir d'un cinéaste de la trempe de Giroux, qu'on peut associer aux réussites de Côté, Dolan, Lafleur, Deraspe, Pilote... Félix et Meira a d'ailleurs obtenu le titre de Meilleur film canadien au récent Festival de Toronto devant Mommy, de Xavier Dolan.
=> Au générique
Cote : ***
Titre : Félix et Meira
Genre : drame
Réalisateur : Maxime Giroux
Acteurs : Hadas Yaron, Martin Dubreuil et Luzer Twersky
Salle : Clap et Clap au Musée de la civilisation
Classement : général
Durée : 1h46
On aime : le sujet, le regard sincère, la réalisation assurée
On n'aime pas : le manque de crédibilité de la liaison