Faites-nous rêver au lieu de nous faire peur!

Quelle triste fin de campagne! Après s'être lancé de la boue la semaine dernière, les partis se lancent dans une campagne de peur. Peur des musulmans de la part du Parti québécois (PQ), qui envoie une Janette Bertrand larmoyante nous dire que sans charte de la laïcité, les femmes vont retourner aux années 40. Et peur de la souveraineté de la part des libéraux, qui affirment que le PQ a un plan machiavélique pour déclencher un référendum après un rejet de la charte par la Cour suprême.
Il reste une petite semaine à cette campagne électorale. Une petite semaine où les leaders pourraient s'inspirer d'un grand classique du marketing politique, le film NO, du cinéaste Pablo Larrain. L'histoire se passe au Chili en 1988, à l'occasion du référendum qui a mis fin à la présidence de Pinochet. Menée par un jeune publicitaire, la campagne des adversaires du président mise sur l'avenir, au lieu de faire peur au monde avec les atrocités commises par les hommes du dictateur. La campagne du NO est joyeuse, enlevante, pleine d'espoir; elle a raison des manoeuvres de Pinochet.
Voilà ce qui manque dans la campagne électorale en cours. Les partis ont des projets, mais leurs discours sont accusateurs et négatifs. C'est à qui, des libéraux ou des péquistes, seraient les plus corrompus, les pires gestionnaires. Pourtant, ce n'est pas vrai que nos leaders politiques sont corrompus ou incompétents. En fait, la qualité des chefs dans cette campagne électorale ferait l'envie de bien du monde à Ottawa.
- Pauline Marois a un baccalauréat en service social de l'Université Laval et une maîtrise en administration des affaires de HEC. Elle a occupé la direction de 10 ministères et du Conseil du trésor.
- Philippe Couillard a un doctorat en médecine avec spécialité en neurochirurgie. Il a été le chef chirurgien et directeur du département de chirurgie du centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Il a été ministre de la Santé de 2003 à 2008.
- François Legault est un comptable agréé et il a une maîtrise en administration des affaires de HEC. Il a été cofondateur d'Air Transat. Il a été ministre de l'Éducation et de la Santé sous Lucien Bouchard et Bernard Landry.
- Françoise David est diplômée en service social de l'Université de Montréal. Elle a été présidente de la Fédération des femmes du Québec.
Aucun des ministres québécois du gouvernement Harper ne se qualifierait au niveau d'excellence que l'on peut accorder à de nombreux candidats du PQ, du Parti libéral du Québec, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire. Alors peut-on cesser de nous faire peur et nous laisser rêver, un petit peu?
Le CELI
Vous avez été nombreux à me reprocher d'avoir comparé la cotisation dans un CELI aux placements de Philippe Couillard dans un paradis fiscal. Vous faites valoir qu'une personne qui cotise au CELI a préalablement payé de l'impôt sur le montant investi, alors que Philippe Couillard n'avait pas payé d'impôt sur son salaire en Arabie Saoudite. C'est exact. Mais tous les Canadiens qui vivent et travaillent à l'étranger sont exemptés de l'impôt chez nous parce qu'ils n'ont plus recours aux services de nos gouvernements. Peu importe donc le pays ou la banque où il a placé ses économies, M. Couillard n'avait pas à payer d'impôt sur son salaire à l'étranger. À son retour au pays, il a déclaré les intérêts provenant de ses placements et il a été imposé en conséquence. Quant au CELI, c'est un abri fiscal qui permet de mettre les intérêts perçus à l'abri de l'impôt. C'est légal, mais ce n'est pas une mesure de solidarité sociale destinée aux moins bien nantis ou aux gens de la classe moyenne qui peinent à cotiser à leur REER. Ce sont les riches qui profitent le plus du CELI. Est-ce moralement plus acceptable?